En 2021, Emmanuel Marre avait été à l'honneur de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes avec Rien à foutre. Cette année, il était en compétition avec Notre salut, un film sur l'Occupation pendant la Seconde Guerre mondiale, construit à partir de l'histoire de son propre arrière-grand-père. Récompensé du prix du scénario, le film met en scène Swann Arlaud dans le rôle d'un bureaucrate médiocre, qui tente de réussir en rejoignant le régime de Vichy.
Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d'ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…
Qu'ont pensé les spectateurs de ce film qui a fait grand bruit à Cannes ? Sur AlloCiné, le film obtient actuellement une moyenne de 3,8 sur 5, basée sur 278 notes et 114 critiques.
Swann Arlaud, au cœur d'un récit glaçant
Les spectateurs saluent un film juste, filmé comme un documentaire, qui montre sans fioritures comment la responsabilité individuelle se dilue. Ils soulignent la mise en scène glaciale, des dialogues toujours d'actualité et l'excellence de Swann Arlaud.
Olivier Deparis (5/5) : "Sans jamais chercher à nous le montrer ostensiblement, à travers de petites étapes du quotidien de son personnage banal, presque attachant (ni spécialement brillant ou courageux, ni spécialement lâche ou médiocre, qui essaie juste d'avancer comme il peut dans la vie), filmées comme un documentaire d'observation, Emmanuel Marre nous laisse voir les micro-glissements successifs de la responsabilité individuelle qui mènent à la participation à l'horreur collective. Brillantissime et inédit dans l'histoire des films sur le sujet !"
E Pricaz (5/5) : "Film d'une extrême finesse, sans fioritures, qui nous amène à penser et à réfléchir sur notre monde actuel. Swann Arlaud est excellent et très juste. À voir absolument."
Copyright Michigan Films & Kidam
Christal (5/5) : "Rarement ressenti un tel choc. Un film unique par son thème (prix du scénario à Cannes 2026), mais surtout par sa mise en scène qui le rend intemporel. Un jeu d'acteurs filmé comme un reportage, dépourvu d'empathie comme d'antipathie. Des plans coupés et pas de visages réellement expressifs. Glacial également dans ses dialogues, qui sont toujours d'actualité. Même la bande-son est un clin d'œil à l'histoire. À l'aube de la prochaine élection présidentielle, peut-être un signe de réflexions pour le spectateur ?"
Chris G (4,5/5) : "Un style et des dialogues bruts, vrais et anachroniques. Des acteurs excellents, Swann Arlaud en tête. Une enquête passionnante sur son aïeul. Emmanuel Marre signe une petite pépite."
SebLefr3nch du Club Allociné (4/5) : "Doublement primé au Festival de Cannes avec le prix du scénario et le prix CST de l'Artiste-Technicien pour le monteur Nicolas Rumpl, le film nous emmène dans la France de Vichy. Très bien mené, avec un duo d'acteurs excellents, certains passages font écho à notre monde actuel. Un film à voir sans hésitation."
Un rythme difficile à appréhender
Les avis plus réservés reconnaissent la qualité du jeu de Swann Arlaud et l'intérêt du sujet, mais regrettent un film trop long et trop bavard. L'usage de la musique et des voix off a fini par lasser, voire par tenir certains spectateurs à l'écart du récit.
Lilizz (3,5/5) : "Le portrait d'un homme complexe, à la fois cohérent et ambivalent, porté par un Swann Arlaud charismatique et subtil, superbement filmé. Une approche inédite de la collaboration, et une réalisation inspirée, originale, qui infiltre dans l'univers des années 40 des anachronismes réussis. Ces derniers et la modernité du ton participent à rappeler que l'extrême droite constitue, toujours et toujours, une menace terrible et que sa banalisation est dangereuse. Le réalisateur prend le temps, sans concession, mais peut-être un peu trop. Je ne mets pas plus, car j'ai trouvé quelques longueurs qui m'ont fait sortir du film, notamment pendant les lectures des correspondances par les voix off. Même si on comprend, après coup, leur importance dans la construction du film."
Melvin RICHER (3/5) : "C'est un best of de la vie d'un rat qui essaie de survivre en France pendant l'occupation allemande, sous le régime de Vichy, en 1941… Avec une caméra portée, on nous filme et raconte des moments de sa vie. La mise en scène est intelligente sur les premières minutes, puis ça devient long, très long… Je le trouve vraiment moyen : si on part dans ce registre-là, pourquoi ne pas aller encore plus loin ? La musique est très mal utilisée, même malgré de « belles images ». C'est dommage, j'ai l'impression qu'ils ont gâché le potentiel."
Julien Loeki (2,5/5) : "Un peu déçu par ce film long (2 h 39), bavard, et aussi un peu « cheap ». Tourné en partie à Limoges, Notre salut s'inspire de la correspondance entre les arrière-grands-parents du cinéaste. En découvrant ces lettres, il a découvert que son aïeul avait réellement servi le régime de Vichy ! La relecture des événements par ce prisme familial peut avoir un certain intérêt, et Swann Arlaud est absolument impeccable dans cet exercice."
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Max7_13 (2/5) : "J'ai trouvé ce film long, ennuyeux et manquant cruellement d'action, ne parvenant jamais à m'attacher au personnage d'Henri Marre. Vu en avant-première dans le cadre du festival de Cannes."
Aubert T. (1,5/5) : "Je ne vais pas nier que Swann Arlaud joue parfaitement l'homme sans qualités, transparent, mais qui a des ambitions. Pour le reste… J'ai l'impression d'un cinéma vraiment très vieillot : caméra à l'épaule, scènes improvisées (ce tropisme du naturalisme est vraiment une plaie), images sales et mal cadrées… Toute la panoplie du cinéma post-post-Nouvelle Vague. Cela ne nourrit pas le regard, bien au contraire, cela le fatigue. (...)"
En résumé
Même si la durée et la mise en scène naturaliste ont dérouté une partie du public, beaucoup saluent une œuvre d'une grande finesse qui, par sa mise en scène glaciale et sa démarche d'observation, montre comment la responsabilité individuelle glisse peu à peu vers l'horreur collective. Tous les spectateurs s'accordent sur la performance remarquable de Swann Arlaud.
Notre salut est actuellement en salles.