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    "Paroles de scénaristes" : des scénaristes français expriment leur ras-le-bol
    Par Brigitte Baronnet (@bbaronnet) — 12 déc. 2020 à 09:30

    "Paroles de scénaristes" s'est créé début décembre, rassemblant des dizaines de témoignages de scénaristes. Il a pour but de pointer l'omerta régnant au sein du secteur, et des discriminations et abus que peuvent subir ces professionnels.

    Pixabay

    Depuis le 1er décembre, une page s'est créée sur les réseaux sociaux, sous le nom "Paroles de scénaristes" afin de recueillir des témoignages et lever l'omerta sur un secteur qui s'exprime habituellement peu sur son travail et les conditions dans lesquelles il l'exerce. 

    Rassemblant des dizaines de témoignages de scénaristes, qui travaillent aussi bien pour le cinéma que pour la télévision, Paroles de scénaristes a rapidement pris de l'ampleur. AlloCiné a joint Paroles de scénaristes afin d'en savoir davantage sur leur démarche : 

    AlloCiné : Comment est né Paroles de scénaristes ?

    Paroles de scénaristes : Ce groupe est né suite à plusieurs choses. D’abord, des années de pratique et donc d’abus que nous avons subis et que nous partageons entre nous, scénaristes. Ensuite, la vague de renouveau des réflexions sur les discriminations nous a permis de mettre des mots sur ce que nous subissions depuis des années : dans le système actuel, les scénaristes sont un peu l’équivalent de l’épouse soumise des années 50 des producteur.rices ou des réals : nous mettons les histoires au monde, nous travaillons dans l’ombre, et nous sommes plus que souvent confronté.es à des pratiques discriminatoires : invisibilisation, réappropriation de notre travail, remarques rabaissantes, omerta, maltraitance administrative, travail gratuit…

    Dans le système actuel, le scénariste est un peu l’équivalent de l’épouse soumise des années 50 des producteur/trices ou des réalisateurs

    Pour finir, le déclic, « la goutte d’eau » qui a fait déborder le vase : une des créatrices du groupe a écrit seule un long-métrage et a déposé une demande d’aide à la réécriture auprès du CNC. Pour le deuxième tour, le CNC a rappelé uniquement le réalisateur et n’a invité que lui à venir défendre un scénario (qu’il n’a donc pas écrit !) à l’oral. La page de Paroles de Scénaristes est née le soir même, de ras le bol.

    Le collectif a pris de l'ampleur assez rapidement. Pouvez-vous nous donner quelques chiffres ? Vous attendiez-vous à autant de réactions et si rapidement ? On pourrait imaginer qu'il y a une peur de parler, de crainte de se "griller”...

    L’omerta régnante faisait que personne n’osait prendre la parole publiquement pour dénoncer un abus sans crainte de se faire griller dans le milieu. Nous avons donc pensé à un groupe qui permettrait justement de témoigner sans cette crainte, en assurant l’anonymat des témoins.

    Visiblement, les scénaristes n’attendaient que cela pour parler : en une semaine nous avons reçu plus de 60 témoignages, plus de 2 000 personnes nous ont rejoints sur la page Facebook, et nous avons décidé de créer il y a 3 jours une page Instagram qui recense déjà plus de 600 followers et  un compte Twitter de plus en plus suivi également. Et le mouvement s’amplifie de jour en jour, on en est les premier.ères surpris.es.
    Ces chiffres attestent de deux choses : d’abord, loin d’être des épiphénomènes, les abus et discriminations que subissent les scénaristes en France sont systémiques. Et ensuite, que les scénaristes français en ont vraiment gros sur le cœur. 

    Les abus et discriminations que subissent les scénaristes en France sont systémiques

    Après les paroles, des actes ? Avez-vous des projets pour faire évoluer la situation ? 

