Ni Seven, ni Shutter Island... on ne s'est toujours pas remis de la fin de ce thriller noté 4 sur 5... Vite, il quitte bientôt Netflix !
Clément Schmidt
Clément Schmidt
Horreur, thriller, docu, romance... En séries comme en films, Clément ose tout, c'est même à ça qu'on le reconnaît.

Le film “BlacKkKlansman” quitte Netflix le 17 mars, et on doit bien l’avouer : on ne s’est toujours pas remis de la scène de fin.

Il y a des films qui laissent sans voix. C’est le cas de BlacKkKlansman – J’ai infiltré le Ku Klux Klan réalisé par Spike Lee sorti en 2018. Librement inspiré des mémoires du policier Ron Stallworth, le film raconte l'improbable infiltration par un agent afro-américain d’une cellule de l’organisation suprémaciste dans les années 1970-1980. 

BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan
BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan
Sortie : 22 août 2018 | 2h 16min
De Spike Lee
Avec John David Washington, Adam Driver, Topher Grace
Presse
3,7
Spectateurs
4,0
Streaming

Une histoire incroyable, racontée avec brio, qui a permis à Spike Lee de décrocher le tout premier Oscar de sa longue carrière en 2019 : celui du meilleur scénario adapté. 8 ans après sa sortie, et alors que le film quittera Netflix le 17 mars prochain, nous souhaitions revenir sur la conclusion inoubliable du film, qui a cloué plus d’un spectateur sur place. 

Comment se termine BlacKkKlansman ? 

Dans les toutes dernières minutes, alors que l’intrigue touche à sa fin, le film opère un basculement inattendu : nous sommes sortis de la fiction et propulsés devant des images bien réelles de l’attentat de Charlottesville, en 2017, attentat au cours duquel la militante antifasciste Heather Heyer (à qui le film est dédié) est tuée à la voiture-bélier par un militant néo-nazi.

JOSHUA ROBERTS / REUTERS

Ce meurtre, filmé par le smartphone d’un manifestant, est intégralement retranscrit à l’écran, laissant les spectateurs tétanisés par la violence de la scène, et du message que cherche à faire passer Spike Lee. Mais quel message ? 

Fiction vs Réalité 

Cette dernière scène est un coup de force de la part de Spike Lee, dans tous les sens du terme. Car il s’agit bien de traumatiser les spectateurs avec des images insoutenables, diffusées par surprise, pour mieux appuyer le fait que le combat continue, et que la lutte contre ces gens est (littéralement) une question de vie ou de mort. Ce geste de montage, d’une radicalité assumée, a été porté aux nues par le réalisateur Martin Scorsese lors d’un échange avec nos confrères de Deadline

“L'image nous transporte dans un lieu sûr – nous regardons un film, il est projeté sur un écran – et soudain, nous sommes catapultés dans le présent. Car ce que vous voyez sur l'écran n'est pas seulement réel, c'est en train de se produire. Et c’est cautionné par le gouvernement [Trump] […] Ce qu'il a accompli dans les dix dernières minutes transcende le médium. C'est du cinéma, et c'est magnifique.”

Blumhouse

Une fin critiquable ? 

Sur le papier, cette fin a pourtant quelque chose de dérangeant, car elle ferme la porte à toute critique en prenant en otage le spectateur : le sujet étant trop grave pour détourner le regard, quiconque ferme les yeux (parce que les images sont insoutenables) ou critique le film (alors que son message est important) est immédiatement suspect d’arrières-pensées. 

Blumhouse

Idem lorsqu’il s’agit de questionner le choix moral (au sens artistique du terme) qui consiste à imposer au spectateur innocent de véritables images de meurtre en conclusion d’un film qui se présente d’abord et avant tout comme une intrigue policière ubuesque à la mise en scène bariolée. On imagine que celles et ceux qui étaient simplement venus passer un bon moment ont dû être bien silencieux sur le chemin du retour… 

France 2

Pourtant, bien que ces critiques soient légitimes, elles ne sauraient tenir le choc face au vertige cinématographique ouvert par Spike Lee avec cette conclusion. En contredisant son propre récit par la violence d’une réalité qu’il n’a pas filmée, le cinéaste, qui a pourtant toujours considéré sa filmographie comme un moyen de lutte politique, affirme l’impasse du “film engagé” et ne propose plus qu’un cri dans le silence. Un silence dans lequel se trouvent soudain plongés les spectateurs, impuissants, tandis que le générique défile : eux aussi tragiquement incapables de changer le monde. 

BlacKkKlansman – J’ai infiltré le Ku Klux Klan est disponible sur Netflix jusqu’au 17 mars. 

AlloCiné, c’est tous les jours plus de 40 articles traitant de l’actualité du cinéma et des séries, des interviews, des recommandations streaming, des anecdotes insolites et cinéphiles sur vos films et vos séries préférés. Vous abonner à AlloCiné sur Google Discover, c’est l’assurance d’explorer au quotidien les richesses d’un site conçu par des passionnés pour des passionnés.

FBwhatsapp facebook Tweet
Sur le même sujet