Notez des films
Mon AlloCiné
    Mort de Claude Lanzmann, réalisateur de Shoah et Tsahal
    Par La Rédaction d'AlloCiné — 5 juil. 2018 à 13:40
    FBwhatsapp facebook Tweet

    Le réalisateur et journaliste français Claude Lanzmann, auteur entre autres du documentaire "Shoah", s'est éteint ce 5 juillet. Il avait 92 ans.

    JACOVIDES-BORDE-MOREAU / BESTIMAGE

    Son dernier opus, Les Quatre Sœurs, portrait de quatre survivantes de la barbarie nazie, est sorti hier sur les écrans : un long métrage en deux parties qui fait figure de film posthume pour Claude Lanzmann, décédé ce 5 juillet à l'âge de 92 ans à Paris. Le cinéaste français avait notamment signé Shoah, documentaire fleuve et majeur sur le génocide juif.

    Notre entretien avec Claude Lanzmann

    Des débuts comme journaliste

    Né en région parisienne, Claude Lanzmann entre en résistance dans son lycée à Clermont-Ferrand durant la Seconde Guerre mondiale. Après la Libération, il monte sur Paris afin de suivre une formation de philosophie à la Sorbonne. C'est en 1952 qu'il rencontre Jean-Paul Sartre et son épouse Simone de Beauvoir et intègre le comité rédactionnel de la revue philosophique Les Temps Modernes. Il débute également une carrière de journaliste, faisant quelques piges pour ElleFrance-Soir ou encore Le Monde. En 1967, la rédaction des Temps Modernes publie un numéro spécial sur la guerre israélo-palestienne. Lanzmann en est la cheville ouvrière. Ce hors-série est le fruit d’un travail de recherches et d’investigation qu’il a mené pendant plus de deux ans.

    Devoir de mémoire

    Ce n’est qu’à partir des années 1970 que Claude Lanzmann commence à se tourner vers la réalisation cinématographique. Il tourne un premier documentaire intitulé Pourquoi Israël en 1972, sous forme d’enquête sur l'État d'Israël et sur ses rapports avec les Juifs du monde entier, et construit son film à partir d’interviews des différentes collectivités formant cet État. Par la suite, il se lance dans un projet d’une très vaste ampleur autour de la mémoire du processus d’anéantissement des Juifs par le régime nazi. Shoah naît de ce désir d’interroger cette gigantesque et terrible entreprise de destruction raciale en Europe. Il faudra plus de douze ans à Lanzmann pour mener à bien ce documentaire qui le fait voyager entre la Pologne et Israël. Le réalisateur fait témoigner des Juifs qui ont vu l’intérieur des chambres à gaz, des officiers SS chargés de l’extermination des déportés, des paysans polonais riverains de Treblinka ainsi que des historiens. Shoah, achevé en 1985, est un documentaire entièrement novateur pour l’époque dans le sens où aucune image d’archives n’est utilisée et où seule la parole du témoin permet de prendre la mesure des événements. Il sera diffusé et vu dans le monde entier.

    Shoah Bande-annonce VF

     



    En 1986, suite au décès de Simone de Beauvoir, Claude Lanzmann devient directeur de rédaction de la revue Les Temps Modernes. En 1994, il tourne Tsahal, un documentaire basé sur une série d’entretiens réalisés avec des militaires israéliens, et qui "problématise" la nature et les valeurs que défend l’armée israélienne. Le cinéaste réutilise ensuite deux entretiens qu’il a effectués durant le tournage de Shoah mais qu’il n’a pu inclure dans le montage définitif. Le premier fait témoigner un délégué de la Croix Rouge, qui a visité le camp d’Auschwitz en 1943 et le camp "modèle" de Theresienstadt en juin 1944, dans le cadre des inspections internationales. Ce seul témoignage donnera naissance au film Un Vivant qui passe, que Lanzmann monte en 1997. Le second entretien concernant Yehuda Lerner, survivant du camp de concentration de Sobibor, débouchera sur Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures, documentaire fondé au même titre que Shoah, sur la mise en avant du témoin et l'absence de tout artifice visant au sensationnel ou au spectaculaire.

