Quand on est les rencontre le 22 mai dernier, au lendemain de la grande première de Coward de Lukas Dhont, présenté à Cannes en Compétition, Emmanuel Macchia et Valentin Campagne sont encore émus de l'accueil qui leur a été réservé. Ils ne se doutent pas que, quelques heures plus tard, ils gagneront ensemble le Prix d'interprétation masculine de cette 79e édition.
À l'écran, ils jouent deux soldats de la Première Guerre mondiale secrètement liés par une passion amoureuse. Sur un champ de bataille ravagé par l'horreur, ils trouvent un espace de liberté qui leur permet d'être eux-mêmes. Avec Coward - Lâche en français -, le réalisateur belge signe son œuvre la plus ambitieuse et déjoue les codes du film de guerre, imposant de nouvelles figures héroïques masculines modernes et sensibles.
Au cours de notre interview avec les deux acteurs, on comprend très vite qu'ils ne sont pas si différents de leurs personnages. Valentin Campagne, 22 ans, est l'élément explosif du duo, tandis qu'Emmanuel Macchia, 20 ans, est un jeune homme réservé et observateur.
Diaphana
Valentin Campagne, l'électron libre
"Au début, on ne s'aimait pas trop, se remémore Valentin Campagne. Dès le premier casting, il y a eu une grosse friction. Mais quand on joue un couple, c'est bien de se connaître, alors on a passé beaucoup de temps ensemble. Les choses se sont faites naturellement."
Ce jeune acteur français, déjà apparu dans La Venue de l'avenir de Cédric Klapisch et Dossier 137 de Dominik Moll, incarne Francis, un soldat doué pour l'art de la transformation et chargé de remonter le moral des troupes avec ses revues et ses pièces de théâtre. "J'ai suivi un entraînement très intense. J'avais 42 jours de préparation et quelques jours de service militaire comme à l'époque pour apprendre comment fonctionnait un soldat. En plus des cours de chant et de danse."
Thomas Desroches
Emmanuel Macchia, la force tranquille
De son côté, Emmanuel Macchia joue Pierre, le soldat fasciné par la liberté de Francis. Originaire de Belgique, il a été repéré dans l'enceinte de son lycée agricole grâce à un casting sauvage. Avec Coward, il signe son tout premier rôle au cinéma.
"Pour moi, c'était encore plus stressant parce que je ne savais pas jouer et je n'avais pas accès à certaines émotions, admet-il. Par exemple, pleurer, je n'y arrivais pas. Je ne me sentais pas légitime, je ne comprenais pas pourquoi quelqu'un comme moi avait été pris pour un premier rôle. Mais plus le tournage avançait, plus je me sentais à l'aise dans la peau de Pierre et je changeais. Je m'ouvrais aux autres et à moi-même."
La sensibilité des soldats
C'est en trouvant une photo de soldats de la Première Guerre qui avaient rassemblé des caisses de minutions pour faire un podium et transformé des sacs en jupes que Lukas Dhont commence à écrire Coward. Il s'intéresse à un visage peu exploré des combattants de guerre.
"À l'école, on ne nous montre que la violence et la dureté de ces hommes, souligne Valentin Campagne. Mais il y avait énormément de tendresse entre ces soldats qui se déguisaient en femmes pour faire rire les autres. Sur le tournage, c'était pareil. Nous étions tous soudés."
Emmanuel Macchia veut poursuivre son parcours dans le cinéma et entend incarner des rôles qui ont du sens : "J'ai envie de jouer dans des films qui portent des messages, avec des personnages forts." Quant à Valentin Campagne, il travaille déjà sur d'autres projets. Dans l'un d'entre eux, il incarnera un rôle bien différent de Coward, "un mec qui rêve de devenir rappeur."
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Cannes, le 22 mai 2026.
Coward de Lukas Dhont, prochainement au cinéma