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    Lingui, les liens sacrés : un film puissant sur l'avortement au Tchad
    Thomas Desroches
    Thomas Desroches
    -Journaliste
    Les yeux rivés sur l’écran et la tête dans les magazines, Thomas Desroches se nourrit de films en tout genre dès son plus jeune âge. Il aime le cinéma engagé, extrême, horrifique, les documentaires et partage sa passion sur le podcast d'AlloCiné.

    Réalisé par Mahamat-Saleh Haroun, le film tchadien "Lingui, les liens sacrés" propose une fable engagée et nécessaire sur une mère et sa fille face à une grossesse non désirée.

    Il est le premier réalisateur tchadien de l’Histoire du cinéma. Avec Lingui, les liens sacrésMahamat-Saleh Haroun signe une œuvre importante, présentée en compétition officielle au 74e Festival de Cannes. L’histoire suit une jeune fille, Maria, qui souhaite avorter dans le plus grand des secrets. Dans une société où le pouvoir patriarcal écrase les femmes, l’héroïne compte sur Amina, sa mère, pour préserver sa liberté.

    Au cœur de ce film, il y a l’amour inconditionnel qui unit les deux personnages principaux. C’est d’ailleurs cette puissance qui donne son nom au film : “lingui”, un mot tchadien qui désigne le “lien” en français. “Ce terme signifie une solidarité, une entraide, pour ne pas laisser l’autre s'effondrer, précise le réalisateur dans le dossier de presse. Je ne peux exister que parce que l’autre existe, c’est cela le lingui, un lien sacré.”

    Lingui, les liens sacrés
    Lingui, les liens sacrés
    Sortie : 8 décembre 2021 | 1h 28min
    De Mahamat-Saleh Haroun
    Avec Achouackh Abakar, Rihane Khalil Alio, Youssouf Djaoro
    Presse
    3,1
    Spectateurs
    2,7
    Streaming

    Exclue par son lycée, le corps médical et les gens de son quartier à cause de sa grossesse, Maria se retrouve isolée. Avec sa mère, elle doit mener une guerre en silence, loin des regards. C’est la première fois que le cinéaste met en scène des personnages féminins. “Cela faisait un moment que je souhaitais dresser le portrait d’une femme tchadienne telle que j’en connais, explique-t-il. Ce sont des femmes célibataires, veuves ou divorcées qui élèvent seules des enfants. Souvent mal vues par la société, elles se débrouillent pour s’en sortir.”

    Au Tchad, l’avortement est encore interdit, malgré l’initiative d’un projet de code de la famille qui prévoyait d’aider les femmes enceintes. Or, il n’a jamais été voté. Malgré l’interdiction, des médecins viennent en aide à celles qui en ont besoin. C’est cette solidarité hors-la-loi et courageuse qui a inspiré le réalisateur pour son film.

    Ad Vitam

    Pour incarner les deux personnages principaux, Mahamat-Saleh Haroun s’entoure de Rihane Khalil Alio, la jeune fille, et d’Achouackh Abakar, dans le rôle de la mère. “Au Tchad, il n’y a quasiment pas de comédiens professionnels, à part ceux qui ont travaillé avec moi et que je considère désormais comme professionnels, fait-il savoir.” Achouackh Abakar apparaît déjà dans Grigris, un des précédents films du réalisateur. “Elle est mère elle-même et pouvait se projeter dans la problématique d’Amina”, poursuit-il. Quant à Rihane Khalil Alio, le metteur en scène a été séduit par l’évidence : “Dès que je l’ai rencontrée, j’ai ressenti une proximité étrange avec elle.”

    Dans un contexte où les grossesses non désirées augmentent au Tchad, des projections spéciales de Lingui, les liens sacrés sont organisées dans le pays pour toutes les femmes qui souhaitent le voir. “Il y a de plus en plus de faits divers où on découvre des nouveau-nés abandonnés, souvent morts, c’est horrible. Tout ça à cause des interdits et de la honte à porter un enfant dit 'illégitime'”.

    Lingui, les liens sacrés, au cinéma le 8 décembre 2021.

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