C’est l’histoire d’un petit film d’action sorti en 2014, qui s’est transformé en saga d’action culte pour toute une génération de spectateurs. Aussi inarrêtable que son héros interprété par Keanu Reeves, le succès des films John Wick donne le tournis : de John Wick à John Wick chapitre 4, le budget aura été multiplié par 5 (20 millions contre 100 millions) et le box-office aussi (80 millions contre 450 millions).
Mais au-delà du divertissement de très haute qualité (artistique et technique) qu’ils proposent, ces films sont les premiers à avoir fait de la scène d’action un manifeste esthétique, faisant tout leur possible pour transformer les cascadeurs en artistes visionnaires. Un combat qui a été gagné, puisqu’en 2026 (et pour la première fois) : l’académie des Oscars décernera un prix des meilleures cascades.
L’action est un art, le cascadeur un artiste
Dire que le cinéma d’action est aussi artistique que les autres n’a rien de révolutionnaire en soi, mais rares sont ceux qui ont poussé cette logique aussi loin que les films John Wick. Réalisée par Chad Stahelski, ancien cascadeur sur le premier Matrix, la saga a assumé au fil des épisodes de dépouiller son intrigue pour se concentrer uniquement sur l’action, au point d’accoucher d’un 4ᵉ film qui contient 2 H 35 de scènes d’action sur une durée totale de 2 H 50. Du jamais vu.
Un tel ratio intrigue/action interroge, et l’on pourrait facilement en conclure que c’est parce que Chad Stahelski n’a plus rien à raconter. À cela, nous opposons une autre interprétation de cet usage radical et presque expérimental de la scène d’action : la cascade est le vrai sujet, tout le reste est secondaire.
Lionsgate
Concrètement, une scène d’action se résume à filmer des cascadeurs en train d'exécuter une chorégraphie. En d’autres termes, ce sont des danseurs, mais personne ne les regarde comme tels. Ce que va faire Chad Stahelski avec les films John Wick, c’est qu’il va assumer ce parallèle en donnant à ces cascades des décors aussi somptueux que ceux des ballets classiques.
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Si cela explose véritablement dans le 4ᵉ film, cette idée est présente tout au long de la saga. C'est presque comme si chaque scène d’action devait se dérouler dans un décor démentiel, pensé pour être le plus noble ou le plus graphique possible : théâtre, galerie d’exposition, musée national, parvis du Sacré-Cœur, concert… Autant de lieux (artistiques dans la plupart des cas) qui viennent anoblir l’action qui s’y déroule, la faisant littéralement entrer au musée.
Lionsgate
Loin du simple divertissement, l’enjeu pour Chad Stahelski est de signifier l’action (et la cascade) comme un objet d’art qui se suffirait à lui-même. Cette réflexion est le sujet de toute la saga, et le réalisateur a la politesse de ne jamais le souligner, pour ne pas gâcher le spectacle. Parfois, même les films les plus divertissants ont quelque chose d’intelligent à nous dire.
La saga John Wick est disponible sur Prime Vidéo jusqu’au 31 mai prochain.
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