L'horreur vit son âge d'or. Cette année cinéma le confirme avec les phénomènes Obsession et Backrooms - qui ont ensemble réunit 3 millions de spectateurs en France. Undertone de Ian Tuason s'inscrit parfaitement dans cette ère.
Réalisé avec un budget estimé à 500 000 dollars, le film en a rapporté 21 millions dans le monde. Présenté dans divers festivals, il a même été distribué par A24, le studio américain qui pèse lourd dans le cinéma indépendant.
Undertone repose sur un concept simple : une animatrice d'un podcast paranormal écoute une bande sonore inquiétante. Très vite, des phénomènes très étranges vont se produire autour d'elle. Les spectateurs découvre un film d'horreur audio où la peur repose sur le hors-champ et le pouvoir de l'imagination.
Derrière son aspect train fantôme, ce film d'horreur n'en reste pas moins une œuvre personnelle pour son réalisateur qui a, comme son héroïne principale, accompagné ses propres parents en fin de vie. Le film est par ailleurs tourné dans sa maison familiale. Nous l'avons rencontré au Biarritz Film Festival où Undertone était présenté en avant-première.
AlloCiné : Vous avez écouté beaucoup de podcasts sur le paranormal pour imaginer ce film. La bande d'enregistrement est l’élément principal d'Undertone. Sa création a-t-elle été la partie la plus difficile du film ?
Ian Tuason, scénariste et réalisateur : Depuis toujours, les phénomène de voix électronique me terrifient. Les messages cachés, les chansons passées à l'envers… tout cela m'a toujours fasciné et effrayé. C'est d'ailleurs cette peur qui a donné naissance au film. Créer le « found audio » en lui-même n'a pas été très compliqué. J'ai utilisé un véritable enregistrement de London Bridge, issu de la Library of Congress, qui appartient au domaine public. Je l'ai simplement inversé.
Tous les messages que l'on croit entendre existaient déjà dans l'enregistrement original : je n'ai rien ajouté. Par exemple, on peut distinguer « Mike Kill All » ou « The killer is out ». J'ai ensuite construit le scénario autour de ces phrases, en donnant notamment au personnage principal le prénom de Mike.
Pour les enregistrements réalisés par le jeune couple, nous avons simplement utilisé un iPhone. Nous avons rejoué les scènes chez moi et enregistré les dialogues de cette manière. Cette partie a été assez simple. En revanche, le véritable défi est venu après : tout le travail de design sonore et le mixage Dolby Atmos.
Condor Distribution
Votre actrice, Nina Kiri, découvre cette bande sonore à l'écran. Était-ce réellement la première fois qu'elle l'entendait ?
Oui, c'était la première fois. Nous trouvions tous cet enregistrement particulièrement inquiétant et nous voulions capturer une réaction totalement authentique. D'ailleurs, c'est exactement ce que dit Justin dans le film : « Gardons-le pour le podcast, je veux voir ta vraie réaction. » La réalité a imité la fiction.
Ce qui m'a le plus marqué dans Undertone, c'est l’importance du hors-champ. Selon vous, quel est le meilleur hors-champ dans l'histoire du cinéma d'horreur ?
Je pense immédiatement à Paranormal Activity. C'est l'une de mes plus grandes influences. À la fin du premier film, Micah meurt hors-champ. On ne voit absolument rien. On l'entend simplement mourir à l'étage inférieur. Il prononce quelques mots, pousse un cri… puis plus rien. C'était infiniment plus terrifiant que si tout avait été montré, parce que notre imagination faisait le reste.
Aujourd'hui, je travaille justement sur le reboot de la franchise Paranormal Activity. Et je me bats pour conserver cette idée du hors-champ. Le studio aimerait montrer davantage de choses à l'écran. Les producteurs, James Wan et Jason Blum, comprennent parfaitement cette approche, mais le studio a une vision différente. Je pense que nous finirons par trouver un équilibre.
Le fait d'avoir accompagné mes parents jusqu'à la fin m'a permis d'écrire un film profondément personnel sur la peur, le deuil et les angoisses que nous créons nous-mêmes.
