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    "Cherry Blossoms" : Rencontre avec Doris Dörrie
    10 sept. 2008 à 18:00
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    AlloCiné a rencontré la réalisatrice allemande dans le cadre de la Berlinale, où son dernière film " Cherry Blossoms " était présenté en compétition. Doris Dörrie nous a parlé du Japon, des clichés et de l'évanescence. Morceaux choisis.

    Trudi.
    Doris Dorrie : Trudi voulait devenir danseuse. Elle l'a fait pendant quelque temps, comme beaucoup de jeunes femmes à la fin des années 70 à Berlin. Mais pour continuer dans cette voie, il aurait fallu qu'elle se sente assez ambitieuse et forte, prête à renoncer à Rudi, aux enfants et à l'Allgäu. Dans ces moments, c'est difficile pour les femmes de réaliser leurs rêves. J'ai imaginé Trudi comme une fille de la campagne bavaroise, venue à Berlin pour faire plein de choses, comme le Butô. Ca devait être épuisant pour ces jeunes femmes de partir si loin et de se décider à tenter quelque chose dans un domaine où les probabilités de réussite sont faibles. Surtout quand il y a un homme qui dit : "Est-ce que c'est nécessaire ? Viens dans la ferme de mes parents dans l'Allgäu" Je ne sais pas comment on choisit. Mais Trudi, elle, a choisi Rudi, des enfants et l'Allgäu.

    La danseuse de Buto, Aya Irizuki.
    J'ai fait un casting de danse, car je savais qu'il fallait chercher une danseuse et non une actrice. Il aurait fallu beaucoup trop de temps pour transformer une actrice en danseuse de Butô. Mais j'éspérais trouver une danseuse qui sache jouer la comédie. Aya Irizuki m'a convaincue grâce à sa manière de danser mais aussi grâce à sa nature ouverte, directe et authentique.

    Clichés.
    Un cliché, c'est quand on n'a qu'une vue d'ensemble des choses. Par exemple quand quelqu'un imagine l'Allemagne et qu'il ne voit que les pantalons en cuir ou la bière, ou seulement la pâtisserie en Autriche, ou encore seulement le Fuji et la fleur de cerisier au Japon. Après, quand on y regarde de plus prês, le cliché va fondre petit à petit et raconter tout à fait autre chose. Il y aura tout un autre cosmos qui sera alors créé.

    Le Japon.
    Je n'avais jamais pris le temps de voir le Mont Fuji avant de faire le film, il y avait trop de nuages quand j'avais voulu le voir. Avec Hanami, c'est la même chose, car cette fleur de cerisier est tellement fragile et extravagante dans son timing ! Elle n'éclôt pas ponctuellement. Elle ne vit que trois jours, et parfois seulement 24 heures. Les fêtes du Hanami commencent d'ailleurs quand les fleurs de cerisier ne sont pas encore nées, tout le monde les attend. "Hanami" signifie ainsi "regarder les fleurs de cerisier", quand on est assis sous l'arbre et qu'on regarde. J'ai choisi le Japon comme lieu de tournage de mon film, pour la fleur de cerisier - elle est la métaphore parfaite de l'évanescence.

    L'évanescence et la mort.
    On se doit de fleurir dans ce qu'on est vraiment. Il ne faut pas être timide et restreint. Trudi meurt de façon très impromptue, alors qu'on pense tout le temps qu'on peut prévoir notre vie. On pense aussi que quand quelque chose est apparemment évident - la personne qui est très malade va mourir forcement en premier - il ne peut pas y avoir de surprises. Mais notre vie peut changer à n'importe quel instant. La mort peut arriver n'importe quand, nous faisons seulement comme si ce n'était pas le cas. D'ailleurs, si nous en étions conscients, je pense qu'on essaierait, avec beaucoup plus de force, de faire de chaque moment quelque chose de spécial et de beau. Mais nous n'arrêtons pas de patienter et de tout reporter : "Après-demain, je vais aller en vacances avec ma femme", "Après après-demain je vais être plus sympa avec mon mari." Je ris toujours quand Rudi dit dans le film : "Si j'avais su que ça se terminerait si vite, j'aurais été plus gentil avec elle." J'essaie d'y penser constamment, mais moi aussi, je l'oublie et je me prends la tête avec mon enfant. Je m'énerve pour rien et je me fais des soucis inutiles.

    Propos recueillis à Berlin en février 2008 dans le cadre d'une table ronde par Barbara Fuchs.

    Revivez la Berlinale 2008 sur le Blog de la rédac' d'AlloCiné
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