Justin le Juste : le film avec Alban Ivanov est-il inspiré d'une histoire vraie ?
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Dans le drame historique "Justin le Juste", Eric Barbier dirige Alban Ivanov et Birane Ba. Mais ce film historique sur des soldats qui se rebellent est-il inspiré d'une histoire vraie ?

Par Laëtitia Forhan

Avec son nouveau film Justin le Juste, Éric Barbier plonge le spectateur dans les tranchées de la Première Guerre mondiale aux côtés d’un paysan naïf enrôlé de force dans l’armée française. Mais Justin a-t-il réellement existé ? L’histoire racontée dans le film est-elle vraie ?

Les faits relatés dans Justin le Juste n'ont pas réellement eu lieu. En revanche, le long métrage s’appuie sur une réalité historique bien documentée.

Le personnage incarné par Alban Ivanov n'est pas inspiré d'un soldat ayant réellement existé. Justin le Juste est avant tout une adaptation littéraire : le film est inspiré du roman Justin-le-Juste ou La charrette, écrit par Jean Pompougnac et publié en 1967 aux Éditions de La Table Ronde. L'ouvrage, qui constitue l'unique roman de son auteur, a reçu le Prix du Bougnat la même année. Le roman raconte déjà l'histoire d'un métayer périgourdin envoyé à la guerre alors qu'il ne comprend ni les raisons du conflit, ni celles qui l'ont conduit sur le front.

Justin le Juste
Justin le Juste
Sortie : 23 septembre 2026 | 1h 50min
De Éric Barbier
Avec Alban Ivanov, Birane Ba, Alexandra Lamy
Presse
3,2
Spectateurs
3,8
Séances (945)

Une adaptation (très) libre

Mais comme le signal Eric Barbier dans le dossier de presse, son film est une adaptation très libre de l'ouvrage puisque, ni la journaliste incarnée par Alexandra Lamy, ni Basile, personnage central du roman interprété par Birane Ba, ne sont dans le livre.

Le cinéaste est parti de la base du roman pour parler en revanche d'un sujet bien réel. Si Justin est un personnage de fiction, les injustices auxquelles il est confronté renvoient à une réalité particulièrement sombre de la Grande Guerre : celle des soldats français condamnés à mort par les conseils de guerre et exécutés, notamment pour désobéissance militaire.

Julien Panie-SND-Vertigo

Fusillés "pour l'exemple"

639 soldats ont ainsi été fusillés "pour l'exemple" entre 1914 et 1918. La grande majorité de ces exécutions a eu lieu dans les premières années du conflit.

À cette époque, des conseils de guerre spéciaux avaient été instaurés. Leur fonctionnement était particulièrement expéditif (comme le montre le film) : l'instruction préalable était inexistante ou très limitée, les droits de la défense étaient réduits et les possibilités de recours étaient très restreintes. C'est ce système qui a notamment conduit aux condamnations de nombreux soldats ensuite désignés sous le terme de "fusillés pour l'exemple".

La loi du 27 avril 1916 supprime les conseils de guerre spéciaux et réforme profondément le fonctionnement de la justice militaire. Elle rétablit notamment la possibilité de prendre en compte les circonstances atténuantes et introduit des possibilités de recours en révision.

Julien Panie-SND-Vertigo

Les exécutions ne disparaissent toutefois pas immédiatement. Elles deviennent progressivement moins nombreuses. Après 1918, des familles et des associations se battent pendant des décennies pour obtenir la réhabilitation de soldats condamnés. Certaines réhabilitations sont obtenues dans les années qui suivent la guerre, d'autres beaucoup plus tard.

Le Canard enchaîné a-t-il réellement aider à faire abroger cette loi ?

Dans Justin le Juste, la journaliste du Canard enchaîné Marie Barratier (Alexandra Lamy) s'intéresse au sort des soldats et contribue à faire connaître les injustices commises par le commandement grâce au témoignage de Justin.

Si le choix du journal n'est pas anachronique : le Canard enchaîné est lancé le 10 septembre 1915 en réaction à la censure et à la propagande de la presse de guerre, le médias n'a pas eu d'impact dans l'abrogation de cette loi. Dans la réalité, la réforme majeure de la justice militaire de 1916 résulte de l'action de parlementaires qui dénoncent les dérives des conseils de guerre.

Julien Panie-SND-Vertigo

La journaliste est inspirée d'un personnage réel

Le personnage incarné par Alexandra Lamy est pour sa part inspiré d'une journaliste ayant réellement existée.

Le cinéaste évoque son inspiration dans le dossier de presse: "Maire est inspirée par la journaliste Annie De Pène, qui a publiée plusieurs textes pendant la guerre qui seront publiés par Les journaux “ Le matin “ et “L’oeuvre”. Cette journaliste, amie de Colette et d’Henri Barbusse, est la première femme a s’être rendue dans les tranchées sans autorisation officielle pour en livrer trois reportages qu’elle regroupera dans une brochure intitulée Une femme dans la tranchée. Elle écrira aussi de nombreuses chroniques sur les femmes à l’arrière. Comme Marie, qui va entrer dans la mairie pour rencontrer les preneurs d’otages déguisée en prêtre, Annie de Pène va accéder aux tranchées cachée dans des ballots de munitions."

Autre clin d'oeil,Eric Barbier a choisi de baptiser son héroïne Marie Barratier, nom de la mère du célèbre reporter Albert Londres.

Justin n'a donc pas existé, son histoire n'est pas celle d'un soldat réel et le film n'est pas l'adaptation d'un fait divers historique. Mais le long métrage raconte des faits bien réels : l'exécution l'armée française de centaines de soldats pendant la Première Guerre mondiale, pour des faits de désobéissance militaire.

Justin le Juste est actuellement en salles.

Laëtitia Forhan
Laëtitia Forhan
-Chef de rubrique cinéma
Fan de cinéma fantastique, de thrillers, et d’animation, elle rejoint la rédaction d’AlloCiné en 2007. Elle navigue depuis entre écriture d'articles, rencontres passionnantes et couvertures de festivals.
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