Il existe des films qui, par leur rigueur formelle et leur refus des compromis spectaculaires, s’imposent comme des monuments incontournables du septième art. Zodiac, thriller de David Fincher sorti en 2007 et disponible sur Netflix, en fait indiscutablement partie.
Reconstituer sur plus de deux décennies la traque obsessionnelle d’un tueur en série jamais identifié, tout en réunissant sur un même plateau un trio d’acteurs aussi intense que Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr. et Mark Ruffalo, relève presque de l'alignement des planètes. Le cinéaste, alors déjà salué pour ses incursions sombres dans la psyché humaine, livre ici une œuvre monumentale qui délaisse les artifices visuels au profit d'une précision clinique.
L'histoire ? À la fin des années 1960, un tueur sadique commence à sévir dans la région de San Francisco, narguant la police et la presse en envoyant des lettres cryptées et des messages codés aux rédactions, notamment au San Francisco Chronicle.
Face à lui, quatre hommes tentent de percer ses énigmes : les inspecteurs Dave Toschi (Mark Ruffalo) et Bill Armstrong (Anthony Edwards), le journaliste vedette Paul Avery (Robert Downey Jr.), et le jeune dessinateur de presse timide Robert Graysmith (Jake Gyllenhaal). Ce dernier, passionné de casse-têtes et extérieur à l'enquête officielle, va peu à peu se laisser consumer par cette affaire, y consacrant plus de dix ans de sa vie au détriment de sa propre famille...
C’est le scénariste James Vanderbilt qui s'est basé sur les ouvrages ultra-documentés de Graysmith pour structurer cette immense fresque procédurale. Là où un thriller classique promettrait une résolution rassurante et une arrestation spectaculaire, Fincher prend le contre-pied absolu du genre. Il filme la lente usure du temps, l'accumulation de rapports poussiéreux, les fausses pistes et l'épuisement mental de ceux qui traquent une ombre.
En dépit de ses évidentes qualités, Zodiac n'a pas été un succès au box office. Très loin de là même. Avec un budget conséquent de 65 millions de dollars, il a ramassé moins de 85 millions $ au box office international. Une grande injustice, que le temps s'est heureusement chargé de réparer. A voir (ou revoir !) sur Netflix.