Il fallait oser. Quand Netflix a annoncé son adaptation de La Petite maison dans la prairie, les réactions n'ont pas tardé. Entre les gardiens du temple – nostalgiques de la série NBC diffusée de 1974 à 1983 de et avec Michael Landon – et ceux qui voyaient dans ce projet une occasion de "wokifier" un mythe américain conservateur, le terrain était miné. Mais le résultat est une série qui assume pleinement ses ambitions sans sacrifier ce qui a fait le succès de l'original.
La nouvelle mouture est écrite par Rebecca Sonnenshine (The Boys, The Vampire Diaries) et s'appuie sur le troisième roman de Laura Ingalls Wilder, celui qui donne son titre à la saga. La famille Ingalls quitte le Wisconsin pour s'installer à Independence, au Kansas, dans l'espoir de bâtir une vie meilleure.
Charles (Luke Bracey, Tu ne tueras point), Caroline (Crosby Fitzgerald, Palm Royale) et leurs filles Mary (Skywalker Hughes) et Laura (Alice Halsey) affrontent la fièvre, des loups et un incendie dans une prairie supposée idyllique. Et filmée au Canada, choisi pour son aspect vierge et préservé, mais qui a réservé à l'équipe son lot de tornades et d'inondations pendant le tournage.
Familiale, bienveillante et étonnamment politique
Ce qui frappe d'emblée, c'est que la série tient sa promesse d'origine. Les personnages sont immédiatement attachants. La chaleur familiale est intacte. Le rythme est doux et assumé comme tel. On est loin du feuilleton de cow-boys contre Indiens que certains redoutaient – et d'ailleurs, il n'en a jamais été question.
Mais Netflix va plus loin que l'originale en intégrant dans le récit le point de vue du peuple Osage, dont les terres constituent précisément ce "Kansas libre" que l'on distribue aux colons. Car c'est bien là le paradoxe fondateur que la série ose enfin pointer. Les Ingalls arrivent sur des terres que le gouvernement américain leur présente comme gratuites, alors qu'elles appartiennent depuis toujours aux Osages. La production a consulté des membres de la Nation Osage pour nourrir cette dimension du récit.
ERIC ZACHANOWICH/NETFLIX
Le résultat est une série qui raconte à deux voix quasi simultanées le grand roman de l'Amérique : celui de l'espoir des pionniers, sincère et touchant, et celui des conséquences dévastatrices de l'expansion vers l'Ouest sur les communautés autochtones. On pourra reprocher à la série de manquer parfois d'un regard critique plus tranché sur cette tension. Elle reste avant tout une œuvre familiale et bienveillante, pas un réquisitoire. Mais elle refuse le confort du mythe pur, et c'est déjà beaucoup.
La série a déjà un avenir
Les huit épisodes de cette première saison sont disponibles dès ce 9 juillet sur Netflix. La plateforme a d'ores et déjà commandé une saison 2, dont le tournage est officiellement en cours. Et les fans d'antan pourront y découvrir la nouvelle Nellie Oleson (Willa Dunn), mythique peste du petit écran et grande rivale de Laura, ainsi que leur institutrice adorée Eva Beadle (Rachelle Lefevre). Le grand roman de l'Amérique n'a pas fini de s'écrire.