Il y a des films qu’on regarde, et d’autres qui nous regardent en retour. Je verrai toujours vos visages appartient clairement à la seconde catégorie. Depuis son arrivée sur Netflix, le long-métrage de Jeanne Herry s’installe discrètement dans le top, comme un murmure. Pas de grand spectacle ici, contrairement à L’Amour ouf qui a trusté la première place du top il y a quelques semaines, mais quelque chose de plus rare : une émotion pure, fragile qui s’infiltre et qui s’attarde.
Adèle Exarchopoulos, elle, le constate presque au quotidien, comme elle le confiait dans l'émission En aparté : “Il y a des gens qui m’arrêtent dans la rue pour me parler de ce personnage.” Ce genre de retour ne trompe pas. Il dit quelque chose de profond, presque intime. Ce film résonne auprès des gens car il parle d'expériences trop souvent partagées.
Parler et écouter
Le film met la lumière sur la justice restaurative, un dispositif encore méconnu, où victimes et auteurs d’infractions se rencontrent pour dialoguer. Sur le papier, cela pourrait sembler abstrait. À l’écran, c’est tout l’inverse.
Jeanne Herry construit un récit choral, tout en harmonie et en émotions, où les trajectoires se croisent sans jamais se heurter. Il s'agit là de réparer. Et ce qui "frappe", c’est la délicatesse. La manière de laisser exister les silences, de capter les regards qui hésitent. Comprendre, ce n'est pas excuser. Ici, c'est réparer. Des deux côtés.
Dans sa préparation à sa confrontation avec son agresseur, le personnage incarné par Exarchopoulos ne cherche ni l’effet ni la démonstration. Elle tient. Et c’est déjà immense. Chloé, son personnage, incarne un parfait équilibre entre une volonté indéboulonnable et une vulnérabilité, forcément, à devoir se mesurer frontalement au traumatisme qui a détruit une bonne partie de sa vie.
Capture d'écran YouTube
Une émotion qui circule
Ce qui bouleverse ici, ce n’est pas toujours ce qui est dit, mais ce qui affleure. Une voix qui tremble, un souffle retenu, un mot qui ne sort pas. Une larme qui coule aussi, comme un soulagement d'un poids qui s'évanouit enfin.
“Ça a réveillé le cœur de certaines personnes”, confie l’actrice. Et c’est exactement cela : le film agit comme un déclencheur. Il ne force rien, il ouvre vers un autre possible. Celui où la justice n'est pas que punitive, où elle peut réparer les victimes mais aussi les coupables. Quoi de mieux pour éviter la récidive ?
Dans un cinéma souvent tenté par le spectaculaire, Je verrai toujours vos visages choisit donc une autre voie. Celle de l’écoute, du collectif, de la réparation possible même si elle n'est jamais simple, ni jamais totale.
Et au milieu de ce dispositif, Adèle Exarchopoulos confirme, une fois de plus, qu’elle est de ces actrices capables de faire passer un monde d'émotions dans un seul regard.
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