"John Wayne était fâché contre moi" : il y a 70 ans, ce rôle culte de Kirk Douglas a provoqué la colère de la star de westerns
par Vincent Formica
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En 1956, Kirk Douglas a provoqué la colère d'un certain John Wayne, après la projection d'un film dont le rôle principal n'a pas plu du tout au "Duke". En 1989, Douglas revenait sur cette anecdote, dans un français parfait !

Disparu en 2020 à l'âge canonique de 103 ans, Kirk Douglas était une véritable légende du cinéma. En janvier 1989, le père de Michael Douglas, alors âgé de 72 ans, était l'invité de l'émission Apostrophes, animée par Bernard Pivot.

L'acteur, qui parlait un français parfait, était venu faire la promotion de ses mémoires, Le Fils du chiffonnier. Pour l'occasion, il a livré une anecdote savoureuse à propos de John Wayne, qui l'avait invectivé après une projection du film La Vie passionnée de Vincent Van Gogh (1956), dans lequel Kirk Douglas incarnait le célèbre peintre.

La Vie passionnée de Vincent Van Gogh
La Vie passionnée de Vincent Van Gogh
Sortie : 15 janvier 1957 | 2h 02min
De Vincente Minnelli, George Cukor
Avec Kirk Douglas, Anthony Quinn, James Donald
Presse
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John Wayne en colère contre Kirk Douglas

"Après la projection, on a mangé quelque chose, on a bu un coup. John Wayne était fâché, il buvait, il buvait. Il m'a pris à part et m'a dit : Kirk, comment as-tu pu jouer un rôle pareil ? Un homme faible, il est homosexuel !", a confié Kirk Douglas.

John Wayne était fâché, il buvait, il buvait. Il m'a pris à part et m'a dit : Kirk, comment as-tu pu jouer un rôle pareil ? Un homme faible, il est homosexuel !

Et je lui ai répondu : "Mais John, je crois que c'est un rôle très intéressant, je suis un acteur ! Un acteur peut et doit jouer toutes sortes de rôles. Il a dit : Non, nous sommes machos, nous devons jouer le rôle d'hommes très forts !"

"J'ai rétorqué : C'est du faux-semblant, John, ce n'est pas la réalité. Toi non plus, tu n'es pas vraiment John Wayne ! Il était fâché contre moi. Le problème, pour un acteur, surtout quand il devient une star, c'est de rester lui-même."

"Je ne suis pas Spartacus, je ne suis pas Einar dans Les Vikings. Je suis moi-même. Et si on commence à oublier ça, on peut se perdre", a conclu Kirk Douglas.

Deux visions opposées du métier d'acteur

L’anecdote est savoureuse, mais elle raconte surtout une fracture majeure dans l’histoire du cinéma américain. Quand il évoque sa confrontation avec John Wayne après la sortie de La Vie passionnée de Vincent van Gogh en 1956, Kirk Douglas ne se contente pas de raconter un accrochage d'ego : il oppose deux visions irréconciliables du métier d’acteur et de la masculinité à l'écran.

Pour John Wayne, incarnation absolue du cow-boy invincible, l'artifice n'a pas sa place. Un premier rôle masculin se doit d'être un roc, un dur à cuire, le garant moral d'une Amérique triomphante. Voir son confrère prêter ses traits aux tourments, aux larmes et à la folie du peintre néerlandais relevait presque de la trahison de classe.

Dans le lexique du "Duke", la vulnérabilité équivaut à la faiblesse. La réplique de Kirk Douglas fait mouche par sa lucidité désarmante : "Mais John, tu n'es pas vraiment John Wayne !" En une phrase, il brise le miroir aux alouettes hollywoodien.

L'artiste rappelle ainsi que le comédien n'est pas une marque figée, mais un explorateur des contradictions humaines. Là où Wayne a passé sa vie à construire et défendre un archétype viril et rassurant, quitte à s'y enfermer, Douglas revendique le droit au risque, à la métamorphose et à l'ambiguïté morale.

La fin des mythes hollywoodiens

Cette passe d'armes illustre le passage de témoin entre l'âge d'or des mythes intouchables et l'émergence d'un cinéma plus moderne et psychologique, préfigurant les anti-héros des années 1970.

En effet, en refusant de sacrifier la vérité d'un personnage sur l'autel de son prestige personnel, Kirk Douglas s'est affranchi du statut de simple star pour s'affirmer comme un véritable acteur.

Cependant, malgré des idées politiques et des visions du cinéma radicalement opposées, les deux hommes entretenaient des relations professionnelles courtoises sur les plateaux, nourries par un respect mutuel pour l'éthique de travail de l'autre.

Ils ont notamment collaboré à 3 reprises dans Première victoire, L'ombre d'un géant et La Caravane de feu. Ce dernier film reste leur collaboration la plus célèbre et leur seul véritable tête-à-tête dans un western. Wayne y joue un propriétaire spolié cherchant vengeance, et Douglas incarne un tireur d'élite engagé pour l'aider à braquer un fourgon blindé.

Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.
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