Choisi pour ouvrir le 79e Festival international du film de Locarno, qui s'achève ce 15 août, Les Yeux verts est le nouveau long-métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, réalisateurs de Gagarine, sorti en 2021.
Porté par Sayyid El Alami (La Pampa, Leurs enfants après eux), Anamaria Vartolomei (Le Comte de Monte-Cristo, La Bataille De Gaulle) et la jeune Douae Butarbuch Mzaouki, ce film mêle le drame politique au fantastique avec un angle pour le moins surprenant.
L'histoire suit Cahaya, une petite fille réfugiée qui vit avec son père et son frère dans une petite ville des Landes près de l'Océan. Quand ils apprennent qu'ils vont être forcés de retourner en Irak, Nour, le grand frère, tombe dans le coma. Chaya comprend que le seul moyen de le réveiller est d'aller le chercher dans ses rêves.
Le syndrome de résignation, c'est quoi ?
Au cours du film, les spectateurs découvrent ce coma porte un nom : le syndrome de résignation. C'est le nom donné à ce trouble psychique dissociatif méconnu mais bien réel qui touche principalement les enfants demandeurs d'asile.
Le duo de cinéastes découvrent que ce phénomène grâce à une série de clichés du photographe Tomek Kaczor, récompensé par les World Press Photo pour son travail de documentation. "On creuse un peu et on découvre qu’il y a eu des centaines d’enfants, au cours des 20 dernières années, qui sont tombés dans des léthargies profondes suite à un refus de demande d’asile de leurs parents", explique le coréalisateur Jérémy Trouilh.
Le travail de Tomek Kaczor :
Il poursuit : "Ça nous a aussi interrogés sur cette question : à quoi rêvent ces enfants qui se retranchent dans leur sommeil, dans un monde qui a l’air de leur dire qu’ils n’ont leur place nulle part ?"
Un hommage aux Landes, aujourd'hui territoire brûlé
Les Yeux verts approche ce sujet avec poésie et fantastique, filmant une grande partie de l'action dans les Landes. Ce paradis vert français est aujourd'hui ravagé par les nombreux incendies qui ont frappé la France au cours de l'été.
En filmant la richesse de la nature, ses plantes et ses animaux, Les Yeux verts rend aussi hommage à ce territoire. "Ces incendies nous rappellent que nos propres maisons sont vulnérables, et que demain, c'est peut-être nous qui aurons besoin d'établir nos maisons ailleurs, rappelle Fanny Liatard. Notre film est un appel à l'empathie. Il n'est pas forcément beaucoup plus, mais on a l'impression que le pouvoir des histoires est déjà puissant à cet endroit-là."
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Locarno, le 6 août 2026
Les Yeux verts, au cinéma le 11 novembre