Contenu partenaire
Nagasaki, 1964 - À la mort de son père, chef d’un gang de yakuzas, Kikuo, 14 ans, est confié à un célèbre acteur de kabuki. Aux côtés de Shunsuke, le fils unique de ce dernier, il décide de se consacrer à ce théâtre traditionnel. Durant des décennies, les deux jeunes hommes évoluent côte à côte, de l’école du jeu aux plus belles salles de spectacle, entre scandales et gloire, fraternité et trahisons... L'un des deux deviendra le plus grand maître japonais de l'art du kabuki.
À la découverte d’un art théâtral encore méconnu en Europe
Depuis une dizaine d’années, le cinéma japonais distribué en France s’inscrit majoritairement dans une veine contemporaine, souvent centrée sur des problématiques sociales. Le Maître du Kabuki, disponible en VOD, tranche nettement avec cette tendance : en effet, le film se présente comme une fresque historique ambitieuse, s’étendant sur plus d’un demi-siècle et consacrée à un art traditionnel japonais.
Forme majeure du théâtre classique nippon, le kabuki en est aussi la plus populaire. Né au XVIIe siècle, à l’ère Edo, il met en scène des événements historiques tout en explorant les conflits moraux liés aux relations humaines. D’abord interprété par des hommes et des femmes, il est progressivement devenu un art exclusivement masculin, donnant naissance aux onnagata, ces acteurs spécialisés dans les rôles féminins.
Pyramide Films
C’est précisément l’excellence dans cet art que poursuivent les deux protagonistes du film. À travers leurs entraînements et leurs performances, le long-métrage dévoile toutes les facettes du kabuki : sa rigueur extrême, mais aussi sa grâce et sa puissance esthétique. Discipline hautement codifiée, il repose sur des éléments distinctifs : costumes somptueux, maquillage épais accentuant l’expressivité du regard, gestuelle lente et stylisée, diction volontairement monocorde.
Le film met également en lumière des procédés emblématiques, comme le mie, cette pose figée par laquelle l’acteur affirme la puissance dramatique de son personnage. L’accompagnement musical traditionnel, les dispositifs scéniques ingénieux — plateaux tournants, trappes — ou encore la célèbre passerelle (hanamichi) traversant le public participent à l’immersion dans cet univers fascinant.
Pyramide Films
Derrière l’épopée, un récit d’apprentissage puissant
Adapté du roman Kokuho de Shuichi Yoshida, publié en feuilleton dans l’Asahi Shimbun en 2017 (quotidien japonais), Le Maître du Kabuki puise sa force dans sa structure : celle d’un récit d’apprentissage ample et captivant.
Son réalisateur, Sang-il Lee, pourtant actif depuis la fin des années 1990, reste relativement méconnu en France, aucun de ses films n’ayant jusqu’ici bénéficié d’une sortie nationale. Cette œuvre marque ainsi une étape importante dans la diffusion de son travail auprès du public français.
Pyramide Films
En suivant, sur plusieurs décennies, les trajectoires croisées de deux prodiges et de leur mentor aussi charismatique que toxique, le cinéaste évite le piège de la simple docu-fiction. Il privilégie une approche intime, centrée sur le travail du comédien — à la fois sacrificiel et libérateur — au sein d’un cadre artistique d’une rigidité extrême.
La violence infligée aux corps, presque masochiste, fait écho à la rivalité qui oppose les deux héritiers : l’un fils biologique, l’autre adopté. Leur relation, d’abord fusionnelle, se fissure sous le poids de la compétition, de l’ambition et de la peur de l’échec social. De l’enfance à l’âge adulte, Kikuo et Shunsuke traversent ensemble la gloire et la chute, les scandales et les triomphes, l’amitié et la trahison.
Pyramide Films
De cette rivalité naissent jalousie, vengeance, parfois même haine. Pourtant, toutes ces passions humaines semblent, paradoxalement, se dissoudre dans la pratique du kabuki. Comme si l’art, en exigeant tout, purifiait les âmes de ceux qui le pratique. Le film interroge ainsi le prix de l’excellence artistique : une lutte acharnée, tournée autant contre les autres que contre soi-même, pour atteindre les sommets d’un art à la fois sublime et impitoyable.
Entre héritage, rivalité et obsession de la perfection, Le Maître du Kabuki révèle la beauté autant que la cruauté d’un art qui consume ceux qui s’y consacrent. Une fresque ambitieuse, portée par une mise en scène d’une grande élégance, à découvrir dès à présent en VOD.