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    Hippocrate : caisson hyperbare, exsufflation, FFI... Les termes médicaux de la série expliqués
    Par Julia Fernandez — 12 avr. 2021 à 22:00

    Alors que Canal+ diffusait ce soir les épisodes 3 et 4 de la saison 2 inédite, retour sur le jargon médical et les spécificités hospitalières illustrés dans la série qui peuvent sembler obscurs pour les néophytes.

    Lancée le 2 avril sur Canal+, la saison 2 d'Hippocrate illustre la ténacité de médecins et de jeunes internes face à la cadence infernale du service des urgences. Une nouvelle saison dans laquelle le scénariste ancien médecin Thomas Lilti aborde sans prendre de gants la dure réalité de l'hôpital public, et qui trouve un écho particulièrement glaçant avec la crise sanitaire actuelle.

    A l'écran, on retrouve Chloé (Louise Bourgoin), la prometteuse interne en réanimation désormais en partie invalide après un grave accident cardiaque, Alyson (Alice Belaïdi) et Hugo (Zaccharie Chasseriaud), dépassés par le poids de leur nouvelle mission mais pouvant compter l'un sur l'autre, et Arben (Karim Leklou), de retour après avoir quitté brutalement l'hôpital suite à une terrible révélation sur son diplôme.

    Autour d'eux, deux nouveaux venus font leur entrée à l'hôpital. Bouli Lanners incarne le docteur Brun, médecin-chef des urgences au look et aux méthodes de communication peu conventionnelles, et Théo Navarro-Mussy joue Igor, un interne ayant fait une apparition dans la première saison et qui prend désormais un rôle plus important.

    Hippocrate
    Hippocrate
    Sortie le 26 novembre 2018 | 52min
    Série : Hippocrate
    Avec Louise Bourgoin, Alice Belaïdi, Zacharie Chasseriaud, Alice Belaïdi, Karim Leklou
    Presse
    3,9
    Spectateurs
    4,3
    Voir via MyCanal

    Si on reprend aisément nos marques en retrouvant les personnages plusieurs mois après les derniers événements de la saison 1, la cadence effrénée des épisodes ne nous laisse aucun temps de répit face au jargon médical employé, au plus près du terrain et de la réalité des pratiques des soignants.

    Diagnostic, protocoles et procédures médicales s'enchaînent en nous laissant parfois quelque peu sur la touche, au point de devoir appuyer sur "pause" le temps de rechercher le sens d'un mot ou d'une pratique dans un lexique. On fait le point ensemble sur les premiers épisodes.

    Le caisson

    Illustré dans l'épisode 2, le caisson hyperbare, appelé aussi caisson de décompression ou chambre hyperbare, est un système utilisé par les médecins urgentistes afin de soigner en priorité des patients au pronostic vital engagé, lourdement intoxiqués au monoxyde de carbone. Nous voyons Hugo "descendre" avec trois patients dans un caisson de forme sphérique afin de leur permettre de récupérer en respirant de l'oxygène médicinal, absorbé plus vite par leur corps grâce à un système de pression artificielle supérieure à la normale. 

    Ce système impressionnant, qui permet aux tissus de l'organisme de s'oxygéner plus rapidement, est souvent raccordé au service des urgences dans les hôpitaux publics. Il permet de soigner les intoxications au monoxyde de carbone comme c'est le cas dans la série, mais aussi les accidents de plongée sous-marine lorsque les nageurs remontent trop vite à la surface, ou encore le mal aigu des montagnes, suite à une montée en altitude trop rapide. Un moyen de rééquilibrer le corps en oxygène suite à une mauvaise absorption, soit trop intense pour l'organisme, soit trop diminuée ou contaminée, ce qui peut mettre la survie du patient en péril.

    Chaque plongée dans le caisson dure entre 60 et 90 minutes, et fonctionne en trois étapes : la compression, ou "descente", la pression de fond durant laquelle le traitement s'effectue, puis la décompression. D'où l'effet "d'oreilles bouchées" illustré dans la série qui survient lors de variations de la pression atmosphérique.

