C'est l'une des meilleures scènes d'action du cinéma : filmée par Tarantino il y a 22 ans, elle est toujours aussi jubilatoire
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

Rarement une séquence de combat n'aura été aussi intense que celle proposée par Quentin Tarantino dans l'un de ses meilleurs films ! Retour sur un affrontement dantesque, toujours aussi puissant 22 ans après.

Rythmé par le tube de Nancy Sinatra, "Bang Bang (My Baby Shot Me Down)", le générique de Kill Bill est d'une douceur presque rassurante. En 2004, quand le nouveau film de Quentin Tarantino commence, il nous surprend par cette étonnante lenteur.

Kill Bill: Volume 1
Kill Bill: Volume 1
De Quentin Tarantino
Avec Uma Thurman, Sonny Chiba, Lucy Liu
Sortie le 26 novembre 2003
Presse
4,0
Spectateurs
4,2
Streaming

Après une petite scène où l'on voit Uma Thurman au sol, couverte de sang dans sa robe de mariée, le générique se lance. La voix de Nancy Sinatra, douce, presque feutrée, berce les spectateurs. Les noms prestigieux défilent de la plus sobre des manières, en blanc sur fond noir.

Un combat virtuose

Mais si Tarantino a choisi de nous emmener tranquillement par la main au tout début de Kill Bill, c'est pour mieux nous lâcher sans filet dans sa première séquence absolument spectaculaire. Le générique se termine par un fondu, laissant place à un plan d'une petite maison typique de banlieue américaine.

La légende indique la ville où se déroulera cette première scène : Pasadena, Californie. Un pick-up aux couleurs criardes se gare devant, conduit par la Mariée, qui arbore un visage fermé et déterminé. Elle traverse le petit jardin, couvert de jouets d'enfant, puis sonne à la porte.

Immédiatement, on comprend qu'il ne s'agit pas d'une visite de courtoisie. La personne qui ouvre à la Mariée, c'est Vernita Green (Vivica A. Fox), une des tueuses qui a pris part à sa tentative d'assassinat. Tarantino nous l'explique via un montage ultra rapide, une musique lancinante et des gros plans sur les yeux des deux belligérantes.

Miramax

Sans se donner la peine de prononcer un seul mot, la Mariée assène un violent coup de poing à Vernita, qui recule en arrière. La scène d'action est lancée et elle va nous emporter dans un tourbillon pendant plus de 2 minutes ! Le combat est d'une violence extrême.

Vernita envoie valser la Mariée contre le mur ; cette dernière riposte en lui lançant un coup de pied au visage qui la fait chuter lourdement contre la table basse du salon, en verre ! Evidemment, elle se brise dans un fracas assourdissant. Les coups de pieds et de poings fusent à toute allure, les deux femmes faisant étalage d'une maîtrise martiale impressionnante.

La violence incarnée

La séquence se poursuit dans la cuisine. Vernita s'est saisi d'un couteau et tente de poignarder son adversaire, qui se sert d'une poêle à frire en guise de bouclier. Alors qu'elles sont en train de se toiser, toutes les deux armées d'une arme blanche, un bus scolaire s'arrête devant la maison. Une petite fille en sort et se dirige vers la maison de Vernita. C'est sa fille qui rentre de l'école.

Les deux combattantes cessent alors l'affrontement, cachent leurs couteaux et se mettent à discuter. Avant cela, leurs bras armés fendaient l'air tels des serpents. Quand on sait qu'elles ont fait partie de l'escouade des vipères assassines, cela semble logique.

En tout cas, elles basculent instantanément dans une façade de normalité, et ce moment est particulièrement dérangeant car la violence n’a pas disparu, elle est juste suspendue. On comprend alors que ces personnages vivent avec cette brutalité en permanence, même dans leur vie quotidienne. Quoi qu'il en soit, cette trève ne sera que de courte durée, car la Mariée finira par tuer Vernita... sous les yeux de sa fille.

Miramax

D'une redoutable efficacité, cette séquence de combat est d'une virtuosité remarquable. Tout d'abord, Tarantino en maîtrise la mise en scène avec maestria, nous offrant des plans clairs, lisibles, qui permettent de suivre l'action facilement.

Il est grandement aidé par le montage signé Sally Menke, qui ne lâche pas les deux personnages d'une semelle, découpant chaque plan pile au bon moment. Il convient également de saluer le travail de la légende de la chorégraphie de combat, Yuen Woo-Ping, sans qui les scènes d'action ne seraient pas aussi dantesques.

De plus, Tarantino fait ici un choix drastique qui renforce l'aspect percutant du combat : pas de musique inutilement redondante pour souligner la violence de l'affrontement, juste les effets sonores du mobilier qui se brise, et des corps qui s'entrechoquent. Simple et efficace.

Une vengeance justifiée ?

Quentin Tarantino joue par ailleurs sur le contraste brutal entre le cadre et la violence. Le duel se déroule donc dans une maison de banlieue américaine parfaitement banale, avec un salon parfaitement propre et organisé. Pourtant, en quelques secondes, tout explose en une bagarre sauvage. Ce décalage crée un choc visuel et émotionnel immédiat, le réalisateur transformant un espace domestique rassurant en champ de bataille.

In fine, on peut aussi évoquer la dimension morale de cet affrontement épique. Contrairement à une scène d'action classique, ce combat pose une question implicite : la vengeance de la Mariée est-elle justifiée jusqu'au bout ?

Miramax

Quand Vernita propose de régler ça plus tard, hors de la présence de sa fille, on voit apparaître une forme de code d’honneur… immédiatement brisée ensuite. Cette ambiguïté rend la scène plus complexe qu'un simple affrontement "gentil contre méchant".

Cette scène annonce aussi tout le style de Quentin Tarantino. Le cinéaste adore ce mélange de références (cinéma d’arts martiaux, western, exploitation), violence stylisée, dialogues tendus, et ruptures de ton. En quelques minutes, le film établit ses règles du jeu ; et pour le spectateur, c'est un pur moment de cinéma qu'il n'est pas près d'oublier !

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