Transmetteur de sa passion pour le cinéma et réalisateur marquant de son époque, Bertrand Tavernier s'est éteint en mars 2021, à 79 ans. Immense cinéaste, il a laissé, au terme d'une carrière au très long cours de plus de cinquante ans, de très grands films, et plusieurs chefs-d'oeuvre.
En 2009, il signait un beau film noir, Dans la brume électrique, adapté d'une oeuvre du très fameux auteur de romans noir James Lee Burke, particulièrement connu pour sa série mettant en scène le shérif Dave Robicheaux. C'est justement ce personnage qu'incarne Tommy Lee Jones dans le film, où il délivre une performance, comme très souvent chez lui, très habitée.
L'histoire ? Elle se déroule à la Nouvelle Orléans, peu après le passage du dévastateur ouragan Katrina. Le détective Dave Robicheaux est sur les traces d'un tueur en série qui s'attaque à de très jeunes femmes. De retour chez lui après une investigation sur la scène d'un nouveau crime infâme, Dave fait la rencontre d'Elrod Sykes.
La grande star hollywoodienne est venue en Louisiane tourner un film, produit avec le soutien de la fine fleur du crime local, Baby Feet Balboni. Elrod raconte à Dave qu'il a vu, gisant dans un marais, le corps décomposé d'un homme noir enchaîné. Cette découverte fait rapidement resurgir des souvenirs du passé de Dave. Mais à mesure que Dave se rapproche du meurtrier, le meurtrier se rapproche de la famille de Dave...
Un Tommy Lee Jones très (trop) interventionniste
Fin connaisseur de l'oeuvre de Burke et également réalisateur (Trois enterrements), Tommy Lee Jones s'est montré très interventionniste durant le travail préparatoire de Dans la brume électrique. Bertrand Tavernier l'expliquait d'ailleurs ouvertement alors que son film était présenté à la Berlinale : "J'ai du faire 30 sessions de travail avec lui dans différents États. Je l'ai suivi au Nouveau-Mexique quand il tournait le film de Paul Haggis (Dans la vallée d'Ellah), en Floride quand il faisait des matchs de polo... Il coupait, il réécrivait..."
Lorsque nous avions rencontré le cinéaste au festival du film policier de Beaune, où il présentait son film la même année, il avait d'ailleurs un peu plus enfoncé le clou : "on avait épluché le scénario ensemble phrase par phrase, mot par mot, je lui avais demandé qu'il écrive des scènes, il me les amenaient, je les acceptais ou les refusais. j'ai d'ailleurs eu une fois une bataille terrible avec lui dans son jet, quand tout d'un coup il m'a inventé une sous intrigue, et là je me suis mis très, très en colère. Je lui ai dit : " Je ne veux pas de ça, et si tu insistes, je quitte le film".
Ces relations n'ont pas empêché le cinéaste de redire son admiration pour ce grand comédien, notoirement connu pour avoir un tempérament difficile. "Je ne voyais pas d'autres acteurs que lui pour incarner le rôle du détective Dave Robicheaux (...) On avait tellement travaillé en amont, que lors du tournage je n'avais pratiquement rien à dire[...] dès qu'on disait "moteur" il était formidable. J'ai d'ailleurs très souvent gardé ses premières prises dans le montage final du film".