Dans l’histoire d’Hollywood, certains destins semblent tout droit sortis d’un scénario. Celui de Tom Graeff en fait incontestablement partie. Réalisateur d’un modeste film de science-fiction devenu culte avec le temps, il a ensuite sombré dans une spirale qui l’a conduit à vouloir changer officiellement son nom en Jésus-Christ II.
Né en Arizona en 1929, Tom Graeff grandit ensuite à Los Angeles. Passionné par le cinéma et le théâtre, il étudie à l’UCLA avant de réaliser plusieurs courts métrages au début des années 1950. Pour l’un d’eux, The Orange Coast College Story, il parvient même à convaincre Vincent Price de prêter sa voix à la narration.
Habitué à travailler avec très peu de moyens, Graeff multiplie les fonctions sur ses productions. Cette débrouillardise l’amène à rejoindre l’équipe de Roger Corman en tant qu’assistant sur le film Pas de cette Terre en 1957. Une expérience décisive qui lui donne envie de réaliser son propre long-métrage de science-fiction.
Le créateur inattendu d’un classique de la série B aimé de Tim Burton
Grâce à quelques investisseurs privés, dont l’acteur Gene Sterling et le Britannique Bryan Grant, il réunit un budget limité pour tourner son projet à Hollywood entre 1956 et 1957. Distribué par Warner Bros en 1959 sous le titre L’Invasion martienne, le film raconte l’histoire d’un extraterrestre amoureux d’une adolescente terrienne qui tente d’empêcher une invasion menée par des créatures ressemblant davantage à des homards géants qu’à de véritables monstres.
Malgré ses effets spéciaux rudimentaires, cette série B finit par acquérir un véritable statut culte. Diffusée pendant des années à la télévision américaine, elle a même influencé Tim Burton pour Mars Attacks!, notamment à travers le rayon désintégrateur qui réduit instantanément ses victimes à l’état de squelette.
Voici à quoi ressemble le film :
Un succès sans récompense
Paradoxalement, le film ne profite guère à son créateur. Si l’exploitation s’avère finalement rentable, ni Graeff ni ses associés ne touchent les bénéfices espérés. Déçu et fragilisé, le réalisateur sombre progressivement dans la dépression.
La situation dégénère lorsque Bryan Grant engage une action en justice afin de récupérer son investissement. Pour Tom Graeff, déjà en proie à de profondes difficultés personnelles, le coup est rude.
Tom Graeff Productions
“Je suis Jésus-Christ II !”
À la fin de l’année 1959, le cinéaste surprend tout Hollywood en publiant une annonce dans le Los Angeles Times. Il affirme alors que Dieu lui a parlé et lui a confié une mission de paix à travers le monde.
Peu après, il franchit une nouvelle étape en annonçant vouloir être appelé Jésus-Christ II. En 1960, il demande officiellement ce changement de nom devant la justice californienne. Face à l’opposition de groupes religieux, sa requête est rejetée.
Graeff poursuit néanmoins son étrange croisade. Il milite pour plusieurs causes médiatiques, intervient dans des lieux publics et fait irruption dans une église bondée en déclarant : “Je suis Jésus-Christ II et j’ai un message.” Arrêté pour trouble à l’ordre public, il est ensuite interné dans un établissement psychiatrique où il subit des traitements par électrochocs avant d’être renvoyé chez ses parents en 1964.
Tom Graeff Productions
Une fin tragique
Après cette période tumultueuse, Tom Graeff tente de relancer sa carrière. Il travaille comme monteur sur le très modeste Wizard of Mars puis cherche à vendre un nouveau scénario pour la somme record de 500 000 dollars.
Mais ses ambitions se heurtent à une industrie qui ne veut plus lui faire confiance. Lorsqu’il affirme que plusieurs personnalités hollywoodiennes soutiennent son projet, la journaliste Joyce Haber publie un article particulièrement sévère rappelant ses frasques passées. Cette publicité négative ruine ses dernières chances.
Isolé, toujours dépressif, Graeff quitte Hollywood pour la région de San Diego. Il évoque régulièrement le suicide auprès de ses proches, sans être pris au sérieux. Le 19 décembre 1970, il est retrouvé mort dans son garage, victime d’une intoxication au monoxyde de carbone. Il n’avait que 41 ans.
Réalisateur d’un film devenu culte bien après sa sortie, Tom Graeff demeure aujourd’hui l'une des figures les plus singulières et tragiques du cinéma de science-fiction américain.
Son film culte, lui, perdure : L’Invasion martienne est aujourd’hui à redécouvrir sur Prime Video, ou bien en VOD.
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