Producteurs véreux, acteurs et actrices sans foi ni loi, scénaristes dévorés par l'ambition, carrières brisées, Hollywood et son Star System frelaté, ses escrocs en tous genres... Le cinéma américain s'est régulièrement penché sur le berceau de l'industrie hollywoodienne et sa cruelle nature prédatrice, engloutissant ses talents pour mieux les recracher ensuite; broyés par un système tout entier mis au service du dollar roi et des studios qui les façonnent à leur guise.
"Hollywood m'a tué"
Dans cette thématique, le film le plus célèbre est sans conteste Boulevard du crépuscule de Billy Wilder. Un chef-d'oeuvre absolu qui mérite largement son immense réputation, validée d'ailleurs par les spectateurs d'AlloCiné avec une moyenne de 4,3 sur 5.
Quand Erich Von Stroheim rentra en Europe après sa douloureuse expérience de réalisateur aux Etats-Unis, où ses films étaient régulièrement mutilés d'un quart, de la moitié voire des trois-quarts, il déclara, amer : "Hollywood m'a tué".
C'est donc non sans une cruelle ironie de le voir dans son dernier grand rôle au cinéma avec Boulevard du crépuscule, pour lequel il obtient la seule citation à l'Oscar de sa carrière (meilleur second rôle). Il y interprète l'ex-metteur en scène devenu serviteur de Norma Desmond, ancienne gloire du muet persuadée qu'Hollywood veut toujours d'elle. Alors qu'elle a été reléguée depuis longtemps au rayon des antiquités.
Paramount
Un constat d'autant plus cruel que Billy Wilder convoque effectivement dans son film d'anciennes gloires du cinéma muet comme Buster Keaton, ou des stars de l'âge d'or d'Hollywood comme Gloria Swanson, qui incarne une fabuleuse Norma Desmond, dont l'hallucinante séquence finale dans le film est largement passée à la postérité.
Mais c'est aussi une oeuvre d'une extraordinaire lucidité : elle évoque en effet l'écroulement d'un empire, celui d'Hollywood, jadis la Nouvelle Babylone, alors même que les années 50 sont considérés comme un nouvel âge d'or pour les Majors, qui entreront à nouveau en récession dans les années 60-70 avec l'émergence du Nouvel Hollywood.
"On va le virer de cette ville !"
Publiée en novembre 2025 (aux éditions Capricci), la biographie Billy Wilder : un européen à Hollywood, signée par Marc Cerisuelo apporte un éclairage passionnant sur cette figure emblématique du cinéma, qui a su naviguer entre ses racines européennes et l'industrie de Hollywood. Et de montrer comment ce scénariste et réalisateur, né en Galicie et formé à Berlin, a infusé son œuvre d'un réalisme teinté de sarcasme et d'une profonde obsession pour l'échec.
Boulevard du crépuscule y occupe logiquement une place de choix. Et l'auteur de raconter qu'avec ce film, Billy Wilder s'est attiré "les foudres de la nomenklatura hollywoodienne" en raison de son regard extrêmement sombre et cynique sur l'usine à rêves.
Paramount
Lors de la première projection, Louis B. Mayer, le tout puissant patron de la MGM, a eu une réaction d'une violence extrême. Jugeant que Wilder avait "craché sur l'industrie qui le nourrit", le bouillonnant producteur lâcha ces propos : "Wilder, ce fils de pute ! On va lui mettre le goudron et les plumes. On va le virer de cette ville !" Le cinéaste, qui était assis juste derrière lui, fit cette réponse pas moins violente, sinon plus : "Mr. Mayer, pourquoi ne chiez-vous pas dans votre chapeau ?"
Malgré la colère des grands pontes des studios, le film a triomphé et la profession a fini par s'incliner : l'Académie a décerné l'Oscar du meilleur scénario au tandem Billy Wilder et Charles Brackett. Au grand désespoir de Louis B. Mayer...
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