    Infatigable documentariste

    En 2006, Claude Lanzmann se voit gratifié de la Légion d’honneur pour l’ensemble de son œuvre cinématographique et pour son travail autour du souvenir des camps d’extermination. Il publie ses mémoires en 2009 sous le titre Le Lièvre de Patagonie. L'année suivante, il exhume un autre témoignage réalisé en 1978, durant le tournage de Shoah. Il s’agit cette fois de celui d’un résistant polonais ayant tenté d’alerter les forces alliées sur la réalité du génocide juif durant la Seconde Guerre Mondiale. Après Un Vivant qui passe et Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures, le réalisateur monte ainsi un nouveau documentaire dans le prolongement de Shoah, intitulé Le Rapport Karski, et diffusé par la chaîne Arte.

    En 2013, il reçoit lors de la Berlinale un Ours d'or d'honneur pour l'ensemble de son œuvre et livre Le Dernier des injustes dans lequel il revient à Theresienstadt, dont le ghetto utilisé comme un instrument de propagande était déjà l'objet d'Un vivant qui passe en 1997. Cette fois, il y retourne en compagnie de Benjamin Murmelstein, le dernier Président du Conseil Juif du ghetto de Theresienstadt, seul "doyen des Juifs" (selon la terminologie nazie) à n’avoir pas été tué durant la guerre. Ce dernier parvint à l'époque à faire émigrer 121 000 juifs et à éviter la liquidation du ghetto.

    A l'âge de 91 ans, Claude Lanzmann continue de balader sa caméra pour aborder un sujet inédit dans sa carrière avec Napalm. Il y revient sur les trois incursions qu'il a faites en Corée du Nord en 1958, 2004 et 2015 et plus particulièrement sur sa brève histoire d'amour avec une infirmière de l’hôpital de la Croix Rouge coréenne. Ne parlant pas la même langue, le duo ne réussit à communiquer qu'avec un seul mot, Napalm, qui donne son titre au film et sort sur les écrans en 2017 après avoir été présenté en séance spéciale au 70e Festival de Cannes. Un festival où il a présenté il y a quelques semaines ce qui restera son dernier film, Les Quatre Sœurs, sorti sur les écrans en deux parties ce mercredi.

     

    FBwhatsapp facebook Tweet
    Commentaires
    • mahtan-ancalimon
      Je suis d’accord avec toi. Les espacés permet de mieux réfléchir à ce que l’on a vu.
    • mahtan-ancalimon
      Le docu La Shoah est insoutenable pour moi. Il est beaucoup plus parlant que des œuvres pourtant magnifique comme Schindler ou le Pianiste.Bien évidement c’est un compliment car l’horreur est horrible et que voir et entendre ces personnes qui furent des « sous êtres » c’est dure mais nécessaire.Merci Monsieur toutes les générations passés présentes et futures peuvent vous dirent merci.
    • Joey Cusack
      Hommage la mif’ 🇮🇱🇮🇱🇮🇱🇮🇱🇮🇱
    • killzone72
      Après la libération tout le monde voulait oublier mais il a donné la parole à ceux qui ont vécu l'horreur pour que les générations futurs n'oublient jamais;malheureusement quant on voit certains prendre des selfies à Auschwitz et un regain d’antisémitisme en France, on se dit que le travail va encore être très longs.
    • Alfred N.
      Ça pour une coïncidence. C'est assez incroyable.
    • Maitre Kurosawa
      Le film est très dur à regarder – il faut pouvoir tenir devant des témoignages bouleversants – c'est pour cela qu'une vision en quatre ou cinq fois me paraît appropriée.
    • ghyom
      Est-ce que j'aurais un jour la force de mater ces 10h de film ? Ca fait un moment que ça traine sur mon disque dur mais que je n'ose m'y lancer. Il va me falloir 3 ou 4 jours pour regarder ça sans risquer l'overdose.
    • Maitre Kurosawa
      De Lanzmann, je n'ai vu que l'immense et essentiel Shoah. Un homme important nous quitte.
    Voir les commentaires
    Back to Top