Les projections-tests, Screen Tests en V.O, sont une pratique plutôt ancienne dans le paysage hollywoodien. Dès la fin des années 1930, les studios ont pris l'habitude de solliciter un petit panel de spectateurs à qui l'on montre l'oeuvre, et chargés à l'issue de cette projection de donner leurs impressions, bonnes et mauvaises. Et, le cas échéant, procéder aux modifications nécessaires avant son exploitation commerciale.
Moment de stress légitime pour le studio et l'équipe du film, réalisateur en tête, la projection-test peut aussi virer au cauchemar et à la catastrophe; les exemples en ce sens abondent. De là ont découlé de fameux moments de tensions entre le réalisateur, parfois dépossédé de son oeuvre, des coupes imposées ou faites dans son dos, une vision artistique complètement bridée donnant une oeuvre totalement dénaturée, avec parfois, in fine, une lourde sanction économique à la clé sous forme d'un gros échec commercial en salle.
Toutefois, il serait caricatural et factuellement faux de dire que l'issue de toutes ces projections-tests se sont soldées par des bras de fer entre les studios et les réalisateurs / équipes du film, ou que les oeuvres furent toutes des échecs en salle. Même si l'exemple du destin cabossé de Starship Troopers conforterait cette analyse.
Un film "dérangé et horrible"
C'est peu dire qu'au moment de sa sortie, l’ironie mordante et féroce de Starship Troopers de Paul Verhoeven, son discours satirique et anti-militariste, ne furent pas détectés par tous ses spectateurs, même professionnels.
Parmi la critique, certains évoquèrent même un film fascisant, sans relever le traitement appliqué par Paul Verhoeven à son sujet (et sans se souvenir de son tempérament de cinéaste...). Le New York Times parla même d'un film "dérangé et horrible"...
La sanction fut d'autant plus lourde que, doté d'un budget de production de 105 millions de dollars, soit le plus important dont ait jamais disposé le cinéaste, Starship Troopers n'en rapporta que 54 millions sur le territoire américain.
Le temps faisant son oeuvre, et le bouche à oreille aussi, heureusement, le film de Paulo est devenu absolument culte. Un jeu de massacre en forme de gigantesque bras d'honneur de la part du hollandais violent.
Une liaison insupportable pour le public- test américain
Dans la version originale du film, le personnage de Carmen Ibanez (Denise Richards) rompt avec Johnny Rico (Casper Van Dien), alors que les deux sont séparés lors de leurs entraînements respectifs. Puis elle entame une liaison avec son officier supérieur, incarné à l'écran par le regretté Patrick Muldoon.
Le public test américain n'a pas supporté que le personnage privilégie sa carrière plutôt que sa liaison avec Rico, tout comme il n'a pas apprécié qu'elle se jette dans les bras de son officier supérieur. Il aurait aussi souhaité que ce soit son personnage qui meurt, plutôt que la pauvre Dizzy Flores (Dina Meyer).
Verhoeven a alors sensiblement atténué la romance dans la version finale : la liaison entre Carmen et le lieutenant Barcalow est devenue un "simple" flirt, afin que le public puisse avoir davantage d'empathie envers elle. Dans la même veine, le réalisateur a également coupé une scène où Johnny et Carmen s'embrassent après la mort de Barcalow à la fin du film. Pour le reste, Paulo a tenu bon sur ses ambitions.

