Pourquoi les festivals jouent un rôle essentiel dans le parcours d'un film ? On a posé la question au Festival de Lama !
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Dans ce journal de bord au Festival de Lama, on a voulu en savoir plus sur un aspect essentiel de l'industrie du cinéma : qu'est ce que ça change dans la vie d'un film d'aller en festival ? Comment les équipes vivent-elles cette étape du parcours ?

Cannes, Venise, Berlin, Toronto, Sundance, Locarno... Pour les cinéphiles, ces noms de villes évoquent à n'en pas douter des festivals. Ce sont quelques uns des festivals les plus connus du circuit, et qui drainent chaque année des milliers de spectateurs et professionnels.

Il existe plusieurs milliers de festivals de cinéma dans le monde, et la France en compte énormément, avec des thématiques ou approches variées.

Cette semaine, j'ai voulu découvrir le Festival du film de Lama en Haute-Corse, avec sa programmation de haut niveau, à taille humaine, et une réputation de convivialité très appréciée des équipes de films.

Pour ce journal de bord, j'ai posé la question aux équipes présentes, pour comprendre l'importance de présenter des films en festivals. Qu'est-ce que cela peut changer dans la trajectoire d'un film ? Roxane Arnold, directrice de la distribution chez Pyramide, David Baudry, directeur de la distribution chez Pan Distribution, Pierre Le Gall, réalisateur de Du fioul dans les artères et Charline Bourgeois-Tacquet, réalisatrice de La vie d'une femme ont accepté de nous répondre.

"Une sincérité absolue, et un vrai regard de connaisseur"

Roxane Arnold, distributrice de La vie d'une femme

"Les festivals, en effet, j'adore ça. C'est des moments vraiment où le film est vivant comme jamais. S'l n'y avait pas ces petites étapes de festivals dans la vie d'un film, je pense qu'on arrive à la sortie et qu'il n'y a rien, et qu'on est malheureux. C'est des moments où on vit intensément le film, et surtout où on échange avec les spectateurs et les spectatrices, et ça c'est merveilleux.

La vie d'une femme Pyramide Films
La vie d'une femme

Au Festival de Cannes, c'est super, mais il n'y a que des professionnels avec lesquels on peut discuter. Ce n'est jamais pareil que de parler avec des spectateurs. C'est très différent. La Vie d'une femme est un film qu'on produit, qui est très universel, qui plaît énormément. Donc avoir le plaisir de le montrer dans un endroit aussi différent que la Normandie ou la Corse, et discuter avec les gens, c'est toujours une grande joie. Et puis après, malgré tout, aussi il y a ce côté économique de créer un bouche-à-oreille. Ca nous rend plus forts au moment de la sortie. C'est à la fois du plaisir et de la stratégie.

A Lama, ça fait 32 ans que ces gens voient des films régulièrement, parlent avec des réalisateurs régulièrement, donc ils connaissent le cinéma. Ils ont évidemment leur regard bien à eux, mais c'est quand même des personnes qui connaissent. C'est ça qui est très touchant : à la fois une sincérité absolue, mais aussi un vrai regard de connaisseur."

"Nous confronter au public et confronter nos convictions"

David Baudry, distributeur de Du fioul dans les artères et L'espèce explosive

"C'est mon premier festival de Lama, et j'espère que ce ne sera pas le dernier. À la fois, c'est très franc, personne ne s'interdit rien, mais il y a de la délicatesse, dans la manière dont on nous approche. Les échanges sont assez fous!

Il y a quelque chose de génial que j'ai vu dans peu d'endroits, c'est que regarder le film et avoir le Q&A le lendemain, ça apporte beaucoup. Quand on a une émotion cinématographique, c'est un peu compliqué de réagir. Ça n'a rien à voir avec la timidité, c'est juste le temps de digérer. Et le fait de pouvoir en parler le lendemain, que toutes ces émotions soient infusées, je pense que ça rend le dialogue beaucoup plus simple et beaucoup plus riche.

Je ne trouve pas que la présentation en festival soit l'alpha et l'oméga, qu'il faut le faire forcément avec tous les films. On va aller avec des réalisateurs qui vont défendre leur vision du cinéma, leurs films. Et surtout, ça nous permet de nous confronter au public, de confronter nos convictions. C'est-à-dire que quand on lit le scénario, on a une idée du film, et puis après on a le film, et puis c'est encore mieux ou moins bien. Là, en l'occurrence, j'ai de la chance, c'est mieux à chaque fois, sur ces deux films-là. Mais ça nourrit notre conviction. Et après, on a besoin de la faire un peu valider."

Du fioul dans les artères Pan Distribution
Du fioul dans les artères

"Nous rassembler malgré nos différences, nos histoires, nos passés"

Pierre Le Gall, réalisateur de Du fioul dans les artères et L'espèce explosive

Depuis Cannes et la Semaine de la critique, il y a eu plusieurs sélections en festivals. Hier, j'étais en Pologne. Le public polonais découvrait le film. Les gens sont venus me voir, parler de leur parent polonais qui était routier, c'était très émouvant. Et je crois que c'est ça qui est le plus important quand on accompagne le film en festival, c'est de d'essayer de transmettre ce qu'on a voulu raconter avec le film, mais aussi d'écouter, de recevoir.

Il y a vraiment comme ça un flux d'énergie qui passe de l'un à l'autre, et ça c'est une chance extraordinaire en tant que cinéaste, mais surtout en tant qu'humain, de pouvoir rencontrer des gens tous les jours et de d'avoir des discussions passionnantes.

Pierre Le Gall au Festival de Lama AlloCiné
Pierre Le Gall au Festival de Lama

J'ai eu des témoignages qui étaient très émouvants. Une femme a fondu en larmes dans mes bras, on s'est fait un câlin, et c'était vraiment très beau. Le film nous avait rassemblés, et je crois que c'est aussi ça le cinéma, c'est de nous rassembler malgré nos différences, nos histoires, nos passés et nos passifs, et c'est pour ça en tout cas que je fais des films."

"C'est comme une récompense de pouvoir rencontrer le public"

Charline Bourgeois-Tacquet, réalisatrice de La vie d'une femme

C'est hyper agréable, très intéressant d'aller en festival. C'est une dimension de ce métier que j'ai découverte et que j'aime beaucoup : les échanges avec les spectateurs et les spectatrices. On va dire qu'à Cannes, c'est pas le cas, on n'a pas d'échanges avec le public. Mais dans de plus petits festivals comme celui-ci, et c'était aussi ce que j'avais découvert avec mon premier film au Festival d'Angoulême, c'était vraiment le premier festival après Cannes qu'on avait fait avec du "vrai public" entre guillemets, des gens qui ne sont pas des professionnels, qui viennent parce qu'ils aiment le cinéma, par passion.

Je trouve ça génial de sentir des sensibilités, des manières de recevoir le film. Et ce qui est marrant, c'est que tout le monde ne reçoit pas évidemment le film de la même manière, il y en a qui vont se concentrer sur tel aspect, sur telle dimension, les manières d'interpréter l'histoire, les personnages. C'est tellement long de faire un film, ce serait triste de ne jamais pouvoir ensuite rencontrer les gens qui voient cet objet qu'on a mis tant de passion à fabriquer. Donc je trouve que c'est comme une récompense aussi de pouvoir avoir accès à ça."

La vie d'une femme de Charline Bourgeois-Tacquet sort au cinéma le 9 septembre 2026.

Du fioul dans les artères de Pierre Le Gall sort le 2 décembre 2026.

Le Festival du film de Lama se déroule jusqu'au 31 juillet 2026.

Brigitte Baronnet
Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 15 ans.
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