Jusqu’où les parents sont-ils prêts à aller pour sauver leur enfant ? Ce thriller familial intense interroge les limites de l’amour
Juliette Mansart
Juliette Mansart
-Rédactrice cinéma séries
Amatrice de comédies en tout genre, surtout celles qui ne se prennent jamais au sérieux, Juliette passe avec autant de plaisir de l'absurde à la tendresse, avec un attachement particulier pour les répliques que l'on ressort à tous les dîners.

Avec Pour Klára, le réalisateur Olmo Omerzu signe une œuvre bouleversante et profondément humaine, où chaque décision compte. Un récit poignant sur les choix extrêmes dictés par l’amour, à découvrir dès maintenant au cinéma.

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Les enfants et les parents ne se connaissent jamais vraiment

Sous le soleil de l’Adriatique, David (Barry Ward) espère profiter des vacances avec ses deux enfants dans l’espoir de ressouder les liens familiaux. Alors que Klára (Dexter Franc) vit son premier amour, un événement brutal vient troubler cette parenthèse et force la famille à rentrer plus tôt que prévu. Déjà vulnérable, la jeune fille en est profondément affectée, poussant ses parents à franchir certaines limites pour la protéger…

Epicentre
Pour Klára
Pour Klára
Sortie : 8 avril 2026 | 1h 50min
De Olmo Omerzu
Avec Barry Ward, Dexter Franc, Antonín Chmela
Presse
3,4
Spectateurs
3,1
Séances (27)

Avec ce cinquième long métrage, le cinéaste slovène Olmo Omerzu continue d’explorer la nature humaine et les relations familiales, thématiques au cœur de chacun de ses projets. En effet, Pour Klára met en lumière les rapports d’une famille en vacances d’été, relation parsemée de non-dits et de mensonges diffus. Tandis que le père aspire à partager des moments simples et heureux avec ses enfants, sa fille tente de composer avec ses troubles alimentaires tout en découvrant l’intensité de son premier amour. Dès lors, comme souvent au sein d’une famille, une communication totalement sincère semble hors d’atteinte : les différences d’âge, les fragilités de Klára – qui peine à se sentir comprise – ainsi que les rôles que chacun endosse rendent les échanges complexes. “Les enfants et les parents ne se connaissent jamais vraiment” conclut le cinéaste.

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Pourtant, malgré ces liens distendus, l’amour demeure le véritable moteur du récit : Klára découvre un sentiment amoureux puissant, son père cherche à préserver l’équilibre familial et conserve une tendresse évidente pour son ex-femme. Guidé par son amour, ce père de famille se retrouve alors pris dans une posture délicate : protéger sa fille en tentant d’écarter son petit ami de sa vie, ou fermer les yeux sur certains signaux d’alerte, étant donné que Klára paraît se stabiliser et commencer à aller mieux grâce à lui.

Cette tension est essentielle pour moi, car elle nous oblige à nous confronter à la question inconfortable des limites morales que franchissent les parents qui mentent et manipulent”, explique le réalisateur. “Pour moi, c’est puissant car cela invite implicitement les spectateurs à se demander : “Qu’aurais-je fait à leur place ?””.

Afin de donner corps à cette intimité familiale, le réalisateur détaille son travail de préparation : “Nous avons tous passé du temps ensemble avant le tournage à improviser et à construire une confiance mutuelle. Presque comme une vraie famille, avec toutes ses tensions larvées, son humour gênant et les souvenirs qui l’accompagnent”.

Faut-il mentir par amour ?

Dans Pour Klára, il est question d’amour, de protection… mais aussi de manipulation. Le mensonge s’impose comme le fil conducteur du film, une tension constante qui irrigue tout le récit. Présents dès les premières scènes, ces mensonges, d’abord anodins – comme l’envoi de photos de vacances artificiellement joyeuses à la mère de Klára – prennent progressivement de l’ampleur, jusqu’à devenir troublants et moralement ambigus. “J'ai réalisé à quel point le mensonge est profondément humain”, confie Olmo Omerzu. Ce qui a particulièrement intéressé le cinéaste lors de l’écriture, c’est leur efficacité paradoxale : dans cette histoire, les mensonges produisent souvent des effets réellement positifs. Grâce à eux, l’état de Klára semble s’améliorer, et ses parents retrouvent une forme de complicité qui semblait perdue.

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À leur manière, sans doute maladroite, les parents de Klára tentent de l’aider. Ces dilemmes, qui questionnent les limites de l’amour, créent une forme de malaise pour le spectateur, précisément recherchée par le réalisateur : pendant le processus de répétition, les acteurs ont exploré des scénarios d’improvisation afin de trouver des moments de léger malaise à l’intérieur des scènes. D’après le cinéaste, “ce qui provoque l’inconfort est souvent ce qui connecte le plus profondément les spectateurs à leur propre expérience. Les moments de malaise peuvent ouvrir un espace pour l’autoréflexion. Ils servent à remettre en question son propre comportement et ses limites morales”.

Dès lors, Pour Klára ne cherche ni à juger ni à condamner, mais plutôt à comprendre. Les personnages mentent, manipulent et prennent des décisions discutables, mais toujours sous l’impulsion de leurs émotions et de leur désarroi. “L’empathie ne signifie pas l’approbation. Cela signifie dépeindre leur désespoir, leurs contradictions et leur humanité. C’est un film sur des gens qui échouent, mais c’est aussi un film sur l’amour qui les pousse à échouer de manière si complexe”, précise Olmo Omerzu.

Porté par une tension morale et émotionnelle continue, Pour Klára s’impose comme un drame intime et captivant, qui interroge avec finesse les limites de l’amour parental. En salle cette semaine, cette œuvre sensible et troublante pose au spectateur une question persistante : jusqu’où aller pour protéger ceux que l’on aime ?

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