Lawrence d'Arabie, Le Nom de la rose, Requiem for a dream... On a parlé ressortie de films de patrimoine au Festival du film de Lama
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Comment ressortir un film de patrimoine ? A l'occasion du Festival du film de Lama, nous avons échangé avec Jean-Fabrice Janaudy, gérant de la société de distribution Les Acacias, qui ressort cette semaine "Lawrence d'Arabie".

Au Festival de Lama, AlloCiné a pu échanger avec Jean-Fabrice Janaudy, gérant de la société de distribution Les Acacias, et exploitant du cinéma Le Vincennes. Présent au Festival de Lama pour accompagner une séance de Fanfan la tulipe, Jean-Fabrice Janaudy nous a accordé un entretien pour parler des enjeux de la ressortie de films au cinéma.

Comment choisir les films ? Comment les accompagner ? Découvrez notre entretien !

"Depuis quelques années, Les Acacias s'est vraiment focalisé sur la répertoire. C'est-à-dire qu'avant on distribuait quelques films et des classiques aussi, maintenant on fait que des classiques. On se disait qu'il y avait vraiment urgence par rapport aux plus jeunes cinéphiles, la nouvelle génération, de montrer à la fois de montrer des grands classiques, de ceux qu'il faut montrer lassablement génération après génération.

"Il y avait vraiment urgence par rapport à la nouvelle génération"

C'est pour ça que nous avons proposé des films comme La Soif du mal, La Garçonnière, La Règle du jeu par exemple. Nous voulons aussi faire redécouvrir des chefs-d'œuvre qui ont été complètement oubliés, comme La Noire de d'Ousmane Sembène, ou Chronique des années de braise de Mohammed Lakhdar-Hamina, qui est était une Palme d'or un peu oubliée de l'histoire du cinéma.

Cette année, nous présentons La Dérive de Paula Delsol. C'est son premier film et sans doute l'un des chefs-d'œuvre méconnus de la Nouvelle Vague. Nous avions essayé de le ressortir il y a un peu plus de 20 ans, dans une certaine indifférence. Aujourd'hui, ce film réalisé par une femme au sein de la Nouvelle Vague résonne différemment : c'est un grand film. Entre Cannes Classics, Bologne, La Rochelle et d'autres festivals à venir, l'objectif est de recréer l'événement pour faire redécouvrir cette œuvre à tout le monde."

"Notre rôle est de mettre en valeur et en lumière ces films restaurés pour les accompagner vers la salle de cinéma"

Comment arrivez-vous à faire vivre cette économie de ressortie de films ?

"Nous ne sommes que distributeurs. La restauration est prise en charge par les ayants droit et les producteurs qui possèdent les droits sur le territoire, car ce coût est extrêmement important.

Nous intervenons juste après. Notre rôle est de mettre en valeur et en lumière ces films restaurés pour les accompagner vers la salle de cinéma. On constate d'ailleurs que la salle devient l'un des vecteurs les plus importants pour la redécouverte. Quand j'ai grandi dans les années 80, la télévision assurait ce rôle de transmission. On devenait cinéphile presque sans s'en rendre compte. Aujourd'hui, la télévision ne fait plus ce travail, ou très peu. C'est donc à nous, distributeurs, en partenariat avec les salles, de prendre le relais.

"Notre objectif est de nous concentrer sur une dizaine de films par an"

Évidemment, la distribution a un coût : il faut créer de nouvelles affiches, monter des bandes-annonces, faire de la publicité, engager une attachée de presse ou communiquer sur les réseaux sociaux comme TikTok. Pour équilibrer ces frais, nous visons au moins 10 000 entrées par film. Nous bénéficions également du soutien du CNC, qui nous aide sur six à huit projets par an. Notre objectif est ainsi de nous concentrer sur une dizaine de films par an qu'on travaille très soigneusement.

L'avantage du répertoire par rapport aux nouveautés, c'est la temporalité. Pour un film récent, si le démarrage du mercredi n'est pas bon, le film est mort à 95 %. Sur le répertoire, la date de sortie sert de tremplin. Le film démarre dans les salles art et essai parisiennes du Quartier Latin et en province, puis il continue de circuler pendant un ou deux ans.

