L’amour résiste-t-il toujours à la vérité ? Robert Pattinson et Zendaya se partagent l’affiche de cette tragicomédie jubilatoire
Élise Gries-Braun
Élise Gries-Braun
-Rédactrice ciné-séries
Apaisée à la seule vue de la cassette de Mary Poppins et au déhanché de John Travolta, Élise passe allègrement de la chanson aux larmes, avec une préférence pour les comédies dramatiques françaises et les films indépendants d'ici ou d'ailleurs.

Entre humour, malaise et émotion, The Drama dévoile les fragilités d’un couple et les limites de la confiance à l’ère de l’amour moderne. Un récit saisissant, porté par un quatuor d’acteurs magistral, à vivre dès maintenant en salle.

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Expatrié britannique, Charlie Thompson (Robert Pattinson), un conservateur de musée, rencontre Emma Harwood (Zendaya) dans un café de Cambridge. Très vite, ils décident de s’installer ensemble, vivent le parfait amour et commencent à organiser leur mariage. Mais au cours d’une soirée arrosée avec leurs amis Rachel (Alana Haim) et Mike (Mamoudou Athie), Emma lâche une confidence qui plonge leur couple dans le doute et le chaos…

The Drama
The Drama
Sortie : 1 avril 2026 | 1h 46min
De Kristoffer Borgli
Avec Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim
Presse
3,4
Spectateurs
3,6
Séances (416)

Un film rare sur la puissance du sentiment amoureux

The Drama – ou L’Aveu en français – reprend à première vue tous les ingrédients classiques de la comédie romantique : un couple séduisant sur le point de se marier, une révélation qui fait basculer leur relation, et la fameuse dynamique rupture-réconciliation. Le film s’appuie ainsi sur les codes traditionnels du genre — amour idéalisé, obstacles imprévus, tension émotionnelle et humour — pour installer un cadre familier au spectateur habitué.

Mais cette mécanique bien rodée se fissure brutalement lors d’un verre entre amis. Autour de la table, chacun est invité à révéler la pire chose qu’il ait faite. Les anecdotes amusent d’abord, jusqu’à ce qu’Emma livre une confidence, remontant à son adolescence, qui sidère l’assemblée. Ce moment agit comme un véritable séisme, bouleversant non seulement la relation entre Emma et Charlie, mais aussi celle de leurs amis et l’équilibre global du groupe. Le film interroge alors ce qui se joue au sein d’un couple uni lorsqu’une révélation vient altérer l’image que l’on se fait de l’être aimé.

Metropolitan Films

« Le film parle de la puissance du sentiment amoureux – un état affectif qu’on ne contrôle pas et qui peut se compliquer lorsque les sentiments se heurtent à la raison. Quand cet équilibre est rompu, on se retrouve face à un terrible dilemme. » explique le cinéaste. En effet, pour ce troisième long métrage, Kristoffer Borgli (Dream Scenario, Sick of Myself) n’avait pas l’intention initiale d’écrire une comédie sentimentale ou un film de mariage : « Le projet est né en réfléchissant aux moments de bonheur et de détresse qu’on traverse dans un couple et aux compromis qu’on fait tous entre nos émotions et notre raison. J’avais envie de montrer que l’amour peut être à la fois incontestable et déstabilisant. »

En cela, le film explore ainsi un paradoxe fondamental : on aspire à connaître profondément l’autre, mais une mise à nu totale peut aussi faire vaciller la relation. The Drama dépasse alors le cadre du film romantique traditionnel pour offrir un regard à la fois caustique et émouvant sur l’amour contemporain, à une époque où l’on a tendance à renoncer au moindre obstacle.

« C’est très risqué de nos jours de confier des choses intimes et profondes à qui que ce soit. Mais quand on assume sa vulnérabilité et qu’on partage avec autrui des moments difficiles qu’on a pu traverser, c’est parfois l’occasion de créer une grande proximité avec quelqu’un », défend le réalisateur.

Plus qu’une romance : une autopsie des relations humaines

Là où The Drama se distingue, c’est dans la manière dont le réalisateur s’empare du mariage et de l’amour pour, sous une apparente légèreté, explorer avec acuité les fragilités et contradictions des relations humaines. L’événement central — le mariage imminent — devient en réalité un prétexte pour révéler les zones d’ombre du couple.