    Le combat des scénaristes doit se faire à plusieurs niveaux : intime, et syndical. Nous on est là pour faire évoluer l’intime : que les scénaristes comprennent qu’ils et elles ne sont pas seul.es, que ce qu’ils et elles subissent est le résultat d’un système injuste qui fait tout pour les fragiliser. Mettre des mots, identifier les abus et les nommer comme tels, c’est aussi une première étape pour se libérer de ces emprises et prendre du recul par rapport à elles. C’est aussi en lisant des témoignages extérieurs à soi qu’on peut se rendre compte qu’une situation vécue comme normale ne l’est pas forcément. Il faut que la honte et la peur changent enfin de camp. Mais l’intime doit aussi être accompagné par des actions politiques et, sur ce plan, nous laissons faire les syndicats de scénaristes.

    > "Paroles de scénaristes" sur Facebook et Instagram

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    Commentaires
    • FlecheDeFer ..
      Je ne dis pas que je n'ai pas aimé. J'en garde un très bon souvenir. Je ne suis pas série, j'en regarde très peu et dans 99% des cas j'arrête après le premier épisode parce que je les trouve trop mal écrites. Le fait que j'ai regardé les 6 saisons de Lost témoigne à lui seul du fait que la série est une réussite. Les saisons 1-2-3 je m'en souviens bien. Les 4-5-6 quasi pas du tout, donc apparemment quand ils ont commencé à se mettre en route ce n'était peut-être pas leur meilleure période. La saison 4 était particulièrement mauvaise mais ce n'était pas tout à fait de leur faute (grève des scénaristes). Tu as tout à fait raison pour le coup des mystères: ne pas savoir soi-même où on va est un moyen très sûr de ne pas se faire percer à jour, mais c'est aussi le degré zéro de l'écriture, ça revient à écrire un polar sans savoir soi-même qui est le coupable et à tirer au sort à la fin pour surprendre le lecteur... C'est précisément ce qui me gêne et la raison pour laquelle au final ça ne collait pas. Maintenant, avec le temps, j'ai de la peine à te donner des exemples concrets, désolé... Un truc me revient: à un moment des gens reviennent à la vie. Ils sont morts, et ils ressuscitent . C'est quand même un truc énorme, ressusciter. Et après, ben on oublie, aucune explication, on n'en reparle jamais, on fait comme si ça n'avait jamais existé. C'est ce genre de choses, un scénario qui va à l'aveuglette pour tenter de créer des effets, qui m'a gonflé.
    • Melnibonéen
      J'ai déjà vu la série plusieurs fois en entier, et j'y prends beaucoup de plaisir à chaque fois. Et je ne trouve pas que le projet Dharma ou le rôle de Jacob soient incohérents.Pendant les 3 premières saisons, les scénaristes n'avaient pas un plan très établi, c'est tout à fait vrai. Et je pense que cette manière de faire est la seule qui permette aux spectateurs de ne pas deviner ce que signifie les mystères (c'est le fameux principe de la boite fermée voulue par JJ Abrams et que les 2 autres (vrais) scénaristes de la série ont repris à leur compte : ce qui est passionant ce n'est pas ce qui est dans une boite fermée, c'est de chercher ce qu'il y a dedans).En revanche, à partir de la saison 4, là tout a été pensé pour aller vers une fin qui a été décidé. Le principe d'écriture dans les saisons 4, 5 et 6 n'est plus du tout le même que dans les saisons 1,2 et 3.Mais en effet, c'est difficile de parler d'une série aussi longue ici. Je ne peux que te conseiller d'aller jeter un oeil à chaine Youtube DHARMA - Station 7. C'est la meilleure chaine sur le sujet (mais faite par quelqu'un qui adore la série, je le précise).
    • FlecheDeFer ..
      A vrai dire, pour moi rien n'est vraiment cohérent au final dans la série... Le rôle du projet Dharma, le rôle de Jacob, la majorité des intrigues parallèles. Franchement, sachant la fin, regarde une fois le tout depuis le départ, ou au moins la saison 1, tu verras vite combien les scénaristes n'ont jamais su où ils allaient. On voit très clairement que le scénario évolue à mesure. Mais c'est vrai que c'est difficile de parler de cette série si longue ici...
