Festival du cinéma israélien

Fin du Festival du cinéma israélien qui s'est tenu du 24 au 30 janvier au Cinéma des Cinéastes à Paris.

Le Festival du cinéma israélien s'achève. L'occasion de faire un bilan sur sa production cinématographique, souvent méconnue, à l'exception de quelques réalisateurs, tels Amos Gitaï. L'association Isratim, dont le but est de promouvoir la culture israélienne, en général, et le cinéma, en particulier, a organisé un Festival du cinéma israélien, au Cinéma des Cinéastes à Paris. Son objectif : faire connaître le cinéma israélien, surtout dans sa production récente, à travers des fictions et des documentaires. Du 24 au 30 janvier, cinq jours pour découvrir ou approfondir sa connaissance d'un cinéma en pleine évolution.

Le cinéma israélien, un jeune cinéma ? Oui, dans la mesure où il n'existe réellement que depuis les années 60. En effet, à la création d'Israël en 1948, la population juive de l'Etat, qui ne compte que 600 000 personnes, est trop réduite pour permettre l'existence d'une véritable production cinématographique. Les quelques films tournés à l'époque sont des films de propagande sioniste. Ils ont au moins le mérite de permettre l'installation de la technique nécessaire à la production de longs métrages.

Les films suivants sont fortement empreints d'une thématique sioniste puissante, mettant en scène la construction du pays, la vie communautaire dans les kibboutz (Ils étaient dix de Baruch Dinnar). Ils sont caractéristiques de ce qui a été appelé le genre national-héroïque.

Après quelques années de films d'auteurs, très largement inspirés de la nouvelle vague, et de films populaires influencés par les mélodrames et comédies arabes, les années 70 sont le temps du renouvellement. En 1978 est créé le Fonds de soutien aux Films de Qualité, qui sera la principale source de financement des films d'auteurs israéliens dans les années 80 et 90.

Amos Gitaï était présent le 26 janvier pour introduire la projection de ce qu'il appelle lui-même sa trilogie de la diaspora, constituée de trois longs métrages : Esther (1985), Berlin-Jérusalem (1989) et Golem, l'esprit de l'exil (1992). Il a confié à AlloCiné l'importance qu'il accorde à ce type de manifestation, considérant que "le Festival est un bon moyen de faire connaître le cinéma israélien". Le fait que ce genre d'initiative ait lieu à Paris est pour lui révélateur car "la France est un pays de grande cinéphilie où il y a toujours eu des gens sensibles à d'autres cultures."

Amos Gitaï décrit ainsi l'évolution du cinéma israélien : "il a évolué. Il a commencé comme un cinéma étatique, presque un cinéma de propagande, qui diffusait les images choisies par le bureau du Premier ministre. Après, il est passé par une époque de censure. Ces dernières années, graduellement, il y a une sorte d'ouverture, d'autre sensibilité". Gitaï a lui-même été victime de la censure. En 1980, son film documentaire La Maison a été censuré par la télévision d'Etat. Deux ans plus tard, son Journal de campagne fait scandale : on y voit de jeunes soldats des territoires occupés avouer leur haine des Arabes. Gitaï doit alors quitter Israël.

Dans la deuxième moitié des années 90, le cinéma israélien connaît des temps particulièrement difficiles quand le ministère de l'Industrie et du Commerce, principale source de financement des fonds de soutien, réduit son budget cinématographique. La production israélienne s'amoindrit donc, poussant les cinéastes à s'orienter davantage vers la télévision.

Finalement, le Parlement israélien vote, en juillet 2000, une loi d'aide au cinéma, permettant aux chaînes privées d'apporter leur contribution.

Cependant, malgré ces difficultés économiques, le Cinéma des Cinéastes nous a permis de voir que la jeune génération du cinéma israélien est pleine de vitalité, comme en témoigne des films aussi divers que Sous les yeux de l'occident de Meir Pitchhadze, Délire total de Gur Bentwich ou encore Liaison urbaine de Yonathan Segall.

Le Festival n'en oublie pas pour autant les derniers films de réalisateurs de la génération précédente comme Igal Burstein ou Les Larmes coulent d'elles-mêmes de Eitan Green. Autour de Yana de Arik Kaplun, actuellement sur nos écrans, a été présenté en ouverture.

Outre la trilogie d'Amos Gitaï, une soirée a été consacrée à Assi Dayan. Le fils du général Moshe Dayan, prolifique auteur et réalisateur, est également un acteur de renom. C'est cet aspect de son travail qui est évoqué à travers trois de ses films : Il marcha dans les champs de Yossef Millo (1967), dans lequel il incarne, avant la création de l'Etat, un héros, pionnier israélien, membre d'un kibboutz et combattant pour l'indépendance. Son évolution est saisissante dans Jusqu'au bout de la nuit de Eitan Green (1985) ou dans Mr. Baum, qu'il a réalisé (1998) et dans lequel il apparaît fatigué et marqué physiquement.

Annoncée comme un temps fort du Festival, la soirée pour la paix, organisée le 28 janvier, a débuté avec la présentation d'un double documentaire, Stress, réalisé avec deux équipes, une israélienne et une palestinienne, à l'initiative du Centre Shimon Peres pour la paix et du Centre palestinien pour les études régionales.

Explorant le stress qui domine les relations israélo-palestiniennes, ce documentaire pose la question de savoir comment cohabiter paisiblement et surmonter le tourment suscité par la délicate situation au Moyen-Orient. Le court débat qui a suivi, en présence du producteur Sammy Tat, n'aura pas véritablement été l'occasion d'une discussion de fond, mais aura permis de comprendre, si cela n'était pas déjà le cas, les tensions systématiquement engendrées par ce type de polémique.

Venu présenter l'un des ses films, La Voie lactée, le réalisateur palestinien Ali Nassar a évoqué la situation délicate du cinéma palestinien. Avec à peine cinq cinéastes actifs à l'heure actuelle et des moyens extrêmement réduits, il est très difficile de réaliser des films. Ceci rend, à ses yeux, son métier encore plus essentiel. Dans des circonstances terribles de rêves brisés de paix et de dignité, il veut montrer que le peuple palestinien est un peuple humain qui veut la paix.

Délicate position que celle du réalisateur, partagé entre son devoir de citoyen, l'engagement inhérent au sentiment d'appartenance et la volonté de rester à distance, d'être un témoin objectif de son temps. Amos Gitaï s'est exprimé à ce propos : "je crois qu'un réalisateur israélien doit toujours vivre de façon un peu schizophrène. Il est partagé entre le fait d'être un citoyen de son pays, montrer sa voie contre l'injustice et être le médium du cinéma, qui a besoin de réflexion et qu'on ne peut pas simplement instrumentaliser. C'est très complexe".

Une situation délicate qui n'empêche pas Amos Gitaï de tourner comme il l'entend. Après Kippour l'année dernière, il vient d'achever le tournage de son dernier film, Eden, une adaptation d'un roman d'Arthur Miller. Il évoque sa rencontre fascinante avec l'écrivain américain, qui, après avoir accepté que l'histoire soit transposée des années 1930-1940, dans la Palestine sous mandat britannique, jusqu'aux aux prémices de la création d'Israël, a également fait l'acteur pour Gitaï. Celui-ci raconte : "on a tourné dans le Connecticut les scènes avec Arthur Miller, pas loin de chez lui. Le contraste des paysages était assez fascinant, d'un côté le soleil, de l'autre les paysages enneigés."

Le Festival ferme ses portes le 30 janvier, après la présentation d'une trentaine de longs ou courts métrages de fiction, et des documentaires.

E.M

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