UGC Ciné-Cité Les Halles, mardi 6 février 2001, 20h.
Dans le hall du plus grand multiplexe de Paris, les flashes crépitent. L'équipe de Sous le sable se livre au rituel photo-call (ndlr : séance de photos), à quelques minutes de l'avant-première du nouveau film de François Ozon. Le réalisateur, effacé, laisse ses acteurs principaux, Charlotte Rampling et Bruno Cremer, tenir la vedette et se prêter au jeu des photographes. Puis il les rejoint, en compagnie de l'actrice Alexandra Stewart, également présente au casting. Détendu, François Ozon confie à AlloCiné être dans un état d'esprit plutôt serein, à une demi-journée de la sortie du film : "Les avant-premières organisées se sont bien passées, le public avait l'air touché par le film, la presse l'accueille bien, donc je suis plutôt content."
Sous le sable met en scène Marie, une femme d'une cinquantaine d'années, en couple depuis 25 ans avec Jean. Comme chaque été, ils partent en vacances dans les Landes. Alors qu'ils sont à la plage, Jean, parti se baigner, ne revient pas. S'est-il noyé ? A-t-il disparu ? Commence pour Marie une période de doutes et de non-réponses...
L'histoire du film est tirée d'un souvenir de vacances de François Ozon : "J'étais dans les Landes, avec mes parents, et j'ai assisté, sur une plage, à la disparition d'un homme dont la femme est repartie seule. Avec ce film, j'ai essayé d'imaginer ce qui pouvait arriver à cette femme après, une fois qu'elle était rentrée chez elle. Comment pouvait-elle vivre après ce drame qu'elle avait vécu."
Marie rentre donc à Paris, et tente de reprendre sa vie normale. Elle fréquente ses amis, dont sa collègue Amanda, prof d'anglais comme elle. Elle rencontre aussi Vincent, un homme de la même génération, qui la courtise. Mais le souvenir de Jean est omniprésent, et Marie ne se résigne pas à l'imaginer mort. Pour elle, toutes les hypothèses sont imaginables, de la thèse de la fugue à celle du suicide. Le film s'attache à montrer le retour au quotidien de cette femme, sa solitude et son parcours.
Charlotte Rampling a confié à AlloCiné avoir choisi ce rôle parce que "C'est un très beau rôle de femme." François Ozon la filme d'ailleurs magnifiquement bien. Dans ses angoisses et sa douleur, la caméra entre dans l'intimité de cette femme, et permet au spectateur de s'identifier à son histoire. Le réalisateur explique ainsi le choix de Charlotte Rampling : "Il me semblait important de trouver une belle actrice de cinquante ans, qu'on n'avait pas vue peut-être depuis longtemps, et qu'on redécouvre dans ce film. Par rapport à Charlotte, je trouvais intéressant de l'utiliser, elle, dont l'image est très glamour, très vernie, et de la mettre dans un contexte beaucoup plus simple, beaucoup plus quotidien, et que les spectateurs aient une possibilité d'identification avec elle."
Contrairement à l'habitude, le film n'a pas été tourné d'un seul trait. La première partie du film a été tournée à l'été 99, et la suite six mois plus tard, en plein hiver. Pour Charlotte Rampling, accepter un rôle sans scénario complet faisait partie de l'intérêt du projet : "Il y avait un mystère, on ne savait pas ce qui allait se passer". Ce mystère correspond d'ailleurs étrangement à son personnage. Lorsque Jean disparaît, c'est un mystère, mais l'attitude à venir de Marie est, elle aussi, un mystère. Suspendu au bouclage de son plan de financement, le sort du film était donc en étrange corrélation avec celui de son personnage principal : plein de questionnements...
Au fil des mois, le film s'est mis en place. "On a travaillé beaucoup sur l'écriture après avoir tourné les vingt premières minutes. François est parti écrire, il venait souvent me voir pour discuter, nous échangions des idées. C'est devenu peu à peu comme une longue répétition, et le personnage s'est installé en moi", nous a confié Charlotte Rampling.
Atypique dans son traitement, le film est un portrait de femme. C'est la première fois que François Ozon tente une incursion dans ce genre, alors qu'il a plutôt une étiquette de provocateur. Sur ce sujet, le cinéaste explique : "C'est une histoire plutôt grave, même si elle n'est pas tournée de manière dramatique. C'est un film qui a trouvé sa forme par son histoire et son tournage. Il reste un film expérimental, comme mes précédents. Peut-être qu'il est moins dans la provocation. Mais je crois que c'est l'histoire et le récit qui imposent cela."
Après le sulfureux Sitcom, le conte trash Les Amants criminels, le jouissif Gouttes d'eau sur pierres brûlantes et le très émouvant Sous le sable, François Ozon prépare son cinquième long métrage. "Ce sera une comédie", nous a-t-il déclaré. Impossible cependant d'en savoir plus : le cinéaste tient à garder le mystère. Seule piste : conformément à son habitude, François Ozon devrait nous surprendre en étant là où on ne l'attend pas. A surveiller...
F.M.L