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    Qui est Salim Shaheen, le héros afghan mégalo du documentaire Nothingwood ?
    Par Léa Bodin — 13 juin 2017 à 19:00
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    "Nothingwood", qui sort en salles ce mercredi, était l'une des très belles surprises de la Quinzaine des Réalisateurs. Qui est Salim Shaheen, le héros excentrique et mégalo de ce merveilleux documentaire qui donne un autre visage de l'Afghanistan ?

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    Nothingwood était l'une des très belles surprises de la Quinzaine des Réalisateurs, cette année à Cannes. Ce merveilleux documentaire de la Française Sonia Kronlund est centré sur la figure de Salim Shaheen, l'acteur-réalisateur-producteur le plus populaire et prolifique d’Afghanistan : un homme excentrique, mégalo et aussi extrêmement touchant, qui nous entraîne dans un voyage fou avec sa bande de comédiens, au coeur de ce pays en guerre depuis plus de trente ans. Qui est donc Salim Shaheen, ce héros hors du commun qui donne un autre visage de l'Afghanistan ?

    Né au milieu des années 1960 à Kaboul, Salim Shaheen, le « Ed Wood afghan » fait des films depuis bientôt quarante ans, dans un pays en guerre depuis autant de temps. Réalisateur de séries Z à mi-chemin entre les films de kung-fu et les comédies musicales bollywoodiennes, acteur dans ses propres films, Shaheen en a produit, réalisé et interprété plus de 110. « C’est un bonimenteur incroyable qui garde en lui quelque chose de profondément enfantin, ce rêve de faire des films avec ses copains, raconte la réalisatrice du documentaire Sonia Krunlund. Shaheen est un homme assez complexe mais sa part d’enfance me semblait universelle. »

    Petit, il va au cinéma dès qu'il en a l'occasion, quitte à prendre le risque de se faire violemment corriger par son père et son frère. Mais rien n'y fait, le jeune Salim sait déjà ce qu'il veut faire de sa vie, et ce sera du cinéma et rien ni personne ne l'arrêtera. « Shaheen tourne des films sans arrêt, comme un besoin vital, avec une énergie de forcené, et une croyance inébranlable dans ce qu’il fait, explique la cinéaste. Au-delà de la qualité de ses films, les Afghans aiment son cinéma car il leur donne un visage et une voix qui n’existent nulle part ailleurs. Il les représente. Dans les films de Shaheen, les gens du peuple sont des héros. (...) Shaheen fait aussi jouer des policiers et des soldats qui interprètent leur propre rôle et sont fiers d’être dans un film. Son cinéma donne une image et une existence à des gens qui n’en ont pas. » 

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    C'est en 1978, au moment du coup d'Etat communiste, qu'il commence à tourner ses premiers courts métrages. L'année suivante, lors de l'Invasion soviétique, il s'enfuit en Iran, d'où il rentre deux ans plus tard, après que le commandant Massoud a libéré la vallée du Pandjshir. Entre-temps, son frère est mort au front. C'est alors qu'il est réquisitionné pour son service militaire par l'armée afghane. Lors de l'attaque des soviétiques contre les forces armées afghanes, Shaheen se cache parmi les morts : il est le seul survivant. A son retour à Kaboul, il épouse sa première femme, se soumettant à un mariage arrangé. Quelques années plus tard, il prendra une seconde épouse, ce sera cette fois-ci un mariage d'amour. Les femmes, la voix-off de Sonia Kronlund le dit très bien dans Nothingwood, c'est sa zone obscure : ses épouses, comme ses filles, sont totalement absentes et ne doivent jamais être filmées

    Ici, ce n’est pas Hollywood, ce n’est pas Bollywood, c’est Nothingwood.

    En 1985, Shaheen réalise son premier long métrage, intitulé L'Invaincu, avec une caméra VHS. Il fait ensuite des films pour l’agence gouvernementale en charge du cinéma, puis il crée sa société de production, Shaheen Films. A la chute du régime communiste, en 1992, il ouvre une salle de cinéma faite de bric et de broc dans un sous-sol. C'est à Shaheen que l'on doit le titre du film, Nothingwood - littéralement "rien-wood" - qui fait référence à l'absence totale de moyens pour faire des films en Afghanistan. Il le répète à qui veut bien l'entendre : « Ici, ce n’est pas Hollywood, ce n’est pas Bollywood, c’est Nothingwood. » Dans ses films, il fait jouer ses amis, sa famille, qui le suivent encore aujourd'hui dans toutes ses aventures. Et si Shaheen fait toujours attention à ne pas mettre en scène de talibans, il ose dépeindre dans ses films des personnages hauts en couleur, qui tranchent avec la rigidité du contexte politique et moral : Qurban Ali, son acteur fétiche, exubérant, très efféminé et qui adore se travestir, en est un bon exemple. 

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    Pendant la guerre civile qui suit la défaite des soviétiques, sur le tournage d’un de ses films, une roquette tue dix personnes. « Les Afghans sont souvent fatalistes, rappelle la réalisatrice. Ils pensent que tout est déjà écrit, déterminé à l’avance par le doigt de Dieu. (...) Même s’il y a des attentats, Shaheen se sent plus fort que la mort. » C'est quelque chose qui revient souvent, dans le documentaire. Faire du cinéma, pour Shaheen, et continuer à faire du cinéma malgré la guerre, c'est une manière de combattre la mort, d'échapper à la guerre qui est devenue le quotidien. 

    En 1996, il échappe de justesse aux talibans, qui brûlent une grande partie de ses films - alors même que bon nombre d'entre eux les regardent sous le manteau. Il s'enfuit au Pakistan, où il reste jusqu'en 2001 et où il continue bien sûr à tourner. Après la chute du régime taliban fin 2001 et tout au long des années 2000, le cinéma de Shaheen atteint des sommets : il réalise une dizaine de films par an. Depuis que les talibans ont repris le contrôle d'une grande partie du pays, sa production a diminué de moitié, mais jamais, jamais Shaheen n'a arrêté de tourner. Et jamais il n'arrêtera, parce que le cinéma, ce n'est plus uniquement un rêve de gosse, c'est toute sa vie. 

    C'est Sonia Kronlund, la réalisatrice de Nothingwood, qui parle le mieux de Shaheen : 

    Cannes 2017 : rencontre avec Sonia Kronlund, la réalisatrice de Nothingwood

     

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    Commentaires
    • Laurent C.
      OSEF, y à pas de super-héros ni de séquences post-génériques.
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