Cela signifie donc que votre nouveau Paranormal Activity sera directement lié au premier film ?
Oui. Il existe un lien très important avec le premier opus, même s'il ne passe pas par le retour des mêmes acteurs. Si vous aimez le premier Paranormal Activity, je pense que cette nouvelle version vous surprendra énormément. J'espère même qu'elle dépassera le simple cadre de la franchise pour devenir un grand film d'horreur à part entière.
Dans Undertone, le fait de situer toute l'histoire dans une seule maison s'est-il imposé naturellement ? Lorsque l'on connaît votre histoire personnelle et le décès de vos parents, on redécouvre le film sous un tout autre angle.
En réalité, je n'avais pas le choix. Mon budget était très limité. Je devais écrire un film qui puisse se dérouler presque entièrement dans un seul lieu. J'ai donc intégré cette contrainte au récit : le personnage ne peut pas quitter la maison parce qu'il doit s'occuper de sa mère.
J'ai appris à écrire à partir de mes contraintes. Et c'est souvent là que l'on trouve la vérité d'une histoire. Avec le recul, j'ai l'impression que tout cela relevait presque du karma. Le fait d'avoir accompagné mes parents jusqu'à la fin m'a permis d'écrire un film profondément personnel sur la peur, le deuil et les angoisses que nous créons nous-mêmes.
Écrire et réaliser ce film a-t-il été une forme de catharsis ?
Je ne peux pas imaginer de thérapie plus puissante que l'art. Créer est à la fois le remède et le processus de guérison. Chacun possède son propre moyen d'expression. Pour vous, c'est le journalisme. Pour moi, c'était le cinéma. Je pense souvent au documentaire Dear Zachary. C'est une œuvre bouleversante sur le deuil, qui montre à quel point la création peut permettre de transformer une douleur intime.
Condor Distribution
La maison dans laquelle vous avez tourné appartient-elle toujours à votre famille ?
Oui. Elle est toujours à moi. Son atmosphère a complètement changé. Pendant longtemps, elle était associée à des souvenirs douloureux. Puis des dizaines de personnes y sont passées pendant le tournage. Aujourd'hui, l'énergie qui s'en dégage est beaucoup plus positive. Cette maison représente désormais deux périodes de ma vie : les derniers moments passés avec mes parents, mais aussi la naissance de ce film.
Que ressent-on lorsque l'on apprend qu'A24 va distribuer son film en Amérique ? Ce studio est devenu une référence absolue dans le cinéma indépendant.
C'était mon rêve. Je ne voulais travailler avec personne d'autre qu'A24. Dès les premiers jours du tournage, j'ai eu le sentiment que quelque chose de particulier accompagnait ce projet. Les bonnes personnes arrivaient au bon moment, certains plans semblaient se mettre en place presque naturellement, les ombres, les mouvements de caméra, les performances des acteurs… Tout semblait s'aligner. J'ai parfois eu l'impression qu'une force invisible guidait le film. J'aime penser que ce sont mes parents qui veillaient sur nous.
Undertone sort la même année que deux importants succès horrifiques, Obsession et Backrooms. On a l'impression qu'une nouvelle génération puissante de cinéastes est en train d'émerger. Quel regard portez-vous sur ce mouvement ?
Je pense que nous assistons réellement à la naissance d'une nouvelle vague du cinéma d'horreur. J'attends avec impatience qu'un journaliste lui trouve un nom, un peu comme on parle aujourd'hui de la Nouvelle Vague française.
Dans Undertone, le mot « undertow » désigne le courant invisible qui circule sous la surface des vagues. J'aime l'idée qu'il puisse devenir une métaphore de cette nouvelle génération de films : un mouvement discret, souterrain, mais extrêmement puissant. Peut-être qu'un jour quelqu'un parlera de « l'Undertow de l'horreur ». Ou, plus simplement, de la nouvelle vague du cinéma d'horreur.
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Biarritz, en juin 2026.
Undertone, actuellement au cinéma