    • negeil
      ah bah oui, on peut pas tous être Vince Gilligan et écrire une sublime histoire sur 5 saisons.
    • Blasi B
      je viens de me faire plusieurs dizaines de témoignage, et c'est franchement affligeant...Déjà, on a toujours cette image du producteur démoniaque, mais on ce rend compte que quasi tout le monde est potentiellement pourrie... des réalisateurs, des acteurs et même des collègues scénariste (bon oui, et pas mal de producteur aussi hein).Et je comprend que ces scénariste soit dos au mur... d'un coté, les gens en face qui profite d'eux profite surtout du fait qu'ils connaissent pas ou peu leur droit, et donc en joue, ensuite, la plupart des témoignages viennent de jeunes scénariste qui, désireux de ce faire un nom et d'avoir un premier boulot, accepte tout... et enfin il y a ceux qui accepte tout, conscient qu'ils ce font enfler, mais espérant tout de même faire un minimum parler d'eux, avant la disquette...on a pas comme au états unis une guilde ou un syndicat de scénariste qui peuvent les protéger? mettre en place un système qui rend obligatoire de tout noter, de ne rien pitcher ou résumé à l'oral? un accompagnement de cette guilde dans ce long et parfois douloureux processus de création d'un contrat...la je lis des trucs... a part la peur de ce faire boycotter par le milieux, je vois pas pourquoi les mecs portent pas plainte tellement ils sont dans leur droits et clairement l'interlocuteur dans l'illégalités.... (a moins que cette peur de boycote soit suffisante... ce que je pourrais comprendre si c'est ton rêve d'être scénariste...
    • Hunnam29
      Ouais, ça fait parti des métiers où c'est dur de se faire sa place. Ca me fait penser à d'autres métiers comme designer, graphistes et tout... Où beaucoup de gens profitent d'eux, où d'autres artistes demandent des trucs gratuits aux petits jeunes pour se faire une réputation. Donne moi gratuitement un travail, je te mets en avant, c'est super pour toi et ta carrière. C'est aussi ce qu'ils peuvent vivre j'imagine. Sauf que tout travail mérite salaire, on ne peut pas sans cesse demander des choses gratuitement aux gens. Surtout que le scénario, c'est la base d'un film. Même si maintenant on a tendance à sortir des choses beaucoup plus axées sur le visuel, avec des scénarios tellement basiques qu'ils pourraient presque être écrits par une IA...Mais c'est assez paradoxal en plus. Parce que si on prend la chaine sur un gros tournage hollywoodien (acteurs, techniciens, compositeur, scénariste etc etc), le scénariste se retrouve quand même sacrément haut dans l'importance. Sans histoire, pas de film, pas de techniciens engagés, pas de réalisateurs derrière la caméra, pas de casting. Enfin rien quoi. Mais étrangement ils sont un peu dans l'ombre.
    • Melnibonéen
      Je ne comprends pas : qu'est-ce qui n'est pas cohérent dans cette série selon toi ?En plus, quasiment tous les mystères ont été expliqués au cours des saisons sans attendre cet épisode final.
    • Melnibonéen
      Dans ce milieu, pour voir le fondement il faut aller plus en profondeur...
    • Hairpeace
      Je vois pas trop les fondements de ce que tu avances...
    • Melnibonéen
      D'un autre côté, c'est vrai pour plein de métiers du cinéma. Tout le monde peut dire je suis un acteur. Et il suffit de voir comment des sportifs ou des chanteurs se sont reconvertis en acteur pour comprendre que ce n'est pas très difficile.Être un bon acteur, là c'est déjà plus difficile. Mais soyons honnête, les bons acteurs ne sont qu'une minorité à faire carrière.
    • Melnibonéen
