De quoi ça parle ?
Corinne Maclou est figurante. Elle enchaîne les tournages avec l’espoir d’être remarquée et de décrocher enfin un vrai rôle. Lorsque son chemin croise celui de Sandrine Kiberlain et qu’une relation commence à se nouer entre les deux, Corinne espère concrétiser son rêve. Mais la célèbre actrice va-t-elle vraiment l’aider à se faire une place au sein de la grande famille du cinéma ?
Dans Ni vue ni connue, Isabelle Huppert, actrice aux deux César et 17 nominations (le record !), joue le contre-emploi en devenant Corinne Maclou, une figurante anonyme ! C'est le point de départ drôle et inattendu du nouveau long métrage de Marc Fitoussi, réalisateur qui filme à merveille les actrices et avec une grande acuité, les coulisses du 7e art.
Un personnage improbable pour la comédienne, et donc savoureux pour les spectatrices et spectateurs ! Cette Corinne Maclou tente tant bien que mal de décrocher des rôles plus étoffés, et nous plonge ainsi dans les coulisses parfois moins reluisantes du monde du cinéma. Une comédie donc, mais avec aussi des moments plus cruels ou doux-amer.
Isabelle Huppert dans un rôle inédit
"Raconter l’invisibilité d’une actrice avec l’actrice qu’on voit le plus : tel est l’enjeu, et le paradoxe amusé, de Ni vue, ni connue en effet ! (...) Je me suis demandé si le rôle qu'elle n'avait jamais tenu n'était pas celui d'une actrice qui ne jouerait pas, reléguée au second plan, voire invisible. Et c'est comme ça que m'est venue l'idée de la transformer en figurante de cinéma. (...) L’imaginer qui poireaute dans une salle d’attente, ou la faire vivre dans un studio au dernier étage sans ascenseur, me réjouissait et me semblait plausible."
Pour lui donner la réplique, on retrouve Sandrine Kiberlain dans le rôle de… Sandrine Kiberlain. La nouvelle comédie de Marc Fitoussi s’amuse à brouiller les pistes entre de vrais acteurs (on croise aussi Vincent Dedienne, Diane Kruger, Emmanuelle Bercot, Hugo Becker ou encore Thomas Jolly) et des situations parfaitement imaginaires. On sourit, on rit et on est aussi touché par le lien qui se créée entre ces deux personnages, et les réactions que cela suscite sur leur entourage.
Inévitablement, face à une intrigue comme celle-ci, on a envie de démêler le vrai du faux ! Marc Fitoussi s'est-il basé sur des anecdotes réelles, et la Sandrine Kiberlain du film est-elle inspirée de la vraie Sandrine Kiberlain ? Voici les réponses !
Démêler le vrai du faux !
Pour créer le personnage d'Isabelle Huppert, l'histoire est fictive mais ponctuée de nombreux clins d'oeil à la grande carrière de l'actrice. "Emma Bovary, le théâtre de l’Odéon, Bob Wilson... Je trouvais ça drôle que Corinne puisse traverser des projets que l’on identifie immédiatement à la vraie Isabelle", précise Marc Fitoussi dans le dossier de presse.
"Il y a beaucoup de choses réalistes aussi dans le film, par exemple quant à la hiérarchie sur un tournage. Les tables de régie qui sont là pour les figurants, mais qui ne doivent pas approcher les acteurs principaux… Ici, on traite d'une figurante qui est très envahissante et très battante, mais il y en a d'autres qui sont très heureux d'être figurants. Donc, il y a du vrai et du moins vrai", explique Sandrine Kiberlain lors d'un Q&A suivant une avant-première parisienne du film.
Et d'ajouter : "Moi, je crois que je suis une des choses les moins vraies, puisque je n'ai absolument pas cette attitude dans la vie. J'oublie que je suis actrice, alors qu'elle, elle se prend pour Sandrine Kiberlain H24 ! Donc, c'est un mélange, et c'est ça qui, je pense, peut embarquer le spectateur dans la façon dont Marc aime raconter ses actrices, raconter ce métier, raconter tous ces rapports à l'intérieur du cinéma. Mais en vous incluant, en disant "Soyons complices" !"
Sandrine Kiberlain dans le rôle d'une fausse Sandrine Kiberlain !
Le personnage que joue Sandrine Kiberlain, malgré l'homonymie, s'éloigne de la vraie actrice, pour créer à nouveau un décalage.
"On oublie Sandrine Kiberlain. On va vers un personnage. Déjà, ce n'est pas la même dans Dix pour cent pour moi (NDLR. L'actrice avait joué dans un épisode, un rôle où elle s'essayait au stand-up !). Dans Dix pour cent, je trouve qu'il y avait plus de moi. Il y avait plus de mon allure, j'avais presque mes fringues à moi. De toute façon, ce qui compte c'est de s'amuser en sachant qu'on va raconter quelque chose d'assez outrancier."
Dans le film il y avait quelque chose à trouver ensemble sur cet inconscient collectif de la célébrité. Comment justement créer un personnage de Sandrine Kiberlain qui raconte ce que les gens pensent de la célébrité, des caprices, de l'absolue perfection d'être dans la lumière, et d'aller plus loin que ça évidemment.
Le film s'intéresse également à une autre facette, celle de "l'ombre", ce qui se cache "derrière la porte" d'une actrice célèbre. "[Mon personnage] est finalement beaucoup plus seule que ce qu'on imagine, avec ses petits teckels et son verre de vin !"
Quelles actrices ont inspiré l'allure de Sandrine Kiberlain ?
Comme Marc Fitoussi le pointe, plusieurs grandes actrices ont façonné l'allure du personnage-star de Sandrine Kiberlain, et pas n'importe lesquelles ! Pour imaginer son look, même sa coiffure, Marc Fitoussi avait imaginé un "moodboard" (une planche d'inspiration) : "il y avait des photos d'actrices qui pouvaient nous inspirer, et il n'y avait que Cate Blanchett et Julianne Moore !" Sandrine Kiberlain complète : "Voilà, à l'américaine !" Et pour le look d'Isabelle Huppert, Marc Fitoussi s'est inpiré de Diane Keaton !
Derrière l'aspect comédie du film, Ni vue, ni connue est aussi une réflexion sur la ténacité que suppose le métier d'actrice. "C'est un film sur la persévérance et en cela, il peut toucher tout le monde. Car on a tous des ambitions, des objectifs, des postes qu’on rêve d’atteindre. Et l’on connaît tous des refus ou des déceptions, quel que soit le domaine dans lequel on évolue", indique Marc Fitoussi.
Ni vue, ni connue me permet ainsi de rendre hommage aux figurants, et surtout de montrer mon admiration pour les actrices. Car elles rencontrent toutes des difficultés. Maintenir son rang est tout aussi difficile que se de faire repérer et connaître... C’est vraiment un métier dévorant, qui ronge et qui obsède. C’est aussi un monde qui ne fait pas de bien aux femmes. Ne serait-ce qu’à cause des diktats que sont la jeunesse, la minceur, la nécessité de paraître. Sans doute les choses bougent-elles un peu aujourd’hui et tant mieux. Mais on ne dit pas assez que les actrices sont des combattantes. Je suis bien content, pour ma part, d’avoir mis en avant trois femmes de plus de 50 ans."
Propos recueillis lors d'un Q&A au Club Blanche, le jeudi 1er octobre 2026 (hors dossier de presse)
Ni vue, ni connue sort au cinéma ce mercredi 7 octobre 2026.