Parfois, cela prend du temps. Pour Les Camarades de Mario Monicelli, le démarrage était correct sans plus. Mais le film a dépassé les 10 000 entrées au bout de dix ans, porté par des associations régionales, le réseau du cinéma italien, les thématiques sociales ou la présence de Mastroianni. Le film a fini par trouver toute sa place auprès du public."

Avez-vous un exemple de film qui a rencontré un grand succès lors de vos ressorties ?

"Nous avons eu de la chance : ces deux dernières années, nous avons signé deux des plus grands succès du répertoire art et essai — à notre échelle, bien sûr.

Il y a deux ans, nous avons ressorti Le nom de la rose de Jean-Jacques Annaud. Nous sommes arrivés à presque 50 000 entrées. La première projection s'est faite en clôture du Festival Lumière, à la Halle Tony Garnier. Le film est ensuite sorti en salles en février 2024, rassemblant près de 50 000 spectateurs et diffusé dans environ 750 salles. C'est un très gros succès.

Cela s'explique par plusieurs facteurs : c'est un grand film devenu culte que les parents ont fait découvrir à leurs enfants, créant une vraie notoriété auprès de la jeune génération. Jean-Jacques Annaud nous a beaucoup soutenu. Il a fait beaucoup de médias. La puissance des médias traditionnels reste impressionnante pour toucher le grand public.

"Nous pressentions que Requiem for a dream était culte"

L'an dernier, nous avons eu un autre très beau succès avec Requiem for a Dream, qui a réuni 42 000 spectateurs. C'est encore une autre démarche : nous avons fait venir Darren Aronofsky pendant une semaine à Paris. Nous avons organisé avec la Cinémathèque française une intégrale qu'il a présentée, il est venu présenter le film au UGC Les Halles, a enchaîné les interviews et a fait une séance de dédicaces chez Potemkine pour la sortie simultanée du coffret. C'était un événement marquant.

Nous pressentions que le film était culte. Les jeunes adorent ce film et voulaient le voir ou le revoir sur grand écran. Beaucoup d'exploitants art et essai nous ont dit avoir vu des jeunes spectateurs qu'ils ne voyaient pas forcément d'habitude dans leur salle

Cet automne, nous allons renouveler l'expérience avec Todd Haynes, qui viendra à Paris pour la réédition de Safe et de Poison, ses deux premiers films. C'est d'ailleurs l'anniversaire de la sortie française de Safe, un film qui lui tient particulièrement à cœur.

Proposer ces deux œuvres ensemble va être super : Poison est un moyen-métrage expérimental et LGBTQ+ inspiré de Jean Genet, tandis que Safe est un grand film sur la société malade américaine des années 90, qui pose vraiment les bases du cinéma de Todd Haynes. Safe compte énormément pour les cinéphiles, et nous espérons renouveler le succès de nos précédentes opérations !"

"Lawrence d'Arabie, un film important pour certains influenceurs"

Votre actualité est la ressortie de Lawrence d'Arabie, typiquement un film que l'on a envie de découvrir ou redécouvrir en salles !

En analysant la trajectoire de Lawrence d'Arabie, je me suis rendu compte qu'en 25 ans, le film n'avait pas tant circulé que cela sous forme de ressortie nationale — seulement quelques séances spéciales ici et là, pour à peine 10 000 entrées. Or, c'est un chef-d'œuvre de 3 h 45 taillé pour le grand écran, qu'il est totalement justifié pour l'expérience salle.

Il continue de parler aux nouvelles générations, parce que les parents en ont parlé, comme Le Nom de la rose. Et je me suis rendu compte qu'il y avait certains influenceurs pour qui c'était un film important, comme Regelegorila, pour ne pas le citer ! Il le cite comme un de ses films préférés, il a fait plusieurs posts sur Lawrence d'Arabie. Il se demandait pourquoi ce film ne ressortait pas en salle. Voilà, ça y est, il ressort !

Après avoir ressorti Chroniques des années de braise puis Dune de David Lynch, nous avions envie de poursuivre notre « trilogie du désert » avec Lawrence d'Arabie !

Lawrence d'Arabie ressort le 29 juillet dans une cinquantaine de salles en France.

Propos recueillis au Festival du Film de Lama par Brigitte Baronnet

Brigitte Baronnet
Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 15 ans.
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