Après avoir marqué la science-fiction avec RoboCop et Starship Troopers, Paul Verhoeven s’est attaqué en 2000 à une autre figure emblématique du genre : l’homme invisible. Mais contrairement à ses œuvres les plus personnelles, Hollow Man, l’homme sans ombre reste associé à un profond regret pour le cinéaste néerlandais.
À la fin des années 1990, Paul Verhoeven traverse une période délicate à Hollywood. Le réalisateur a essuyé coup sur coup deux revers qui ont fragilisé sa position au sein des studios américains. Le premier est Showgirls, violemment accueilli par la critique et boudé dans les salles. Le second, Starship Troopers, connaît lui aussi un parcours compliqué lors de sa sortie.
TriStar Pictures
Aujourd’hui largement réhabilité et considéré comme une satire féroce du militarisme et de la propagande, Starship Troopers avait été très mal compris par une partie de la presse en 1997. Certains critiques étaient même allés jusqu’à reprocher au film une supposée dimension fascisante, passant totalement à côté de l’ironie de Verhoeven. Le New York Times l’avait notamment qualifié de film “dérangé et horrible”.
Le box-office n’avait pas davantage rassuré les studios. Avec quelque 105 millions de dollars de budget, un record à l’époque dans la carrière du réalisateur, Starship Troopers n’avait engrangé qu'environ 54 millions de dollars aux États-Unis et 121 millions dans le monde.
Un projet accepté pour continuer à tourner
Dans ce contexte, Paul Verhoeven cherche avant tout à retrouver le chemin du succès. Peu après l’abandon d’un projet consacré au célèbre illusionniste Harry Houdini, Sony Pictures lui soumet un nouveau scénario : Hollow Man, l’homme sans ombre.
Le cinéaste accepte. Pas vraiment par passion, mais plutôt par pragmatisme. Aucun projet qui lui tient véritablement à cœur ne semble alors sur le point de se concrétiser et Hollow Man représente une occasion de retourner rapidement derrière la caméra.
Son manque d’enthousiasme n’est d’ailleurs pas un secret. Avant même la sortie du long-métrage, Verhoeven se montrait particulièrement lucide sur son implication dans le projet. Interrogé par Volkskrant Magazine en septembre 1999, il déclarait :
“Je ne fais pas du tout le film que je voudrais faire. Cela me semble clair. Je fais les films que je peux faire. Hollow Man a pour sujet l’homme invisible. On m’a demandé de réaliser ce projet […]. Nous essayons d’en tirer le meilleur, mais on ne peut pas dire que je me réveille la nuit dans mon lit en m’écriant : ‘Waouh !’”
Sony Pictures Releasing
Des effets spéciaux impressionnants, mais un scénario critiqué
Sorti en 2000, Hollow Man raconte l’histoire d’un scientifique interprété par Kevin Bacon qui parvient à devenir invisible, avant que l’expérience ne fasse progressivement basculer son comportement. Sur le plan technique, le film impressionne suffisamment pour décrocher une nomination à l’Oscar des meilleurs effets visuels. Son scénario, en revanche, suscite nettement moins d’enthousiasme.
Le Los Angeles Times écrivait ainsi : “Malgré une richesse d’effets spéciaux et la direction de Paul Verhoeven – M. Au-dessus-du-lot en personne –, ce film reste étonnamment terne.” Le Boston Globe se montrait encore plus sévère : “S’il n’y avait eu la télévision par câble et le circuit vidéo, Hollow Man serait resté invisible.”
Sony Pictures Releasing
Commercialement, le bilan est plus nuancé. Produit pour environ 95 millions de dollars, le film termine sa carrière mondiale avec un peu plus de 190 millions de dollars de recettes. Un résultat qui ne constitue pas un immense triomphe en salles, mais l’exploitation du film ne s’arrête évidemment pas là.
Hollow Man connaît ensuite une carrière particulièrement lucrative grâce aux locations, aux ventes de DVD et aux diffusions télévisées. Ces différents marchés auraient rapporté plus de 150 millions de dollars supplémentaires à Sony.
Un film qu’il n’aurait “pas dû faire”
Malgré cette rentabilité, Paul Verhoeven conservera un souvenir amer de l’expérience. Plus d’une décennie après la sortie de Hollow Man, le réalisateur expliquait au Hollywood Reporter, en 2013, pourquoi le film représentait à ses yeux une véritable erreur artistique.
“Après Hollow Man, j’ai décidé que c’était le premier film que j’avais réalisé et que je n’aurais pas dû faire. Il a rapporté de l’argent, etc., mais ce n’est vraiment plus moi.
Je pense que beaucoup d’autres personnes auraient pu le faire. Je ne pense pas que beaucoup de gens auraient pu réaliser RoboCop de cette manière, ni Starship Troopers. Mais pour Hollow Man, je pense qu’il y avait peut-être 20 réalisateurs à Hollywood qui auraient pu le faire. Je me suis senti déprimé après 2002.”
Une déclaration qui résume parfaitement le problème rencontré par Verhoeven : contrairement à RoboCop ou Starship Troopers, deux films dans lesquels sa personnalité et son regard satirique sont immédiatement reconnaissables, Hollow Man aurait pu, selon lui, être réalisé par de nombreux autres cinéastes.
Sony Pictures Releasing
La fin de l’aventure hollywoodienne de Verhoeven
Hollow Man marquera d’ailleurs un tournant majeur dans sa carrière. Il s’agit du dernier long-métrage que Paul Verhoeven réalisera durant sa grande période américaine.
Après plusieurs années loin des plateaux, le cinéaste retourne en Europe et retrouve les Pays-Bas pour Black Book, sorti en 2006. Un retour aux sources qui lui permet de renouer avec un cinéma beaucoup plus personnel, après l’expérience frustrante de Hollow Man.
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