Home Video Saga, le pari complètement fou d'un homme pour retracer l'histoire de l'évolution du support physique
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Docu-fiction de 2h retraçant l'Histoire du support physique, Home Video Saga est un projet assez pharaonique qui vient de débuter sa campagne de financement participatif. Entretien avec son auteur, par ailleurs spécialiste des effets visuels.

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Par Olivier Pallaruelo

C'est un triste constat, que l'on fait désormais depuis plusieurs années : le marché mondial du support physique poursuit sa lente agonie face à la déferlante du streaming, même si les derniers chiffres révèlent une érosion moins brutale qu'attendu.

Un support physique en déclin, mais qui ralentit

Aux États-Unis, les dépenses liées aux formats physiques (DVD, Blu-ray et UHD Blu-ray) ont reculé de 9,3% en 2025, pour atteindre 870 millions de dollars, un chiffre à mettre en perspective avec la chute de 23,4% enregistrée entre 2023 et 2024, qui avait fait passer le marché sous la barre symbolique du milliard de dollars pour la première fois. Le déclin ralentit donc, mais reste sévère si l'on compare au pic historique : le marché culminait à 16 milliards de dollars en 2005, soit une chute de plus de 90% en deux décennies.

En France, la tendance est similaire : le marché a connu en 2024 une baisse de volume de 12%, avec 9,3 millions d'unités vendues, pour un chiffre d'affaires de 144,3 millions d'euros, en repli équivalent par rapport à l'année précédente. Plus largement, sur dix ans, le chiffre d'affaires des ventes de DVD et Blu-ray en France a fondu de moitié, après un pic à 2 milliards d'euros en 2004.

La génération Z lassée des abonnements multiples

Un paradoxe mérite toutefois d'être souligné, celui du segment premium : le Blu-ray 4K Ultra HD a vu ses ventes progresser de 12% aux États-Unis en 2025, porté par un public de collectionneurs et de passionnés de home-cinéma peu sensibles à la logique du volume.

Une dynamique confirmée en France, où le segment 4K Ultra HD affiche une croissance de 15%, atteignant 900 000 unités vendues pour 24,9 millions d'euros de chiffre d'affaires. Fait notable outre-Atlantique : selon Accio, la génération Z adopte de plus en plus le DVD et le Blu-ray, y voyant une forme de "rébellion culturelle" contre la lassitude des abonnements multiples. Le physique ne cherche donc plus à rivaliser en volume avec le streaming, mais se réinvente en produit de niche, tourné vers la qualité d'image, la possession pérenne d'un catalogue et l'expérience de collection.

Un travail de titan

C'est dans cette logique qu'il faut saluer le travail éditorial de titan auxquels se livrent de nombreux éditeurs, petits comme gros, pour continuer à faire perdurer le support physiques. Et aussi donner un coup de projecteur sur un projet complètement fou, né dans l'esprit d'un homme, Jean-Antoine Lacolle.

Passé par la télévision (il a travaillé pour la chaîne Comédie), il s'est orienté en 2002 vers la création et la production d'effets visuels. Travaillant sur de nombreux films publicitaires pour de grandes marques, il a également travaillé sur les effets visuels de très nombreux films depuis 2003. Parmi eux, citons Haute tension, 36 Quai des Orfèvres, Selon Charlie, Ne le dit à personne, Mirrors, Sirât ou encore La Femme la plus riche du monde, pour ne citer qu'une minuscule poignée de ses contributions au 7e Art. Pas exactement ce que l'on appelle un profil de débutant donc.

Son projet ? Il est baptisé Home Video Saga, un docu-fiction de 2h sur l'histoire de l'évolution du support physique, avec l'univers de Star Wars en fil rouge. Mais il y a plus. Lançant une campagne de financement participatif sur Kickstarter, il prévoit de très nombreuses éditions sur supports physique de son docu-fiction, allant jusqu'à propposer les éditions monstres que certains d'entre vous ont connu à l'époque du laserdisc. Un concentré de bonheur absolu pour tous les amoureux transis du support physique. Car tout semble pensé dans les moindres détails.

Et lorsque l'on écrit plus haut qu'il s'agit d'un projet complètement fou, c'est à prendre presque au sens le plus littéral du terme : Jean-Antoine Lacolle porte à bout de bras, seul, ce projet. L'occasion était trop belle pour ne pas se priver de lui poser quelques questions à ce sujet.

Quel rapport entretiens-tu avec le support physique ? À quand remonte-t-il ? Es-tu un collectionneur ?

Je suis un enfant de la VHS : je passais une bonne partie de mes samedis dans les vidéoclubs. J'ai commencé à enregistrer tout ce que je pouvais quand mes parents ont loué notre premier magnétoscope chez Locatel… ça date ! Le Virgin Megastore, c'était un peu le temple. Je me rappelle encore qu'à l'entrée, il y avait des imports exclusifs en NTSC de films qui venaient à peine de sortir au cinéma.

