Cannes 2026 : on a adoré Du Fioul dans les artères, une folle histoire d'amour entre deux routiers !
Thomas Desroches
Thomas Desroches
-Journaliste
Les yeux rivés sur l’écran et la tête dans les magazines, Thomas Desroches se nourrit de films en tout genre dès son plus jeune âge. Il aime le cinéma transgressif, queer, horrifique et les documentaires engagés.

Présenté au 79e Festival de Cannes, à la Semaine de la critique, le premier long métrage de Pierre Le Gall, "Du Fioul dans les artères", suit une histoire d'amour comme vous n'en avez jamais vue au cinéma. Coup de cœur.

Ex Nihilo

La communauté des routiers est un monde rarement exploré au cinéma. Alors la simple idée de découvrir une histoire d'amour gay entre deux camionneurs sur grand écran relève presque d'une hallucination. Ou bien d'une révolution.

Il y a 10 ans, un film comme Du Fioul ans les artères n'aurait jamais pu voir le jour. Le réalisateur et scénariste Pierre Le Gall s'est donné ce défi, bouleversant ainsi les codes des représentations queer avec ce premier long métrage, présenté à la Semaine de la critique.

L'intrigue s'ouvre sur Etienne (Alexis Manenti), un transporteur taiseux et dévoué à son métier qui rompt ses moments de solitude sur des airs d'autoroute en compagnie d'autres hommes. C'est dans une forêt qu'il rencontre celui qui va changer sa vie, Bartosz (Julian Swiezewski), un routier polonais. Très vite, un lien se tisse entre les deux héros et ce, malgré les milliers de kilomètres qui les séparent.

Déjouer les préjugés

Si le début du film laisse entrevoir une approche très sombre de l'homosexualité, le cinéaste prend le contre-pied total des récits doloristes. Il déjoue tous les préjugés du milieu des routiers et transforme chaque moment de tension en tendresse. Dans une séquence, le regard suspicieux et inquiétant d'un collègue est directement désamorcé par un moment d'acceptation.

Alexis Manenti et Julian Swiezewski dans Ex Nihilo
Alexis Manenti et Julian Swiezewski dans "Du Fioul dans les artères".

"C'est important de rompre avec ces attentes-là et de montrer que les personnages de fiction sont parfois plus empathiques et intelligents que ce que l'on imagine, souligne Pierre Le Gall à AlloCiné. Je savais que choisir ce sujet allait amener des a priori chez les spectatrices et spectateurs, en pensant que c'est un milieu potentiellement très machiste. Il l'est dans certains aspects, mais il est aussi très ouvert comme tous les autres milieux professionnels."

Une histoire d'amour universelle

Pour camper son personnage principal, le réalisateur s'est tourné vers Alexis Manenti, acteur plutôt connu pour ses rôles virils depuis son César en 2021 avec Les Misérables de Ladj Ly. Là aussi, le metteur en scène entend surprendre. "Il fallait une figure, quelqu'un qui ait envie de porter ce rôle, qui ne soit pas forcément évident, poursuit-il. Il y a une sorte de peur de parler d'homosexualité dans le milieu des comédiens."

L'histoire d'amour du film prend rapidement une dimension universelle et mythologique qui se développe à travers des séquences lumineuses et d'une grande puissance. Au point même de nous réserver une dernière scène à mille lieux des fins tragiques habituelles. Coup de cœur.

Propos recueillis par Thomas Desroches, à Cannes, le 16 mai 2026

Du Fioul dans les artères, au cinéma le 2 décembre 2026

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