A Different Man sur Netflix : ce thriller psychologique déconseillé aux moins de 16 ans avec Sebastian Stan est le meilleur film qu'on ait vu sur Netflix depuis longtemps
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Privé de sortie en salles, "A Different Man", film étrange avec Sebastian Stan, Renate Reinsve et Adam Pearson débarque directement sur Netflix et c'est une vraie pépite.

Ça fait plus de deux ans qu'on en entend parler et sincèrement, on s'attendait à une sortie en salles... qui ne viendra jamais, du moins pas en France. A Different Man, troisième long-métrage d'Aaron Schimberg, atterrit directement sur Netflix, en catimini.

C'est une manière bien singulière de distribuer un film produit par A24, récompensé du prix d'interprétation à la Berlinale pour son acteur principal, incroyable Sebastian Stan. Mais à l'écran, l'évidence s'impose. Voilà l'une des meilleures acquisitions que la plateforme ait proposées depuis un bon moment.

L'argument de départ est simple et fort. Edward, aspirant acteur atteint de neurofibromatose – une maladie causant des tumeurs sur les tissus nerveux du visage, comme le héros d'Elephant Man –, peine à décrocher des rôles dans une industrie incapable de voir au-delà des apparences. Il noue une relation ambiguë avec Ingrid (Renate Reinsve), sa voisine de palier et aspirante dramaturge, avant de se soumettre à un traitement expérimental qui le transforme littéralement.

Transformé en beau garçon, il fait croire qu'Edward est mort et se réinvente sous le nom de Guy, agent immobilier, et auditionne pour le rôle principal de la pièce qu'Ingrid a écrite sur... Edward. Avant les représentations, il se voit évincer par Oswald, un homme atteint de la même maladie, sans formation d'acteur et avec un charisme renversant.

A Different Man
A Different Man
Sortie : 20 juillet 2026 | 1h 52min
De Aaron Schimberg
Avec Sebastian Stan, Renate Reinsve, Adam Pearson
Spectateurs
3,1

Du Cronenberg et du Woody Allen

Ce résumé ne donne qu'une idée partielle de la richesse du film. Car A Different Man change de genre comme ses personnages changent de peau. Le premier acte ressemble à une comédie noire dans la droite lignée de Woody Allen – tourné en 16 mm, grain magnifique et Manhattan comme décor d'une névrose indélébile.

Puis quelque chose bascule. Une séquence de body horror particulièrement réussie signe le virage, et l'on glisse vers un thriller psychologique dont Cronenberg et Lynch semblent avoir inspiré les ressorts les plus sombres. Ce n'est pas du maniérisme. Chaque évolution inattendue du récit découle de la précédente avec une aisance désarçonnante. On se demande sans cesse où le film va. Et la réponse est toujours là où on ne l'attendait pas.

L'écriture est d'une intelligence rare parce qu'elle est à la fois banale et extraordinaire. Le film pose mille questions sans jamais prétendre y répondre – sur le corps, le regard des autres, l'identité, et sur ce que signifie vraiment changer.

Capture d'écran YouTube

Sebastian Stan, loin des Marvel

C'est ici que la performance de Sebastian Stan entre en jeu, et elle est sidérante. Loin, très loin de l'image de l'acteur enfermé dans son écurie de super-héros, Sebastian Stan construit quelque chose de fin et de trouble. Il maintient une continuité du personnage avant et après la transformation physique, une gaucherie ancrée dans les gestes et le langage corporel qui survit au changement de visage.

Après avoir campé Donald Trump dans The Apprentice d'Ali Abbasi, il confirme ici une palette de jeu rare, singulière, en perpétuelle recherche de rôles qui n'ont rien de rassurant. Sa prochaine prestation dans Fjord de Cristian Mungiu – Palme d'or cannoise 2026, où il partage l'affiche, ironie parfaite, avec Renate Reinsve – devrait achever de le consacrer.

Et Renate Reinsve, justement, est formidable dans la peau d'Ingrid. Elle est tout à la fois, brillante, froide, empathique, égoïste, complexe. Quant à Adam Pearson en Oswald – atteint lui-même de neurofibromatose, déjà aperçu dans Under the Skin de Jonathan Glazer –, il débarque avec une présence magnétique qui renverse tout. Son charisme naturel contre la névrose d'Edward devenu Guy (un gars ordinaire), ce face-à-face est fascinant de bout en bout.

Capture d'écran YouTube

Derrière le masque

Puis le film révèle progressivement son vrai sujet. Et il est plus vertigineux que la prémisse ne le laissait penser. Le drame d'Edward n'est pas d'avoir souffert de sa maladie. C'est de n'avoir pas de personnalité. Sa transformation physique ne fait que creuser l'écart entre l'enveloppe et l'intérieur, un drame alors qu'aucun travail psychologique n'a accompagné cette mutation. Quand Oswald arrive – lui qui n'a jamais changé et ne le pourra jamais –, il incarne tout ce qu'Edward rêvait d'être. C'est un homme ancré, qui refuse d'être prisonnier de son apparence.

A Different Man ne juge aucun de ses personnages. Tous sont attachants et intrigants sans être forcément aimables, tous portent une part d'ombre que la caméra observe sans condescendance. C'est cette complexité amorale, rare au cinéma, qui fait de ce film quelque chose qui grandit longtemps après le générique. Une pépite à ne pas laisser passer sur Netflix.

Emilie Semiramoth
Emilie Semiramoth
Cheffe du pôle streaming, elle a été biberonnée aux séries et au cinéma d'auteur. Elle ne cache pas son penchant pour la pop culture dans toutes ses excentricités. De la bromance entre Spock et Kirk dans Star Trek aux désillusions de Mulholland Drive de Lynch, elle ignore les frontières des genres.
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