Ça parle de quoi ?
Ceci est l’histoire vraie de Tony Kiritsis, un homme ruiné à cause d’un emprunt. A Indianapolis, le 8 février 1977, il kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Il réclame 5 millions de dollars et des excuses. La prise d’otage va durer 63 heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale. L’Amérique se passionne pour cette affaire. Chacun choisit son camp. Tony est-il un criminel, ou simplement une victime qui réclame justice ?
Un autre après-midi de chien
Gus van Sant n'était jamais resté plus de trois années sans nous donner de ses nouvelles au cinéma, jusqu'à la sortie de Don't Worry, He Won't Get Far on Foot qui, il y a huit ans, est longtemps resté son dernier film. Jusqu'à aujourd'hui et cette Corde au cou événementielle à plus d'un titre. Car ce thriller marque le retour de l'un des plus grands réalisateurs américains et portraitistes de son pays natal, et qu'il s'inspire d'une histoire vraie méconnue de ce côté de l'Atlantique, même si elle n'est pas sans nous rappeler quelques souvenirs plus ou moins récents.
On pense en effet au brillant Un après-midi de chien, autre thriller sur fond de prise d'otage et de désespoir inspiré d'un fait divers, devant cet opus conçu comme s'il venait tout droit des années 70 et qui compte Al Pacino, star du film de Sidney Lumet, dans son casting. Mais aussi à une histoire beaucoup plus récente : celle de Luigi Mangione, ingénieur accusé d'être l'auteur du meurtre de Brian Thompson, directeur général de UnitedHealthCare, survenu le 7 décembre 2024 à New York.
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Dans un pays où les coûts des soins de santé sont particulièrement élevés, Luigi Mangione est ainsi devenu un héros pour certains, le bras armé d'une vengeance du peuple envers un système qui accroît les inégalités et dont la victime était l'un des symboles, à travers ses nombreux rejets de demande d'indemnisation de la part de UnitedHealthcare, qui lui avaient valu beaucoup de critiques. Justicier pour les uns, meurtrier pour les autres donc. Comme, à des degrés divers, le Tony Kiritsis joué par Bill Skarsgard dans ce long métrage.
Mis sur la paille par un emprunt, il vient demander des comptes au courtier responsable de ses malheurs, avec dans l'idée de le kidnapper. Mais, en son absence, il se rabat sur son fils Richard (Dacre Montgomery) et lie son sort au sien en s'attachant à lui grâce à un fil de fer relié au canon de son fusil, système qui amplifie le suspense puisque chaque pas de leur cavale commune peut être le dernier. Malgré une patine années 70 que l'on retrouve jusque chez l'animateur de radio joué par Colman Domingo, il est difficile de ne pas penser à notre époque, entre la médiatisation des faits divers et les échos à l'affaire Luigi Mangione.
"Il n'y avait pas autant de colère aux Etats-Unis lorsque nous avons commencé à travailler sur le projet"
"Des choses sont devenues bien plus pertinentes alors que nous étions déjà en train de travailler sur film", nous avoue Gus van Sant. "Il n'y avait pas autant de colère aux Etats-Unis, pas plus qu'il n'y avait de Luigi Mangione, lorsque nous avons commencé à travailler sur le projet. Tout cela s'est produit pendant, mais nous avions conscience que cela pourrait entrer en résonnance avec notre film. Mais notre idée de départ, c'était de faire un thriller inspiré d'un fait divers dans les années 70, et nous pensions qu'il ne serait que cela." Le hasard a donc bien fait les choses pour cet opus aussi efficace dans le forme que dans le fond, et qui prolonge l'un des fils rouges de la carrière du cinéaste : le rapport au réel.
Comme Elephant avec la tuerie de Columbine, Last Days avec les derniers jours de Kurt Cobain, Drugstore Cowboy et le roman autobiographique dont il s'inspire, le fait divers à l'origine de Gerry ou les biopics que sont Harvey Milk et Don't Worry, He Won't Get Far on Foot, les histoires vraies ont toujours joué un rôle central dans la carrière de Gus van Sant : "Il y en a que l'on tente juste de dépeindre", nous dit-il lorsque nous l'interrogeons sur son goût pour cet exercice et les défis qu'il représente. "Elephant et Last Days étaient plus des tentatives de participer au dialogue entre les journalistes et les documentaristes."
"Le drame est trop souvent laissé de côté au profit du divertissement"
"Il y avait déjà eu des enquêtes journalistiques, dans le monde entier, sur ces deux événements, donc je me suis demandé s'il y avait la possibilité de les rendre dramatiques. Car c'est un aspect qui est trop souvent laissé de côté au profit du divertissement, mais j'ai réalisé, dans les années 90 et 2000, qu'il y avait autant de divertissement dans le journalisme que de journalisme dans le drame, donc il y avait quelque chose à faire." Et cette opposition, on la retrouve aujourd'hui dans La Corde au cou à travers la couverture du fait divers, ce qui l'inscrit un peu plus dans la lignée d'Elephant et Last Days, même en étant moins stylisé et abstrait, et confirme les talents de portraitiste de Gus van Sant.
Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 3 avril 2026
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