Notre Salut avec Swann Arlaud : pourquoi ces chansons modernes dans un film sur la Seconde Guerre mondiale ?
par Maximilien Pierrette
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Cela ne vous aura pas échappé : bien que situé pendant la Seconde Guerre mondiale, "Notre Salut" utilise des chansons plus récentes à quelques reprises. Le réalisateur explique le pourquoi du comment de ces anachronismes.

Le mercredi 20 mai 2026, à quelques minutes de la présentation du film, en Compétition, au 79ème Festival de Cannes, l'équipe de Notre Salut monte les marches au son de "Pop Corn", tube électro sautillant signé Gershon Kingsley en 1969 et qui a connu quelques reprises ensuite (par Hot Butter trois ans plus tard, ou encore... Crazy Frog). Donc pas le genre de musique qu'on associerait à un film sur l'Occupation pendant la Seconde Guerre Mondiale, y compris Papy fait de la Résistance qui s'emparait pourtant de Julio Iglesias.

Une grosse poignée de minutes plus tard, les spectateurs présents dans la salle ont pourtant compris qu'il s'agissait de l'un des titres de la bande-originale. Avec "Sounds Like a Melody" d'Alphaville, qui retentit assez vite dans le récit, et "Life is Life" d'Opus, choisi pour illustrer des images d'archive montrant la visite du Maréchal Pétain à Vichy, ville dans laquelle se déroule le long métrage inspiré de la vie de l'arrière-grand-père du réalisateur Emmanuel Marre.

Notre salut
Notre salut
Sortie : 30 septembre 2026 | 2h 39min
De Emmanuel Marre
Avec Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Harpo Guit
Presse
4,5
Spectateurs
3,7
Séances (871)

Mais sa démarche n'est pas celle d'un Quentin Tarantino, pas franchement à cheval sur la véracité historique quand il s'agit de choisir des musiques qui collent à l'époque ou réécrire les faits à sa sauce pour démontrer le pouvoir du cinéma. "J’avais peur de faire des anachronismes, de crainte qu’ils ne soient pris pour des effets", raconte Emmanuel Marre dans le dossier de presse. "Il ne fallait pas que ça fasse comme les Converse de Marie-Antoinette dans le film de Sofia Coppola. Mais la sensation d’être au présent passe parfois mieux en créant des décalages."

"Je me suis dit que si on met une musique de l’époque, cela ne va pas donner envie de danser avec les personnages. Pour le tube 'Pop Corn', on a repris toute une chorégraphie, à partir des archives de l’INA. Afin de jouer pleinement sur une zone ambigüe d’obscénité avec ces gens qui dansent, pour montrer que certains étaient heureux à cette époque. Le préfet de Limoges, qui n’est pas nommé, c’est Antoine Lemoine, un des bourreaux de Vichy. La chorégraphe m’a demandé si je voulais qu’ils dansent parfaitement mais je souhaitais les voir danser en 'amateurs', sur une chorégraphie que tout le monde connait, dont on a les automatismes."

"J’ai choisi de la musique électro des années 60-80 car c’est un peu comme Vichy. Cela veut paraître moderne et c’est complètement ringard"

"La scène de danse a été la dernière que nous avons tournée. J’ai choisi de la musique électro des années 60-80 car c’est un peu comme Vichy. Cela veut paraître moderne et c’est complètement ringard (rires). Et puis la musique populaire, héritage de la Nouvelle Vague, apporte de la vitalité, de l’énergie, car les films sont souvent plus chiants que la vie. La vie n’est pas aussi sérieuse que cela. D’où le côté désinvolte de la musique dans le film, pour sortir de cet esprit de sérieux." Et appuyer un peu plus cette volonté de lier l'époque du récit et la nôtre, là où beaucoup de films historiques pratiquent une mise à distance.

"Quand on lit des récits intimes, les gens parlent de la joie qu'ils ont eue à danser, de la vie", expliquait-il également pendant la conférence de presse du Festival de Cannes, lorsqu'il était interrogé sur les choix des musiques que l'on entend dans le film. "Le problème c'est que, avec le temps, si on met du Charles Trenet, je ne pense pas que les spectateurs auront la même sensation physique que celle des gens de l'époque quand il y avait de la musique. Il fallait cette sensation physique d'être entraîné par la danse."

Condor Distribution

"Pour ce qui est de 'Life is Life', quand vous regardez ces images d'archive sans musique, il y a un souffle, un blizzard qui passe dessus : elles sont glaçantes, mais les gens étaient ravis d'aller voir le Maréchal Pétain en fait. Il y avait évidemment un peu de mise en scène, une façon de forcer les gens, mais on a halluciné face aux archives qu'on a regardées. C'était la foule ! Donc comment traduire ça pour le spectateur ? 'Life is Life' est une chanson de stade, on la connaît tous et... oui, ils allaient au stade."

Si l'effet était déjà réussi, dans sa manière d'amplifier le côte terrifiant et jouant sur ce décalage entre l'époque représentée et l'illustration choisi, il n'en est que plus fort avec les explications d'Emmanuel Marre, auteur de l'un des meilleurs films de la Compétition du dernier Festival de Cannes (et de l'année 2026 tout court), qui offre un nouveau rôle en or à Swann Arlaud, interprète d'Henri Marre.

Maximilien Pierrette
Maximilien Pierrette
-Rédacteur cinéma
Boulevard de la mort, Marie-Antoinette, Leto, Paterson ou Mademoiselle côté salles. Bill Murray & Tilda Swinton, Jodie Foster, Park Chan-wook, Eva Green, Joachim Trier ou, récemment, Adam Driver, côté interviews : certaines de ses plus belles séances et rencontres ont eu lieu sur la Croisette.
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