Chez Clint Eastwood, une fin n’a pas besoin de tout résoudre. Le cinéaste préfère parfois s’arrêter au moment où le spectateur peut encore imaginer la suite. C’est un choix qu’il revendiquait dès 1978 dans le magazine Film Comment, au sujet notamment de L’Homme des hautes plaines et de Josey Wales, hors-la-loi.
Des fins qui laissent une place à l’imagination
“C’est vraiment fait consciemment”, confiait-il au magazine. “C’est bien plus intéressant pour le public d’écrire avec vous. Dans L’Homme des hautes plaines, [les spectateurs] peuvent imaginer plusieurs fins. À la fin de Josey Wales, qui sait ce qui va se passer ? Le public souhaite qu’il retourne dans les bras de la femme qu’il a quittée, mais il s’éloigne simplement dans cette direction, vers le lever de soleil plutôt que vers son coucher. Espérons que cela vous transmette un sentiment. Le public, lui, souhaite qu’il y retourne. C’est leur participation.”
Cette liberté laissée aux spectateurs ne concerne pas seulement les dernières minutes d’un film. Elle guide aussi la manière dont Eastwood raconte son histoire, scène après scène.
Pourquoi il évite les explications
Vous connaissez ces dialogues où deux personnages se répètent une information qu’ils possèdent déjà, uniquement pour s’assurer que le public a bien suivi :
“- Tu es en train de dire que si on n’arrive pas à sauver ces otages en moins de dix minutes...
- ... Ils mourront.”
Eastwood cherche à éviter ce type de scène, sauf si elle apporte une véritable “plus-value” au récit. Dans le même entretien, cité par Slash Film, il expliquait sans détour ce qui le dérange dans ces pauses explicatives :
“Je déteste les scènes où [le film] se met en pause, où l’on s’assoit et où l’on explique au public ce qui s’est passé jusqu’à présent, car il n’est pas assez intelligent pour l’avoir compris. C’est prendre le public de haut. En règle générale, j’évite toujours les scènes d’exposition.”
Universal Pictures
Faire confiance au spectateur
Pour le cinéaste, il ne s’agit pas de priver le public des informations nécessaires. Clint Eastwood veut en effet lui donner assez d’éléments pour suivre le récit, puis lui laisser le plaisir de relier lui-même les points.
“Je pense que [le public] doit participer à tous les plans, à tous les niveaux. Je leur transmets ce que je trouve nécessaire à savoir pour comprendre où en est l’histoire, mais je ne leur en dis pas trop, pour ne pas insulter leur intelligence. J’essaie de laisser une part à leur imagination, et d’être franc avec [lui].”
Chez Eastwood, le générique peut donc défiler sans que toutes les réponses soient tombées : le dernier mot appartient aussi au spectateur.