La VHS de RoboCop trônait dans la vitrine à presque 1 000 francs, alors que le film passait encore en salle, sur le trottoir d'en face. C'était inaccessible. Les films étaient recadrés en pan & scan et les couleurs souvent bien jaunâtres, mais ce n'était pas grave. J'ai évidemment acheté tout ce que je pouvais sur Star Wars, surtout les éditions VHS anglaises.

Puis le DVD est arrivé et a tout bousculé. C'est à ce moment-là que la collectionnite m'a pris. Les bonus, les menus animés, c'était du bonheur. Et surtout la qualité du son et de l'image, même si au début c'était encore inégal. Mon premier système 5.1, c'était la folie.

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Comment t'est venue l'idée de ce projet ? À quel moment ? Pourquoi ?

C'est un peu la faute de David Fakrikian, auteur du livre sur James Cameron et à la tête de DVD Vision. Il y a eu de grosses polémiques à la sortie des films de Cameron en 4K, et j'ai voulu creuser le sujet pour faire des vidéos documentées. David m'a fait un récapitulatif des éditions d'Abyss, de True Lies et d'Aliens.

Ça m'a permis de prendre du recul et de voir comment les films évoluent d'un support à l'autre. Je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire. C'était en 2024. J'ai commencé à écrire la base du scénario de Home Video Saga et j'ai fait construire un décor pour filmer les éditions de Star Wars. Je l'ai utilisé en avant-première dans la vidéo sur Terminator, qui a servi en quelque sorte de répétition pour le projet.

Pourquoi le placer sous le signe de Star Wars, même si ce n'est pas explicitement un projet sur la saga ?

Star Wars, j'ai grandi avec. J'ai fait acheter tous les jouets à mes parents, et c'est ce qui m'a donné envie de travailler dans l'audiovisuel. Ça m'a toujours suivi. Qu'on aime ou non Star Wars, cette saga est arrivée au moment où le cinéma entrait dans les foyers, et elle a connu quasiment tous les supports physiques, à part le HD DVD, le D-Theater et le Hi-Vision.

Mais surtout, son créateur a tellement fait évoluer la technique du cinéma que le choix m'a semblé évident. George Lucas, c'est un peu le papa du cinéma numérique, un visionnaire : la révolution des effets visuels avec ILM, le renouveau de la qualité des salles et des supports avec THX… la liste est longue. Après, il y a évidemment les polémiques sur les modifications de ses films, mais je n'entrerai pas là-dedans, ce n'est pas mon sujet.

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Pourquoi le choix d'un docu-fiction plutôt qu'un "simple" documentaire ? Qu'est-ce qu'il va balayer exactement ?

Je voulais un angle différent, qui permette de prendre du recul et de traiter le sujet de façon ludique. C'est aussi un clin d'œil au tout premier making-of de la saga, présenté par C-3PO et R2-D2. Et ça me permet de proposer une vraie expérience, avec du HDR et du son immersif.

Une première partie reviendra sur l'origine des formats audio et vidéo, en s'appuyant sur l'histoire du cinéma et de la télévision : faire comprendre les formats d'image et leur origine en les expliquant visuellement, et pareil pour le son. Ensuite, je retracerai l'histoire des supports physiques en montrant comment l'expérience visuelle et sonore a évolué à la maison, à travers des éditions de Star Wars du monde entier. J'avais déjà une petite collection, mais en deux ans j'ai rassemblé près de 300 éditions, dont certaines très exotiques…

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Se lancer en solo dans une telle entreprise est quand même très kamikaze… As-tu cherché des soutiens et, si oui, lesquels ?

Kamikaze, c'est le mot… En fait, le projet n'a pas cessé d'évoluer. Au départ, ce devait être juste une grosse vidéo pour ma chaîne YouTube. Puis je me suis dit qu'il fallait voir plus loin : on ne peut pas faire un film sur le support physique sans en proposer un. Et là, j'ai pété un câble. Je me suis dit : allez, on pousse le curseur à fond et on fait des éditions de dingue. L'édition Archive est un décalque de la Definitive Collection de Star Wars de 1993, ce coffret noir avec ses 9 laserdiscs qui me faisait baver d'envie.

Côté partenaires, c'est un peu compliqué. J'ai tenté le CNC : une semaine après, ils étaient dans la tourmente et annulaient l'aide aux créateurs.

Je voulais absolument proposer les trailers de la grande époque du home cinéma, ceux de Dolby, DTS et THX. Ça n'a pas été simple… Chacun d'eux m'a formidablement soutenu, mais l'étape du service juridique, c'est toujours un grand moment de bonheur : tu te retrouves avec des contrats de dix pages que tu comprends à peine.

Mais comme je suis du genre à me décourager toutes les 30 secondes sans jamais rien lâcher malgré tout… Home Video Saga est sur kickstarter. Le projet est très ambitieux et je sais que ça va être compliqué. Mais je n'avais pas envie de faire un truc entre-deux.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.