    L'exsufflation

    Au début de l'épisode 3, Alyson prête main-forte au docteur Brun et se retrouve confrontée à un patient en détresse respiratoire, atteint d'un pneumothorax suffocant. Elle doit alors exécuter une exsufflation, un geste de sauvetage d'urgence ; tremblante, elle ne parvient pas à inciser la peau à l'aide du scalpel. Brun s'exécute et lui ordonne ensuite de perforer la plèvre du patient à la main, à l'aide de ses doigts.

    Dans la pratique, cette opération permet au patient au prognostic vital engagé de respirer à nouveau le temps de la prise en charge, en libérant la pression d'air accumulée sous la plèvre. Si la méthode d'exsufflation employée par Alyson peut paraître quelque peu barbare, elle est en réalité le meilleur moyen pour inciser la plèvre sans risquer de blesser le poumon du patient, avant d'y aposer le drain thoracique salvateur.

    "FFI" et "Anapath" : le cas d'Arben

    Dans le même épisode, Arben, rétabli suite à son intoxication, reste sous observation aux urgences. Incapable de tenir en place, il propose son aide à Hugo, qui l'envoie au service de pédiatrie pour y faire examiner un bébé. Il y recroise alors un ancien interne, Kim (Pierre Cévaer), qui le présente comme "FFI en anapath" à un de ses collègues.

    La première abréviation signifie "Faisant fonction d'interne" : selon le Code de santé publique, dans le cas où un poste dans une structure de santé susceptible d’être offert à un interne ou à un résident n’a pas pu leur être proposé ou si le poste n’a pas été choisi, le directeur de l’établissement peut décider de faire appel à un étudiant en médecine, à un pharmacien ou à un étudiant en pharmacie, appelé "Anapath" (pour anatomopathologie, à savoir l'étude des lésions prélevées sur les tissus organiques.)

    Ces étudiants doivent répondre à différents critères : pour les étudiants en anapath, ils doivent avoir été reçus au concours de l'internat à l'issue de leur quatrième année d'études. C'est le cas d'Arben en saison 1 : alors qu'il travaille sous la supervision du médecin-légiste de l'hôpital, il est réquisitionné pour prêter main-forte à la médecine interne et devient donc FFI.

    Dans la saison 2 en revanche, nous le retrouvons en bien mauvaise posture : après avoir quitté précipitamment l'hôpital lorsque la directrice des urgences découvrait qu'il n'avait jamais validé son diplôme de médecine en Albanie, son pays d'origine, Arben est désormais brancardier, et refuse toute explication à son entourage. Ayant remarqué ses capacités de diagnostic remarquables, le docteur Brun le recrute officieusement pour prêter main-forte au service des urgences sous perfusion. Un arrangement tacite illégal, car Arben ne peut pas exercer la médecine sans diplôme.

    Ancien médecin, Thomas Lilti a témoigné, lors de la promotion de son livre Le Serment, de sa décision d'enfiler à nouveau la blouse blanche au moment de la première vague du COVID afin d'apporter son aide aux soignants, quitte à retarder le tournage de la saison 2 d'Hippocrate. Un retour toutefois rendu difficile car il ne pouvait pas réintégrer ses fonctions d'antan après dix ans d'interruption de sa pratique, n'étant plus inscrit au Conseil de l'ordre des médecins.

    Il lui a de surcroît été impossible de "filer un simple coup de main" au même niveau que les internes face à la situation d'urgence et de tension hospitalière qui se présentait. On lui demandait à cet effet de repasser une longue expertise pour s'assurer de sa capacité à pratiquer la médecine, ou bien de "faire l'infirmier", une spécialité radicalement différente de la sienne.

    Une situation contradictoire face aux besoins de l'hôpital public, ou 50% des médecins dans les services des urgences aujourd'hui possèdent des diplômes étrangers, à l'instar du personnage d'Arben avant que l'on découvre son secret. L'impuissance morale vécue par ce dernier dans la saison 2, à vouloir aider ses confrères et consoeurs à tout prix face à la surcharge des urgences sans pouvoir exercer légalement sa pratique, semble être un écho à ce constat.

    Hippocrate saison 2, tous les lundis à 21h05 sur Canal+ 

     

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