La communauté des routiers est un monde rarement exploré au cinéma. Alors la simple idée de découvrir une histoire d'amour gay entre deux camionneurs sur grand écran relève presque d'une hallucination. Ou bien d'une révolution.
Il y a 10 ans, un film comme Du Fioul ans les artères n'aurait jamais pu voir le jour. Le réalisateur et scénariste Pierre Le Gall s'est donné ce défi, bouleversant ainsi les codes des représentations queer avec ce premier long métrage, présenté à la Semaine de la critique.
L'intrigue s'ouvre sur Etienne (Alexis Manenti), un transporteur taiseux et dévoué à son métier qui rompt ses moments de solitude sur des airs d'autoroute en compagnie d'autres hommes. C'est dans une forêt qu'il rencontre celui qui va changer sa vie, Bartosz (Julian Swiezewski), un routier polonais. Très vite, un lien se tisse entre les deux héros et ce, malgré les milliers de kilomètres qui les séparent.
Déjouer les préjugés
Si le début du film laisse entrevoir une approche très sombre de l'homosexualité, le cinéaste prend le contre-pied total des récits doloristes. Il déjoue tous les préjugés du milieu des routiers et transforme chaque moment de tension en tendresse. Dans une séquence, le regard suspicieux et inquiétant d'un collègue est directement désamorcé par un moment d'acceptation.
Ex Nihilo
"C'est important de rompre avec ces attentes-là et de montrer que les personnages de fiction sont parfois plus empathiques et intelligents que ce que l'on imagine, souligne Pierre Le Gall à AlloCiné. Je savais que choisir ce sujet allait amener des a priori chez les spectatrices et spectateurs, en pensant que c'est un milieu potentiellement très machiste. Il l'est dans certains aspects, mais il est aussi très ouvert comme tous les autres milieux professionnels."
Une histoire d'amour universelle
Pour camper son personnage principal, le réalisateur s'est tourné vers Alexis Manenti, acteur plutôt connu pour ses rôles virils depuis son César en 2021 avec Les Misérables de Ladj Ly. Là aussi, le metteur en scène entend surprendre. "Il fallait une figure, quelqu'un qui ait envie de porter ce rôle, qui ne soit pas forcément évident, poursuit-il. Il y a une sorte de peur de parler d'homosexualité dans le milieu des comédiens."
L'histoire d'amour du film prend rapidement une dimension universelle et mythologique qui se développe à travers des séquences lumineuses et d'une grande puissance. Au point même de nous réserver une dernière scène à mille lieux des fins tragiques habituelles. Coup de cœur.
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Cannes, le 16 mai 2026
Du Fioul dans les artères, au cinéma le 2 décembre 2026