Un scénariste adoubé par le maître
Créée par le scénariste et réalisateur Mike Flanagan, Carrie est la 4e adaptation de Stephen King que le créateur de la série d’horreur culte The Haunting of Hill Houseprésente au public après Jessie en 2017, Doctor Sleep en 2019 et Life of Chuck en 2024. Une relation de confiance qui s’inscrit dans la durée, puisque pas moins de deux autres adaptations signées Flanagan ont déjà été annoncées : La Tour sombre et The Mist.
Pourtant, là où les films précédents de Flanagan étaient relativement fidèles aux matériaux d’origine, sa mini-série Carrie assume de s’éloigner du roman de 1974 sur plusieurs points. De là à parler de trahison, il n’y a qu’un pas que certains fans chauffés à blanc ne manqueront pas de franchir. Mais comme toujours, la situation est un peu plus complexe que ça. On vous explique.
La série est-elle fidèle au livre ?
Pour de nombreux lecteurs, le premier épisode de la mini-série a dû être un sacré choc. Fini le contexte politique de la fin des années 1970 (retour en force du conservatisme, fin des aspirations du mouvement hippie, etc.) et bienvenue dans l’Amérique des années 2020, gouvernée par les algorithmes des réseaux sociaux et habituée aux tueries de masse en milieu scolaire.
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Bien loin du simple coup de peinture marketing, cette modernisation de l’intrigue entraîne un changement en profondeur de la symbolique de l’histoire. En découlent plusieurs basculements scénaristiques importants, à commencer par le personnage de la mère de Carrie, qui passe de vieille sorcière rétrograde à une sorte de complotiste trumpienne obsédée par la religion. Cet exemple (parmi d’autres) a de quoi faire lever les yeux au ciel : à quoi bon moderniser une caricature de méchante si c’est pour en proposer une autre ? Fort heureusement, la série est bien plus maligne que ça.
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Refusant le manichéisme, essentiel dans un roman d’horreur, Flanagan cherche au contraire à humaniser cette femme et à montrer que la violence qu’elle inflige à sa fille est d’abord une réponse à la violence, en particulier économique, qu’elle subit. Dans notre monde des années 2020, la méchante sorcière est, elle aussi, une victime. Notre empathie est ainsi renversée, et une nouvelle horreur s’installe : le monstre n’est plus un individu, c’est la société elle-même.
Nous pourrions continuer à multiplier les exemples, mais l’idée est là : en modernisant tous les aspects du roman, Flanagan nous dit que le message de Carrie est intemporel, et que sa figure peut continuer à inspirer toutes les générations. Voilà qui est infiniment plus beau qu’un simple décalque bête et méchant.
La mini-série Carrie est disponible sur la plateforme Prime Video.