Après Harry Potter, Rupert Grint quitte la magie pour un cauchemar au réalisme troublant
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Et si votre bébé n'était pas comme les autres ? Entre folklore finlandais, body horror et drame familial, Nightborn dépasse les codes du genre pour livrer une œuvre aussi troublante qu'émouvante. Une expérience de cinéma à vivre aujourd'hui en salle.

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Rêvant de construire une vie de famille paisible, Saga et son mari Jon s’installent dans la maison où elle a passé une grande partie de son enfance, au cœur de la forêt finlandaise. Mais dès la naissance de leur enfant, et malgré un entourage qui se veut rassurant, Saga perçoit chez son bébé quelque chose d’inexplicable et d’inquiétant…

Un souffle d’horreur scandiave

Réalisatrice et scénariste finlandaise, Hanna Bergholm s'est révélée sur la scène internationale du cinéma d’horreur en 2022 avec son premier long-métrage, Egō, distribué dans plus de 75 pays. En mêlant drame intime, métamorphose corporelle et créature fantastique, la cinéaste révélait déjà une aptitude singulière à explorer les failles humaines à travers le prisme de l'horreur corporelle et psychologique. Avec Nightborn, elle renouvelle sa collaboration avec le scénariste Ilja Rautsi.

Nightborn
Nightborn
Sortie : 22 juillet 2026 | 1h 32min
De Hanna Bergholm
Avec Seidi Haarla, Rupert Grint, Pamela Tola
Presse
3,0
Spectateurs
2,9
Séances (108)

Paysages enneigés, nature foisonnante, forêt magnétique semblant animée par une force aussi mystérieuse que terrifiante, récits familiaux défendant l'existence des trolls… Dès les premières minutes, Nightborn plonge le spectateur dans un imaginaire finlandais profondément dépaysant.

Wild Bunch

La forêt qui entoure la maison y est un personnage à part entière. Elle gronde, bruisse et résonne jusque dans les murs de l'habitation, tandis que les troncs semblent prendre des formes humaines : ici un visage, là une main, comme si la nature observait silencieusement ceux qui osent s'aventurer sur son territoire. « Dans les pays nordiques, une légende ancestrale raconte que des trolls vivent dans les forêts. Autrefois, on croyait sincèrement qu’ils habitaient les bois et exerçaient une influence sur la nature », explique la cinéaste.

Dans le film, la forêt s'immisce jusque dans la maison : des racines surgissent du sol, un arbre pousse au milieu de la chambre du bébé et finit même par atteindre les corps. La mère porte même des cicatrices qui rappellent l'écorce d'un arbre, comme si la frontière entre l'humain et le végétal s'effaçait peu à peu. Une nature dont l’omniprésence nourrit en permanence le sentiment de malaise. « Dans l’univers du film, humains et trolls interagissent depuis des générations, si bien que nous portons peut-être tous une part de troll en nous. Cette idée permet d’évoquer le sentiment de différence, le malaise social ou le décalage avec les normes », complète Hanna Bergholm.

Une réflexion saisissante sur les ambiguïtés de la parentalité

Au cœur du récit se trouve Kuura, un nourrisson inquiétant, fait d'effets physiques et de marionnettes animatroniques. Plus qu'une créature horrifique, le bébé devient le moteur d'une réflexion sur les bouleversements que peut provoquer l'arrivée d'un enfant au sein d'un couple.

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En montrant crûment l'accouchement puis les premiers mois de la vie de jeunes parents, Nightborn s'éloigne des représentations idéalisées de la maternité. Le film questionne la manière dont la parentalité peut transformer une relation de façon profonde et inattendue. À l'heure où les récits sur l'amour parental sont souvent empreints de douceur, voire parfois édulcorés, la réalisatrice prend le contrepied en explorant toute l'ambivalence de ce lien.

