L'intégrale Jarmusch toujours visible

Lancée en janvier 1999 par Mars Films, l'intégrale des films de Jim Jarmusch poursuit son périple sur les routes de France. Avec succès.

En janvier 1999, Mars Films a mis à son catalogue la distribution de l'intégrale Jarmusch, un pack comprenant les 7 films alors réalisés par le cinéaste américain. Successivement distribué sous les noms festivals, rétrospective et intégrale, suivant le choix des exploitants, ce pack continue de faire son tour de France. Après Paris et Lyon, où il se joue en ce moment, vous pourrez le retrouver fin octobre et début novembre à Aix-en-Provence et Rennes. L'occasion pour les cinéphiles et les autres de découvrir ou de redécouvrir Jim Jarmusch, l'un des plus grands cinéastes indépendants américains. Flashback.

Originaire de l'Ohio, Jim Jarmusch rejoint très vite New-York, où il poursuit des études de littérature. Découvrant la culture et le cinéma français, il étudie pendant un an à Paris et, charmé par la Nouvelle Vague, décide d'étudier le cinéma dès son retour à New-York. Elève de Nicholas Ray (Johnny guitar) à l'université de Columbia, il devient l'assistant de Wim Wenders sur Nick's movie, un film consacré aux derniers mois de la vie de son mentor. Ce dernier influencera profondément son style : on retrouve en effet chez Jarmusch le même principe selon lequel chaque plan est isolé du suivant pour former une histoire fragmentée. Son premier film, Permanent Vacation, est d'ailleurs dédié à Ray, mort la veille du début du tournage. Ce long-métrage encore très brouillon sera refusé comme film de thèse. Jarmusch proposera alors à l'université le premier des trois chapitres de ce qui formera plus tard Stranger than paradise.

En 1984, l'Europe cinéphile découvre Jarmusch à Cannes, où Stranger than paradise remporte la Caméra d'Or. En 1986, il revient au festival, mais en compétition officielle cette fois, avec Down by law, qui révèla Roberto Begnini, et a atteint depuis le statut de film culte. Jarmusch initie le public à son thème favori : l'étranger en Amérique... Les hongrois dans Stranger than paradise, un touriste italien dans Down by law, les japonais dans Mystery Train, un taxi allemand dans Night on earth, un indien dans Dead man, un français dans Ghost Dog... Jarmusch fait un travelling sur l'Amérique multi-ethnique, toujours avec beaucoup d'humour.

L'humour justement, est un des traits les plus marquants de son univers, dont la figure emblématique serait la série de court-métrages Coffee and Cigarettes. Il tourne les deux premiers épisodes entre 86 et 89. La comédie temporelle Mystery Train lui permet de remporter le prix de la Meilleure contribution artistique au festival de Cannes 1989. Réutilisant ce procédé pour Night on earth, il ne remporte pas le même succès : trop de redondances stylistiques ? Jarmusch marque alors une pause, et s'amuse en réalisant le troisième épisode de Coffee and Cigarettes : ce troisième opus remporte la Palme d'Or du court à Cannes en 1993.

En 1995, le cinéaste fait son retour en force sur la Croisette, avec Dead Man, un conte sur l'homme et la mort ; Johnny Depp tient le premier rôle. Cette fois, c'est Miramax qui produit, et l'on se prend à imaginer une reconnaissance de ce cinéaste indépendant. Une fois de plus, Jarmusch repart bredouille. Miramax se fâche, les frères Weinstein entendent bien convaincre l'artiste de retravailler son montage en vue de la sortie du film. Jarmusch refuse, et c'est le clash : la sortie du film est sacrifiée, Jarmusch dépité. Il ira désormais chercher ses capitaux à l'étranger. Poursuivant la collaboration entamée avec Neil Young, qui avait écrit la musique de Dead Man, Jarmusch s'essaie alors à la captation de concert, en réalisant Year of the horse, un documentaire plutôt réussi sur la tournée de Neil et de son groupe.

En 1999, Jarmusch atteint la maturité avec Ghost Dog, en alliant au travers de cet essai spirituel quasi philosophique sur les valeurs samouraï et la notion d'engagement, un style cinématographique totalement maîtrisé à une accessibilité pour un large public. Les spectateurs ne s'y trompent pas, et le film, en réunissant 540 000 adeptes en France, dépasse de très loin les résultats jamais atteints par les précédents films de Jim Jarmusch. Down by law avait fait à peine plus de 300 000 entrées, en 331 semaines d'exploitation, et Stranger than paradise 200 000. Les autres films dépassaient à peine les 90000.

Vers un dépassement du cercle des aficionados ? Une fois encore Ghost Dog était à Cannes, toujours sans prix, toujours diversement apprécié des critiques, apprécié par les spectateurs. Jim Jarmusch reste assurément un cinéaste novateur, au style nonchalant mais exigeant et immédiatement identifiable tant dans ses choix de composition que par le montage, et sans la moindre concession de son art à l'industrie cinématographique. Un des derniers samouraïs du septième Art ?

F.M.L.

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