En effet, si Emma considère que ce qu’elle a fait autrefois relève d’une erreur de jeunesse, son amie Rachel – campée par la magnétique Alana Haim (Licorice Pizza) – et Charlie en proposent une lecture bien différente. « C’est toujours très délicat de savoir où on met le curseur moral dans nos relations avec les autres », commente le cinéaste. « Nous gardons tous en nous des choses inavouables (...) On gagne en lucidité quand on est confronté à la vérité, mais c’est aussi une situation risquée. C’est une tension qui me fascine. »

Metropolitan Films

Le réalisateur n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai, puisqu’il s’est toujours intéressé aux relations sociales dans différents milieux culturels. Dans Sick of Myself, son premier long métrage, il s’attachait à une jeune femme qui parvenait à attirer l’attention des réseaux sociaux après s’être volontairement défigurée, tandis qu’il évoquait dans Dream Scenario le destin d’un père de famille au cœur d’une polémique.

Dans The Drama, la révélation scandaleuse d’Emma s’inscrit dans un milieu plutôt aisé, avec ses tensions propres : « Quand on évolue dans un milieu privilégié, parmi des gens aisés, la violence peut surgir de manière inattendue, remarque le réalisateur. Charlie et Emma ont appris qu’il ne faut pas parler ouvertement de ses problèmes à qui que ce soit et cherchent simplement à ce que leur mariage soit une réussite. »

Là où le film frappe fort, c’est qu’il ne se contente pas de montrer un conflit : il transforme les émotions intimes des personnages en questionnements directs pour le spectateur, invité à réfléchir à ses propres choix et aux limites de la confiance et de l’intimité. Comme dans la vie, rien n’est jamais totalement blanc ou noir, et The Drama ne valorise les réactions d’aucun personnage en particulier. Un parti pris que le réalisateur résume ainsi : « Le film incite vraiment le spectateur à débattre sur l’opposition entre le cœur et l’esprit. Il n’y a pas de conclusion morale clairement définie, et chaque spectateur peut s’emparer de ces questions et décider par lui-même de sa propre position. »

Une spirale aussi déroutante qu’addictive

Après une ouverture presque classique — rencontre, coup de foudre, projet de mariage —, Kristoffer Borgli opère un basculement radical dès la scène des aveux. À partir de cet instant, le ton change profondément, et la narration se fait plus instable, plus imprévisible.

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L’humour se mêle alors à l’absurde et au malaise, tandis que le drame s’entrelace avec la comédie. Chaque scène semble dévoiler de nouveaux éléments, nourrissant un mystère grandissant et rendant le film particulièrement captivant. Ce style singulier, à la fois détonnant et maîtrisé, déstabilise autant qu’il fascine, transformant The Drama en véritable expérience de cinéma.

Un humour cérébral et surréaliste propre à Kristoffer Borgli, qui a immédiatement séduit les deux acteurs principaux. « Kris témoigne d’un sens de l’humour qui n’appartient qu’à lui et que personne d’autre ne peut reproduire », indique Robert Pattinson. C’est assez jouissif de se sentir déstabilisé en voyant ses films. On sait qu’on doit s’attendre à un retournement de situation, mais on ne sait jamais où, quand et comment il va se produire. » Et Zendaya d’ajouter : « Je n'avais jamais lu un scénario comme celui de The Drama. C’est le genre de script qui m’intéresse parce qu’il est d’une originalité saisissante ».

Pour permettre à ses acteurs de s’imprégner de l’atmosphère singulière de son intrigue, le réalisateur a d’ailleurs proposé le visionnage de plusieurs films à toute son équipe, notamment Bob et Carole et Ted et Alice (1969), comédie dramatique de Paul Mazursky dans laquelle quatre amis évoquent leurs valeurs morales, mais aussi Melancholia de Lars von Trier, film de mariage à la tonalité apocalyptique.

Au lieu du happy ending attendu, The Drama fait en réalité émerger un mélange de tension, de drame et d’humour noir, qui surprend, perturbe et fascine, plaçant le spectateur dans une position de témoin, presque complice des ambiguïtés des personnages. « Charlie et Emma sont des gens qui ont tendance à trop réfléchir, à trop intellectualiser, et il se dessine une autre ligne de démarcation dans le film entre ce qu’on a pu faire dans sa vie et ce qu’on a pensé à faire », explique l’actrice Zendaya. « Le souvenir de ce qu’on a fait est parfois plus effrayant que ce qui s’est réellement passé. » Le spectateur le plus avisé comprendra à travers les séquences oniriques et subjectives qui traduisent le point de vue déformé des personnages du film notre tendance à surinterpréter la réalité… surtout lorsque l’on rumine seul.

The Drama montre que la vie n’est jamais parfaitement lisse et que les liens humains se construisent aussi dans l’imperfection. Œuvre captivante et déroutante, elle invite le spectateur, au-delà de l’amour, à réfléchir sur l’intimité, la vérité et les compromis de l’existence à découvrir dès maintenant au cinéma.

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