"J'avais envie d'aller au bout de cette thématique de la pulsion" : L'espèce explosive, premier long métrage de Sarah Arnold, arrive au cinéma
par Brigitte Baronnet
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Après un passage remarqué à Cannes, du côté de la Quinzaine des cinéastes, le premier long métrage "L’espèce explosive" arrive au cinéma. Nous avons rencontré sa réalisatrice et scénariste, Sarah Arnold.

De quoi ça parle ?

Dans la campagne du Nord-Est de la France. Les sangliers qui ravagent les cultures provoquent une guerre ouverte entre chasseurs et agriculteurs. Brun, céréalier en faillite, lutte pour maintenir sa ferme à flot. Quand un notable du coin le pousse à bout, il déraille et disparaît.

Un an plus tard, Fulda, un gendarme corse muté dans la région pour raisons disciplinaires, mène l’enquête. Entre intuitions fulgurantes et ratés spectaculaires, ses méthodes approximatives le mènent sur la piste des Attilas, des sangliers aux dimensions hors normes.

Mais sa récente rupture amoureuse et la vodka dans laquelle flotte son cerveau n’aident pas. Heureusement, il y a Stéphane, la nouvelle psy de la gendarmerie : elle est là pour mettre un peu d’ordre dans son chaos — à moins que ce ne soit l’inverse ?

L'Espèce explosive
L'Espèce explosive
Sortie : 7 octobre 2026 | 1h 35min
De Sarah Arnold
Avec Alexis Manenti, Ella Rumpf, Vincent Dedienne
Presse
3,3
Spectateurs
3,7
Séances (186)

L’espèce explosive est un premier long métrage réalisé par Sarah Arnold et récompensé à la Quinzaine des cinéastes à Cannes cette année. Un film singulier… avec des sangliers et un beau casting, avec Alexis Manenti et Ella Rumpf, tous deux Césarisés, et complété notamment par Vincent Dedienne, futur maitre de cérémonie des César l'année prochaine, et l’acteur - chanteur Bertrand Belin.

AlloCiné : L'Espèce explosive est un film assez complexe à définir, qui mêle différents genres. Comment pourrait-on le résumer simplement ?

Sarah Arnold : C'est un film qui commence comme une tragédie paysanne à la campagne et qui mute progressivement vers le film policier, le polar, qui se déroule chez les gendarmes. Ensuite, il se déporte lentement vers la comédie romantique, avec aussi un petit côté film de genre.

C'est un film très abouti, que ce soit dans les dialogues, la caractérisation des personnages ou la mise en scène. Qu'est-ce qui est arrivé en premier pour ce projet ? Quel est le déclencheur ?

Le déclencheur, c'est le sanglier, l'animal en lui-même. C'est-à-dire la découverte d'un animal hirsute, désobéissant, burlesque, inquiétant, brutal, drolatique, indomptable, qui part dans tous les sens. Et l'envie de faire un film qui aurait cette énergie, une énergie difficile à contenir. C'est un film sur la pulsion, je crois.

C'est un film qui fait réagir. Vous revenez justement d'une rencontre avec le public au Festival de Lama...

C'est la première fois que je me retrouve dans une situation où la parole est ainsi cadrée, avec un temps dédié. Ce n'est pas tout à fait comme les fins de projection habituelles où l'on échange simplement quelques questions.

Ce qui m'a marquée, ce sont les strates d'interprétation et le plaisir de voir que ce film propose un jeu de piste. Le spectateur est lui-même placé dans la position de l'enquêteur. C'est vraiment ce qu'on a cherché à faire : travailler avec la poésie, l'analogie, le symbolisme et les différentes pistes à tisser entre les éléments. J'ai trouvé cela très riche.

Avec ce film, on est tout le temps surpris, on ne sait pas où cela va nous mener. Aviez-vous envie de surprendre constamment le spectateur ?

C'est quelque chose qui me fait peur et avec lequel je ne suis pas toujours totalement à l'aise, mais cela fait partie de mon évolution et de mon cheminement. C'est ce que j'essaie de m'octroyer : le droit de questionner et de me dire que c'est OK si les gens sont bousculés. On a le droit de pousser un peu les limites. Ce n'est pas évident pour moi, ce ne serait pas honnête de dire le contraire.

C'est-à-dire qu'aujourd'hui encore, vous vous questionnez sur jusqu'où vous pouvez aller ?

Oui, la question concerne vraiment l'affirmation de soi, mais au bon endroit. Pas l'affirmation pour l'affirmation, mais le fait d'être au bon endroit, d'être dans l'honnêteté.

Avec ce film, j'avais envie d'aller au bout du geste, de suivre cette thématique de la pulsion, sans trop freiner ni trop normaliser. C'est un film sur le trop, le trop-plein : le geste est fort, il y a trop de sangliers, trop de pulsions, trop de personnages. Et ce n'est pas toujours évident à porter.

Propos recueillis par Brigitte Baronnet, au Festival du film de Lama, en juillet 2026

Brigitte Baronnet
Brigitte Baronnet
-Journaliste cinéma
Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 15 ans.
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