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    Star Wars : comment la culture japonaise a inspiré la franchise
    11 nov. 2019 à 18:00
    Clément Cusseau
    Clément Cusseau
    -Rédacteur
    Après des études en école de cinéma, il intègre la rédaction d’AlloCiné en 2011. Il est actuellement spécialisé dans les contenus streaming et l’actualité des plateformes SVOD.

    D'emprunts au cinéma de Kurosawa aux inspirations du théâtre kabuki, la saga Star Wars n'a cessé de se nourrir de la culture japonaise, une tradition instaurée par George Lucas et respectée par ses successeurs, J.J. Abrams et Rian Johnson.

    Lucasfilm Ltd.

    Il y a quelques jours, nous apprenions que la saga Star Wars serait officiellement adaptée en kabuki (via le site Kotaku), ce théâtre traditionnel japonais resté très populaire dans l'Archipel. Plus qu’un simple "remake" scénique, il s’agira pour l’occasion d’un véritable retour aux sources pour la franchise, véritable patchwork d’emprunts, aussi bien aux romans de science-fiction pulp des années 40, aux contes des Mille et une nuit qu'à la culture japonaise, véritable source d’inspiration assumée du créateur de Star Wars, George Lucas.

    Dès la sortie du premier opus Un Nouvel espoir en 1977, plusieurs critiques américains pointent les similitudes entre l’intrigue du film et celle d’un film japonais alors peu connu du grand public, La Forteresse cachée d’Akira Kurosawa (1958) ; les deux longs métrages retracent en effet la quête d’un héros au coeur pur, d’une princesse au caractère bien trempée et de deux compagnons de route picaresques, de simples paysans chez Kurosawa, et les droïdes R2-D2 et C-3PO chez Lucas. Une référence parfaitement assumée par le cinéaste californien, qui avouera avoir été grandement influencé par l'oeuvre de son confrère japonais, dont il financera quelques années plus tard le long métrage Kagemusha.

    On sait également qu'à l'origine, George Lucas souhaitait confier le rôle d'Obi-Wan Kenobi à Toshirô Mifune, l'acteur fétiche de Kurosawa; face à son refus, le réalisateur avait même tenté de le convaincre en lui proposant d'incarner Dark Vador mais - peu convaincu par le contenu du scénario - la star japonaise lui avait exprimé en retour un "non" ferme et définitif. En 2013, Mika Mifune, la fille du comédien, révélait dans une émission que s'il avait accepté le rôle, Mifune serait apparu à visage découvert, laissant ainsi présager un Dark Vador complètement différent de celui que nous connaissons aujourd'hui.

    Comparatif des films Star Wars et La Forteresse cachée :

     

    Il ne s’agit d’ailleurs pas du seul emprunt fait au cinéma japonais par ce premier opus de Star Wars ; l’armure de Dark Vador est en effet grandement inspirée des tuniques des guerriers samouraïs, tandis que le terme Jedi – qui désigne les chevaliers du côté lumineux de la Force – est dérivé du jidai-geki, genre cinématographique japonais désignant les productions historiques chevaleresques (sorte d’équivalent de nos films de capes et d’épées). Les tenues des Jedi sont d’ailleurs grandement inspirées des kimonos japonais arborés aux 17ème et 18ème siècles.

    La culture japonaise a semble-t-il continuellement inspiré l’imaginaire de George Lucas, qui n’a pas hésité à s'en imprégner pour l’écriture des six opus qu’il a supervisés ; parmi les exemples les plus frappants, le personnage de Yoda, dont le nom a été inspiré au cinéaste par celui de l’emblématique scénariste Yoshikata Yoda, auteur de nombreux classiques japonais et rendu notamment célèbre pour sa collaboration avec le légendaire Kenji Mizoguchi, retracée dans l’ouvrage "Souvenirs de Kenji Mizoguchi" (collection Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma).

    Lucasfilm Ltd.

    Dans la prélogie, l'apparence de la reine Amidala dans La Menace fantôme est un renvoi direct aux costumes et maquillages du théâtre kabuki évoqué plus haut. Quant au concept de padawan, les élèves formés par les maîtres jedi, s’il ne renvoie pas directement au vocabulaire japonais (à l'inverse du mot Jedi), impossible toutefois de ne pas y relever l’inspiration des fonctions du senpai et du kōhai, qui marquent le respect exprimé par un jeune élève japonais vis-à-vis d’un aîné.

    Le rachat de la société Lucasfilm Ltd. par Disney a-t-il mis fin à cette tradition ? Pas le moins du monde ! Durant la promotion des Derniers Jedi, le réalisateur Rian Johnson a révélé s’être grandement inspirés de maître japonais, Akira Kurosawa bien entendu, mais également Hideo Gosha dont le film Trois Samourais hors-la-loi a eu une influence directe sur les chorégraphies des combats au sabre-laser.

    Plus récemment, J.J. Abrams justifiait le retour du casque de Kylo Ren dans L’Ascension de Skywalker (le 18 décembre prochain au cinéma) en s’appuyant sur le concept du Kintsugi, une méthode traditionnelle utilisée pour réparer les bols en céramique à l’aide d’une poudre dorée pour rendre à l’objet son aspect esthétique mais aussi symboliser sa vie passée en célébrant sa "renaissance".

    La bande-annonce de Star Wars IX L'Ascension de Skywalker, le 18 décembre au cinéma :

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