      Non, les flics sont des fonctionnaires, ils ne sont donc pas payés au chiffre. Un flic qui interpelle des gens et un flic qui n'interpelle jamais personne, ils sont payés pareil à la fin du mois. Et pour monter en grade, ils doivent passer un concours, qui est anonyme comme tous les concours de la fonction publique.En revanche, il y a certainement une politique du chiffre, comme dans toutes les administrations. Mais ce sont les chefs de ces administrations qui mènent ces politiques, c'est eux qui donnent les ordres aux fonctionnaires de base, et c'est seulement à ces chefs que des bons chiffres peuvent profiter en terme d'avancement (car là il n'y a plus de concours).Donc ça n'a rien à voir avec le journaliste de base ou le scénariste de base qui, eux, sont payés à l'acte.
    • Melnibonéen
      Le milieu du show-biz est un milieu bien-pensant, de gauche, toujours là pour donner des leçons de morale aux autres. C'est toujours rigolo de constater que c'est dans ce genre de milieu qu'il y a le plus d'exploitation, de harcèlement, et de loi du silence.
    • meiyo
      C'est vrai et un meilleur encadrement juridique ne serait pas superflu.
    • meiyo
      Le talent invisible et méprisé.
    • Johnson J.
      C'est le cas dans beaucoup de domaines malheureusement ... la presse avec des journalistes ou des gens en free-lance payés une bouchée de pain pour un article qui sera écrit pour faire le plus de clics ou même la police avec la politique du chiffre ... les mecs sont payés au nombre d'interpellations donc plus facile d'aller arrêter le petit délinquant en bas du bloc (et après on vient te rabâcher du contrôle au faciès...) que le gros bonnet qui est derrière et qui demande beaucoup plus d'investissement ....
    • FlecheDeFer ..
      Pour avoir lu les commentaires sur leur page, le vrai problème est ailleurs: n'importe qui, talent ou pas, peut se bombarder scénariste et proposer son texte. Pareil qu'écrivain en somme. Du coup, comme les producteurs le savent, ils peuvent toujours faire travailler un petit jeune ou quelqu'un de pas connu à l'oeil car ils savent que s'il se plaint il est grillé et surtout qu'il y'en a 1000 derrière. C'est tout le problème de ces professions sans barrières à l'entrée. Du coup, on fait bosser plein de monde gratos car on sait que dans le tas, il y'aura forcément quelque chose de valable au milieu de tonnes de déchet. Faire comme dit Lindon, payer tout le monde bien, pas besoin d'être du milieu pour voir que ce serait impossible économiquement ou alors il faudrait un seul scénariste par projet dès le départ, mais alors on aurait une réduction drastique de leur nombre total, ce qui serait une bonne chose en théorie sauf qu'en France ce serait sans doute basé sur le copinage et pas sur le talent...
    • FlecheDeFer ..
      Les scénaristes en France?... Ah, l'article parle de ces gens qui écrivent Plus Belle la Vie et Demain Tout Commence?
    • Cooper1992
      Le toujours brave Vincent Lindon sur les scénaristes : Aujourd'hui, on paie un scénariste extrêmement peu pour écrire un synopsis, on lui donne trois balles pour écrire une version 1, on lui redonne cinq balles pour une V2, 12 balles pour une V3 et on lui dit : 'Et tout le reste, tu le toucheras si le film se fait.' Il touchera beaucoup, beaucoup plus quand il mettra en scène. (...) C'est quoi le réflexe ? C'est : 'Je vais vite écrire, puisque je suis payé deux balles, pour me retrouver sur le plateau où je vais prendre le pactole. Alors que si on disait au réalisateur/scénariste : 'Que tu écrives ou que tu tournes, voilà combien j'ai décidé de te payer pour ton écriture et ton film', là, on a envie de rentrer à la maison et de faire : 'Tu sais quoi ? Je vais écrire pendant dix mois, après je vais préparer et je vais tourner, puisque de toute façon, je suis payé pareil que j'écrive ou que je tourne.' Si les scénaristes étaient plus respectés, je pense que le cinéma serait de meilleure qualité.
    • Le commandant Sean Ramius
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