Il suffit parfois d’une seule séquence pour faire entrer un film dans l’histoire. Dans Spider-Man 2, Sam Raimi en signe une qui, plus de deux décennies après sa sortie, n’a pratiquement rien perdu de sa puissance : l’affrontement vertigineux entre Spider-Man et le Docteur Octopus sur le toit d’un train lancé à toute vitesse dans les rues de New York.
Spectaculaire, tendue, mais surtout profondément humaine, cette scène résume à elle seule ce qui faisait la force du deuxième volet des aventures de Peter Parker. Et sa conception aura demandé un travail considérable, au point de coûter beaucoup plus cher que prévu.
Spider-Man face à un train hors de contrôle
Tout commence par un combat particulièrement musclé entre Peter Parker, toujours incarné par Tobey Maguire, et Otto Octavius, alias Dr Octopus, auquel Alfred Molina prête ses traits. Les deux adversaires s’affrontent jusque sur le toit d’un métro aérien, tandis que les wagons filent à travers la ville.
Mais Doc Ock décide de pousser Spider-Man dans ses derniers retranchements. Il détruit les commandes du train avant de prendre la fuite, laissant derrière lui des dizaines de passagers lancés à pleine vitesse vers une catastrophe certaine. Peter n’a alors plus personne à combattre. Son seul adversaire devient le temps.
Après plusieurs tentatives pour ralentir le convoi, Spider-Man utilise finalement ses toiles pour retenir le train. L’effort est immense et le laisse totalement épuisé. Il parvient malgré tout à sauver les voyageurs avant de perdre connaissance.
Et c’est précisément à cet instant que la séquence change de registre.
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“C’est juste... Un gamin !”
Alors qu’il est sur le point de tomber, les passagers rattrapent Spider-Man et le transportent délicatement à l’intérieur du wagon. Son masque a disparu et, pour la première fois, ces New-Yorkais découvrent le visage de celui qui vient de risquer sa vie pour eux.
Loin du héros invincible qu’ils pouvaient imaginer, ils voient simplement un très jeune homme.
“C’est juste... Un gamin ! Pas plus âgé que mon fils.”
Une courte réplique qui donne une dimension supplémentaire à toute la scène. Après le spectaculaire vient l’émotion : les voyageurs protègent Peter et lui assurent qu’ils ne révéleront pas son identité. Lorsque Doc Ock réapparaît pour récupérer son adversaire, certains tentent même de s’interposer.
Cette dimension profondément humaine explique en grande partie pourquoi la séquence continue d’être considérée comme l’un des grands moments de la saga.
La scène, la revoici :
Une scène préparée avant même le tournage
Derrière ces quelques minutes se cache pourtant un chantier particulièrement complexe. En 2024, Bob Murawski, monteur de Spider-Man 2, revenait auprès de SlashFilm sur la fabrication de cette séquence, dont la préparation avait commencé plusieurs mois avant que les caméras ne tournent.
“Sam m’a fait venir quelques mois avant le début du tournage pour travailler sur la scène du train. Je pense que c’était la première grande pièce de décor qu’ils avaient commencé à développer. C’était ça, et la scène de la salle d’opération avec Doc Ock. [...] Jeff Lynch [le storyboard artist, NDLR] et Sam avaient travaillé dessus, ensemble, quelques mois auparavant, réfléchissant sur la manière de concevoir la scène.”
La bataille avait donc été pensée et décortiquée très tôt par Sam Raimi et le storyboarder Jeff Lynch. Une préparation indispensable compte tenu de la quantité d’éléments à coordonner, mais qui a également permis à l’équipe de mesurer l’ampleur financière de ce qu’elle était en train d’imaginer.
“Les storyboards sont également utilisés pour des choses comme la budgétisation, ils ont donc décomposé le budget de la scène au fur et à mesure de son tournage, et ils dépassaient largement le budget.”
Près de 19 millions de dollars pour quelques minutes
L’addition s’est effectivement révélée particulièrement salée. La séquence devait initialement coûter environ 12 millions de dollars. Son coût final aurait finalement approché les 19 millions, soit quelque 7 millions supplémentaires.
Un investissement colossal pour une seule scène, mais dont l’impact est encore visible aujourd’hui. Car Sam Raimi ne s’est pas contenté de construire une démonstration technique : il a utilisé le spectacle pour raconter quelque chose de Peter Parker et du poids de ses responsabilités.
C’est d’ailleurs l’une des grandes forces de Spider-Man 2. Après le triomphe de Spider-Man en 2002, le réalisateur aurait pu se contenter de reproduire la formule du premier épisode en augmentant simplement l’ampleur des scènes d’action. Il choisit au contraire d’approfondir son héros.
Peter Parker doute, souffre et s’interroge sur la vie qu’il pourrait mener s’il abandonnait Spider-Man. Face à lui, Otto Octavius n’est pas non plus présenté comme un simple adversaire : scientifique brillant emporté par sa propre création, il constitue le reflet tragique du héros.
Sorti dans les salles françaises le 14 juillet 2004, Spider-Man 2 est ainsi devenu pour beaucoup l’un des sommets de la trilogie portée par Tobey Maguire, et plus largement une référence du cinéma de super-héros. Et s’il fallait n’en retenir qu’une séquence pour comprendre pourquoi, ces quelques minutes passées à bord d’un train new-yorkais constitueraient sans doute un excellent choix.
Spider-Man 2 est à revoir en streaming sur HBO Max.
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