Derrière ses personnages de cow-boys solitaires et de justiciers inflexibles, Clint Eastwood est avant tout un immense amoureux du septième art. Et si sa carrière reste indissociable de classiques comme Le Bon, la Brute et le Truand ou Impitoyable, son film de prédilection n’a pourtant rien à voir avec l’univers du western.
C’est en 2016, à l’occasion d’un entretien accordé au magazine Esquire, que la légende hollywoodienne a dévoilé le long-métrage qu’elle affectionne tout particulièrement. Son choix ? Boulevard du crépuscule, le célèbre drame de Billy Wilder, considéré comme l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma.
Un chef-d’œuvre qui fascine Eastwood
Sorti en 1950, Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard en version originale) nous plonge dans les coulisses peu reluisantes de l’industrie cinématographique américaine. Au cœur du récit, Norma Desmond, une ancienne gloire du cinéma muet qui vit désormais isolée dans une somptueuse demeure de Los Angeles. Incapable d’accepter que son heure de gloire soit révolue, elle s’accroche désespérément à l’espoir de retrouver les plateaux de tournage.
Incarnée par Gloria Swanson, elle croise la route de Joe Gillis, un scénariste en difficulté interprété par William Holden. De cette rencontre naît une relation aussi fascinante que malsaine, à travers laquelle Billy Wilder explore les illusions de la célébrité, la peur de vieillir et la cruauté d’un système qui n’hésite pas à oublier ceux qu’il a autrefois adulés.
Mais qu’est-ce qui rend ce classique si particulier aux yeux de Clint Eastwood ? Interrogé sur les raisons de son admiration, le cinéaste a notamment souligné la manière dont les deux personnages principaux, issus d’époques différentes, se complètent à l’écran.
“Deux styles différents : celui de l’actrice du cinéma muet, puis celui du personnage de William Holden, plus contemporain. Les deux styles fonctionnent si bien ensemble. Et j’ai toujours aimé Billy Wilder.”
Paramount Pictures
Une satire d’Hollywood portée par des acteurs exceptionnels
Avec Boulevard du crépuscule, Billy Wilder ne se contente pas de raconter la déchéance d’une ancienne vedette. Il signe également une critique particulièrement féroce de la machine hollywoodienne, de son obsession pour la jeunesse et de sa tendance à abandonner les artistes dès lors qu’ils ne correspondent plus aux attentes du public.
Pour donner vie à cette histoire, le réalisateur s’entoure d’interprètes dont le propre parcours fait écho aux thèmes du film. C’est notamment le cas de Gloria Swanson, véritable star du cinéma muet, dont la prestation bouleversante culmine dans une séquence finale restée parmi les plus célèbres du septième art.
Autre choix de casting particulièrement symbolique : celui d’Erich von Stroheim. Ancien grand réalisateur de l’époque du muet, il prête ses traits à Max, le fidèle majordome de Norma Desmond, qui fut également son metteur en scène. Un personnage qui résonne douloureusement avec sa propre histoire. Après avoir subi les contraintes et les désillusions du système des studios, le cinéaste aurait lui-même résumé son expérience en ces termes : “Hollywood m’a tué”.
Ironie du sort, cette participation lui vaudra l’unique nomination aux Oscars de sa carrière, dans la catégorie du meilleur acteur dans un second rôle.
Paramount Pictures
Un classique qui n’a rien perdu de sa puissance
Plus de 75 ans après sa sortie, Boulevard du crépuscule demeure une œuvre d’une étonnante modernité. Derrière son atmosphère de film noir et son humour particulièrement mordant, Billy Wilder aborde des préoccupations qui restent familières aujourd’hui : la difficulté de se réinventer, le poids de la célébrité ou encore la place réservée aux artistes vieillissants dans une industrie en perpétuelle évolution.
À travers le destin tragique de Norma Desmond, le réalisateur capture également un moment charnière de l’histoire du cinéma, lorsque les anciennes vedettes du muet doivent composer avec un Hollywood qui ne leur ressemble plus.
Autant de qualités qui expliquent pourquoi le long-métrage continue d’inspirer les cinéphiles et les cinéastes, parmi lesquels Clint Eastwood, dont l’admiration pour Billy Wilder témoigne de son attachement aux grands classiques américains.
Et l’acteur et réalisateur d’Impitoyable n’est pas le seul à avoir des préférences cinématographiques éloignées de sa propre filmographie. Vin Diesel, figure incontournable de la saga Fast & Furious, a ainsi cité Autant en emporte le vent parmi ses films favoris. De son côté, Emma Stone a exprimé toute son admiration pour Les Lumières de la ville, le classique de Charlie Chaplin. La preuve que les goûts des plus grandes stars réservent parfois quelques surprises !
Boulevard du crépuscule est actuellement disponible en streaming sur LaCinetek, ainsi qu’en VOD.