"Je pense que les trois éléments les plus importants sur Terre, ce sont le sexe, la violence et la religion. On peut, peut-être se demander pourquoi on ne s'en inspire pas davantage" a un jour déclaré Paul Verhoeven. Des considérations que le cinéaste a largement mis en pratique dans ses sulfureuses premières oeuvres de sa carrière hollandaise, alors qu'il était encore bien loin de céder aux chants des sirènes hollywoodiennes.
Verhoeven était alors dans une situation aussi étrange qu'inconfortable : ses films avaient de plus en plus de succès, mais il avait de plus en plus de mal à trouver les financements, notamment auprès des commissions d'aides gouvernementales à la création artistique.
Le carton de Robocop et Total Recall
Parti aux Etats-Unis, son premier film tourné en langue anglaise est une coproduction américano-néerlando-hispanique, La Chair et le sang. Une expérience de tournage des plus douloureuses pour Verhoeven, qui trouva là son Apocalypse Now personnel, avant d'être propulsé deux ans plus tard au sommet du box office américain avec Robocop.
Le succès remporté par ce film culte et ses 53,4 millions de dollars de recettes dans le monde catapulte la carrière américaine de Paul Verhoeven. Avec une enveloppe de départ de 55 millions $, son film suivant, Total Recall, sera le film le plus cher que Verhoeven ait mis en scène jusque-là.
Enorme succès là aussi, avec cette fois-ci plus de 261 millions de dollars de recettes : la science-fiction est un genre qui semble lui porter chance, propulsant le cinéaste sur orbite. Du moins, jusqu'à ce que son brûlot incompris Starship Troopers ne se fracasse au Box Office, de même que les résultats décevants de son remake de L'homme invisible...
"Je déteste la science-fiction"
En avril 2002, le cinéaste avait accordé au site Ain’t It Cool News un entretien, dans lequel il révélait que sa femme avait dû le convaincre de jeter un nouveau coup d'œil au scénario d'Edward Neumeier et de Michael Miner pour RoboCop, car cela ne l'intéressait pas : "Franchement, je ne suis pas du tout un fan de science-fiction. Pour vous dire la vérité, je déteste la science-fiction" lâche-t-il.
Le scénario de RoboCop se trouvait en fait dans ma poubelle quand ma femme m’a convaincu d’y jeter un nouveau coup d’œil. Ce n’est qu’après avoir reconnu certains éléments qui m’ont rappelé Tom Puss in the Land of the Tin Men [NDR : un personnage de BD très fameux en Hollande, qui a les traits d'un chat blanc parlant, né en 1941] l’une de mes bandes dessinées préférées, que j’ai commencé à trouver ce scénario et ce film amusants".
Dans un entretien accordé au Guardian des années plus tard, en mai 2022, Verhoeven ne dira pas vraiment autre chose : "A l'origine, j'avais refusé le script du film, parce que c'était tellement éloigné de ce que j'avais pu faire en Hollande ! Plus tard, sur le plateau, j'ai été énormément aidé par le fait d'avoir un des scénaristes, Ed Neumeier, avec moi en permanence, m'empêchant de faire des bêtises".
Dès lors, pourquoi avoir accepté de faire des films de science-fiction s'il n'a aucune espèce d'intérêt pour le genre ? "Parce que tous les autres projets qu’on m’avait envoyés étaient encore pires. Même si Total Recall était un film de science-fiction, il était quand même bien meilleur que les autres navets qu’on m’avait envoyés. Il y a trois films américains auxquels je reste vraiment attaché : RoboCop, Basic Instinct et Starship Troopers. Les autres étaient nettement pires" confiait le cinéaste à Ain’t It Cool News.
Toujours est-il que Hollow Man sera le dernier film de la période américaine de Paul Verhoeven, qui reviendra en Europe et dans son pays natal pour y signer un très grand film en 2006, Black Book.