L’héritage Tom Cruise
Dans les années 2000, quelque chose a changé pour les acteurs à Hollywood. Le grand Tom Cruise a commencé à faire de son “investissement physique” l’argument marketing principal de ses films : il n’était plus question de regarder un acteur interpréter un personnage, mais bien de frissonner en nous demandant si celui-ci allait réussir sa cascade en avion.
Paramount
Cette approche “méritocratique” de l’actorat a trouvé un large écho dans la presse, friande d’anecdotes spectaculaires à proposer à ses lecteurs. Peu à peu, l’argument de “l’investissement” et du “coût” d’un tournage pour le comédien (blessures physiques, conditions météo apocalyptiques, etc.) est devenu une fin en soi, parfois même au détriment de son interprétation.
Cette nouvelle vision du métier impulsée par Tom Cruise, et qu’il continue de défendre aujourd’hui, a forcé les acteurs américains à chercher le projet qui allait leur permettre de “faire leur Tom Cruise”, à l’instar de nos français qui cherchent à “faire leur Tchao Pantin”. C’est probablement ce qui a poussé l’acteur Leonardo DiCaprio à tant souffrir sur le tournage de The Revenant, réalisé par Alejandro González Iñárritu, avec un Oscar du meilleur acteur à la clé.
Un tournage cauchemardesque
Le parti pris d’Iñárritu pour cette fresque historique racontant l’histoire d’un trappeur américain était simple : en faire un quasi-documentaire. The Revenant a donc été filmé entièrement en lumière naturelle et à l’heure dorée : c’est-à-dire uniquement au coucher et au lever du soleil. Un rythme de tournage éreintant pour l’équipe, qui ne tournait que très peu, et qui devait toujours être prête à bondir dès que la lumière était opportune.
New Regency Pictures
Ce travail du réalisme a bien évidemment conduit le réalisateur à exiger de son acteur principal qu’il se “mette en conditions réelles”, c’est-à-dire qu’il vive les -30 degrés des Rocheuses hivernales (comme son personnage), qu’il saute tout habillé dans une rivière gelée (comme son personnage) ou encore qu’il dévore un poisson cru (comme son personnage). Un cauchemar pour le commun des mortels, et pour Leonardo DiCaprio, qui considère encore ce tournage comme “la chose la plus difficile qu’il ait accomplie.”
New Regency Pictures
Un Oscar mérité ?
Avec un tel investissement, difficile pour l’Académie des Oscars de ne pas lui décerner la récompense suprême. The Revenant aura donc permis à Leonardo DiCaprio d’enfin décrocher son Oscar du meilleur acteur après 4 nominations, là où son acolyte Tom Cruise continue de courir après le sien. Mais pourquoi a-t-il (vraiment) été récompensé ?
Au moment de la sortie du film, nombreux furent les commentaires qui louèrent la performance de Leonardo DiCaprio. Mais des années plus tard, que reste-t-il du trappeur Andrew Henry dans nos esprits ? Pour la plupart, nous ne nous souvenons même pas de son nom. Ce dont nous nous rappelons de The Revenant, c’est le visage d’un Leonardo DiCaprio grelottant de froid dans l’immensité de l’Amérique sauvage. Ce n’est donc pas sa capacité à incarner qui a été récompensée, c’est sa souffrance.
New Regency Pictures
Leonardo DiCaprio a souffert pour nous offrir The Revenant. Cela en valait-il la peine ? Est-il vraiment un meilleur acteur pour cela, ou a-t-il simplement prouvé à l’industrie que lui aussi pouvait “s’investir physiquement” dans ses rôles, après avoir été le sex-symbol de toute une génération ? Chacun aura sa réponse.
Pour vous faire la vôtre, vous pouvez découvrir ou redécouvrir le film The Revenant, disponible sur Netflix jusqu’au 7 août.