« On ne montre jamais l’accouchement ou la réalité du corps féminin après. Je voulais montrer que le corps peut se briser, que le ventre ne reste pas plat... C’est naturel, mais on en fait un tabou. » confie-t-elle. Inspiré de sa propre expérience de mère, le film s'intéresse ainsi aux émotions contradictoires qui accompagnent la naissance d'un enfant et aux doutes qu'elles peuvent faire naître. Elle complète : « Lorsque l’enfant ne correspond pas tout à fait à l’image que l’on s’en faisait – celle d’un bébé naturellement joyeux et facile à vivre –, on peut en venir à s’interroger sur sa capacité à être un bon parent. »

La présence de Kuura fait ainsi éclater les tensions et provoque de nombreux affrontements : mère contre père, mère contre enfant, grand-mère contre petit-fils… Au-delà de son enveloppe horrifique, Nightborn déploie ainsi une réflexion sur les relations humaines, la découverte de soi et l'acceptation de la différence. Un traitement qui n’est pas sans rappeler l’intrigue du célèbre Rosemary’s Baby : « Nous pourrions dire que le film commence là où Rosemary’s Baby s’arrête en se concentrant sur la difficulté d’aimer son enfant lorsqu’on le perçoit comme un «monstre», assume la réalisatrice.

Au cœur du film, une bouleversante histoire d'amour maternel

Révélé au grand public grâce à son rôle de Ron Weasley dans la saga Harry Potter, Rupert Grint prête ici ses traits à Jon, un jeune père insouciant. Fidèle à son éducation catholique, fonder une famille “normale” représente pour lui le but ultime d’une vie. Obnubilé par ce rêve qui semble se dérober sous ses pieds, Jon refuse de voir les aspects inquiétants et hors normes de son fils et s'efforce de l'élever comme n'importe quel enfant. L'acteur confie : « Je venais d’apprendre que j’allais avoir un bébé quand j’ai lu le script. Ce n’était vraiment pas l’histoire idéale à lire à ce moment-là ! Être parent est une expérience terrifiante : on a peur de les briser, ces créatures sont si fragiles... Cela a vraiment résonné en moi

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À l'inverse, la mère est la seule à percevoir l'étrangeté de son bébé. Au centre de toutes les interactions, celui-ci présente des caractéristiques animales — dos poilu, griffes, dents acérées — qu'elle est la seule à remarquer. Comme dotée d'un sixième sens, elle comprend progressivement la véritable nature de son enfant : il est sensible à la lumière, délaisse le lait au profit de la viande rouge... Pour répondre à ses besoins, elle adopte alors des comportements qui paraissent incompréhensibles aux yeux de son entourage, mais qui semblent pourtant apaiser son bébé.

Cette situation l'enferme dans une profonde solitude et la fait passer pour une dégénérée. Très vite, sa famille la délaisse. Plus douloureux encore, son compagnon refuse lui aussi de la croire. Une dimension du personnage que son interprète, Seidi Haarla – rêvelée notamment dans Compartiment n°6 – s’est immédiatement appropriée : « Ce n’est pas seulement un film d’horreur ; c’est pour moi un film sur la solitude extrême d’une femme. Personne ne la croit, tout le monde pense qu’elle fait une dépression post-partum alors qu’elle vit une métamorphose physique et psychologique. »

Le film déploie ainsi une narration à plusieurs niveaux en alternant le point de vue de la mère et celui des autres protagonistes, tout en faisant constamment osciller son récit entre l'horreur la plus viscérale et la tendresse d'un amour maternel. C'est sans doute là que réside toute la singularité de Nightborn : derrière le monstre se cache avant tout l'histoire d'une mère, prête à tout pour son enfant.

Sous ses airs de conte horrifique venu des forêts finlandaises, Nightborn cache une réflexion sensible sur l'amour, la différence et la parentalité. Une œuvre dérangeante, poétique et profondément originale, à découvrir aujourd’hui sur grand écran.

Élise Gries-Braun
Élise Gries-Braun
-Rédactrice ciné-séries
Apaisée à la seule vue de la cassette de Mary Poppins et au déhanché de John Travolta, Élise passe allègrement de la chanson aux larmes, avec une préférence pour les comédies dramatiques françaises et les films indépendants d'ici ou d'ailleurs.