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    "Quai d'Orsay" de la BD au film : le dessinateur raconte !
    1 nov. 2013 à 11:00
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    "Quai d'Orsay", l'adaptation de la bande-dessinée du même nom, sort dans les salles ce mercredi 6 novembre. Rencontre avec Christophe Blain, l'auteur de l'ouvrage et co-scénariste du film de Bertrand tavernier...

    Quai d'Orsay - Photo

    © AlloCine

    AlloCine : Comment avez-vous travaillé sur le scénario avec Bertrand Tavernier ? Comment on se répartit la tâche entre deux scénaristes de bande-dessinée et un auteur de cinéma ?

    Christophe Blain : Sans se poser de questions. Et en s'en posant tout le temps. (Rires) Sur ce qu'on était en train d'écrire, afin de savoir si ça marchait ou pas. L'acte en lui-même était tellement naturel. C'est paradoxalement difficile de l'expliquer. Nous ne connaissions pas Bertrand Tavernier, Antonin Baudry (ndlr : co-auteur de la bande-dessinée avec Christophe Blain) et moi étions un peu intimidés, alors nous lui avons simplement posé la question : "Comment veux-tu procéder ?" Et il a répondu aussi spontanément : "On écrit." On s'est donc penché sur la première scène et on est rentré tout de suite dedans, sans plan, "et sans faire de plans sur la comète. J'avais des volontés, comme chacun d'entre nous, des choses que je voulais garder. Tout cela s'est fait au final de manière très fluide et naturelle.

    Vous avez écrit la première version en très peu de temps. En une dizaine de jours il me semble... En quoi le film diffère de cette version initiale ?

    C'est difficile à dire. Quand vous écrivez un scénario de toute façon, il y a toujours 1000 versions successives. V1, V2, V3, V4... (Rires) On appelle ça des "V" ! En fait elle diffère par une somme de détails que je ne saurais pas énumérer mais l'essentiel était déjà là. Après quand on relit un dialogue, on se dit finalement qu'on peut en dire un peu plus. Ou qu'on ne comprend pas vraiment tel élément, que ce n'est pas forcément bien expliqué, qu'il faut sans doute développer. Je me rappelle de scènes comme ça... Au début, je n'osais pas trop dire à Bertrand mon sentiment. Mais il m'observait et me demandait ce qui n'allait pas. Et je finissais simplement par lui dire que je ne comprenais pas. (Rires) Et alors il me demandait de développer, d'expliquer pourquoi. Ça intéressait Bertrand d'avoir mon sentiment, mon analyse. Et il faisait alors en sorte qu'on se remette au travail. Tout cela s'est fait tout simplement. Après c'est une somme de petits détails, de petits problèmes techniques à régler, qui sont à la fois déterminants... Mais c'est difficile de disséquer a posteriori tout ce travail. Bertrand était à l'écoute, très à l'écoute de nos suggestions. Il avait aussi des idées, qu'il nous expliquait, et quand il changeait quelque chose, il donnait des exemples très imagés, très drôles. Il y avait une dimension ludique dans ce travail.

    Il vous donnait des indications cinématographiques, des références de films ?

    Oui. Mais généralement ce n'était pas pour pointer une bêtise à ne pas faire, mais pour donner une référence positive, pour montrer comment untel avait résolu ce problème.

    Quai d'Orsay - Photo

    La couverture de la bande-dessinée

    "Quai d'Orsay - Chroniques Diplomatiques"

    © Dargaud

    "Quai d'Orsay" aurait pu devenir une série télévisée. En fait à un moment donné j'ai lu que vous aviez trois propositions d'adaptation distinctes, deux pour le cinéma et une pour la télévision...

    Quand on écrivait la BD, on regardait Les Soprano avec Antonin. Pour la bande-dessinée, il fallait synthétiser beaucoup de choses. Soit on écrivait l'histoire avec tous ses aspects, comment il avait rencontré ces gens... et il y a une somme de détails savoureux. Soit il fallait se montrer un peu plus synthétique pour faire quelque chose avec une dramaturgie plus ramassée. La série avait quelque chose de tentant parce que cela permettait justement de développer autre chose, d'aller à l'extérieur. Il y avait un potentiel pour développer les personnages et raconter autre chose, avec beaucoup plus de détails. Ce n'est pas forcément plus efficace, juste une autre façon de raconter. Alors oui sur une série, il faut écrire beaucoup plus, diriger une écriture. On nous avait également proposé de faire le film nous-mêmes, c'était tentant mais trop compliqué parce qu'à l'époque on était à la moitié du travail, on n'avait sorti que le premier tome. Tant qu'on n'avait pas fini le second, car le projet avait toujours été pensé ainsi, on n'avait pas suffisamment de recul pour commencer à penser, à envisager notre propre adaptation. On n'avait pas tout fait, tout construit, et on avait aussi encore beaucoup de travail devant nous. De ce point de vue-là, c'était intéressant d'avoir un regard extérieur, un modérateur, surtout aussi prestigieux que Bertrand Tavernier. Humainement c'est quelqu'un d'agréable et qui facilite tout. C'est quelqu'un de super à vivre Bertrand.

    Vous êtes allés plusieurs fois sur le tournage. Vous avez pris beaucoup de notes, notamment sur Bertrand, qui est un vrai personnage sur un plateau. On pourrait imaginer une bande-dessinée sur le cinéma...

    Alors... oui. J'y ai pensé. J'ai même fait quelques pages qui ont été publiées. Mais au bout d'un moment cela devenait problématique : on racontait déjà une histoire issue de la réalité, on passait donc déjà à travers un processus de mise en abîme, alors raconter comment notre histoire devenait... Bref, on devenait fous quoi ! (Rires) C'était aussi une façon de se regarder le nombril... Et en plus tout se passait bien ! Le rapport avec Bertrand était excellent, il nous faisait rire, beaucoup beaucoup rire. On travaillait énormément mais dans une atmosphère de détente. Sur son tournage l'atmosphère était la même. Il déconnait, on était super bien reçu, les acteurs étaient adorables. C'était très émouvant de les voir incarner les personnages sur lesquels on avait travaillé. Même s'il se passait des choses très drôles c'était finalement très désagréable de les raconter. En se mettant en position de spectateur on se met à l'écart... tout en cirant ses propres chaussures. C'était un plaisir pour nous, on a le plaisir de raconter quelques anecdotes, de se rappeler des bons mots de Bertrand aussi, qui est vraiment très très drôle. J'avais envie de faire des sketchs qui n'auraient été constitué que de successions de bons mots de Bertrand, mais ça aurait été trop vain. Mais c'est vrai que c'est un personnage. Et un exemple. Il aime son travail passionnément, il l'aime dans la joie. Son travail lui procure de la joie. Il est comme un gosse qui joue dans sa chambre. C'est un travailleur concentré, exigeant et qui a un objectif précis en tête... mais qui a la joie de le faire, de le faire partager, de faire travailler les gens, de recevoir des propositions et d'en tirer le meilleur. Il veut que les gens viennent jouer avec lui.

    Justement cela ne vous a pas donné des envies de mise en scène ?

    Bien sûr que si mettere en scène un film ça donne envie ! Mais ce n'est pas parce que je le décide que ça va se faire ! Tiens demain je me ferais bien un petit western... (Rires)

    Propos recueillis par Thomas Destouches à Paris le 28 octobre 2013

    La bande-annonce de "Quai d'Orsay"

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