Quand Soderbergh gère le "Traffic"

Venu présenter "Traffic" au Festival de Berlin, Steven Soderbergh a évoqué devant la presse le tournage du film et justifié ses choix de cinéaste.

Les jours prochains diront si le dernier film de Steven Soderbergh, Traffic, a conquis le jury du Festival de Berlin. Le réalisateur d'Erin Brockovich, est venu présenter, dans la capitale allemande, cette plongée dans l'univers de la drogue qu'est Traffic. En lice pour l'Ours d'Or, le film a déjà reçu un très bon accueil public et critique aux Etats-Unis. Il sortira sur les écrans français le 7 mars prochain. La venue de Steven Soderbergh à la Berlinale a été l'occasion, pour lui, de revenir devant les journalistes sur le tournage du film et de justifier ses choix de réalisateur.

Morceaux choisis :

A l'origine : une série télé

Ce film est tiré d'une série télévisée britannique, "Traffik", diffusée en 1989. (ndlr : "Traffik" se déroulait en Angleterre et au Pakistan). Nous avons donc choisi de transposer l'histoire sur le continent américain. (Les Etats-Unis remplaçant l'Angleterre et le Mexique, le Pakistan). Trois histoires composent ce film. L'une se déroule à Washington, l'autre à San Diego, et la dernière au Mexique. Les trois récits s'entrecroisent tout au long du film.

Trois histoires, trois couleurs

J'ai choisi de différencier ces trois histoires, en utilisant notamment trois couleurs distinctes. Et ce, par souci pratique. C'est un moyen pour les spectateurs de s'orienter dans ce film, d'identifier le lieu. Avant le début du tournage, j'ai fait des expériences à partir de filtres, notamment. Je pensais que ce serait judicieux de permettre au public de savoir, avant même l'apparition d'un acteur à l'écran, que l'action se situait dans tel lieu et pas un autre.

Réalité bien plus sombre

Dans le film, tous les passages se déroulant au Mexique ont été inspirés par des articles de journaux. Les personnages, les situations sont tirés de faits réels.

Dans un article récent du New York Times, une table ronde réunissait les différents acteurs de la lutte contre la drogue. Un représentant du gouvernement estimait même que le film n'allait pas assez loin dans la description des aspects les plus sombres du trafic de drogue aux Etats-Unis et au Mexique et sur la violence qui règne dans ce milieu.

La caméra à l'épaule : une plus grande intimité avec les acteurs

Je voulais être au plus proche de mon film. Auparavant, je travaillais à partir d'un moniteur et non derrière la caméra. Ce qui, à mon goût, crée une trop grande distance avec vos acteurs. J'ai, par conséquent, choisi, depuis plusieurs années, de travailler différemment.

En étant caméra à l'épaule, je ressens une plus grande connivence avec les protagonistes du film. L'ambiance du tournage était d'ailleurs très intime. Nous étions assez peu nombreux sur les plateaux et le rythme était particulièrement soutenu.

Attirer un large public sur un sujet délicat

Le choix de stars telles que Michael Douglas, Catherine Zeta-Jones ou Benicio Del Toro était motivé par le désir de voir ce film projeté sur le maximum d'écrans. Le sujet étant délicat, faire appel à ces acteurs célèbres était un moyen d'attirer le public. Public qui ne serait peut-être pas venu dans les salles dans le cas contraire.

D'autres acteurs reconnus tels que Salma Hayek, James Brolin, Benjamin Bratt ou Albert Finney (Erin Brockovich) apparaissent ici. Ils étaient vraiment motivés par ce film, son histoire. Et croyez-moi, ils ont accepté de revoir leur salaire à la baisse pour jouer, ne serait-ce qu'une petite scène. Le public ne s'attend pas à les voir puisque leurs noms n'apparaissent pas au générique de début du film. Je voulais réserver la surprise au spectateur.

Le bon équilibre entre petits films et films commerciaux

Je n'ai pas changé ma façon de faire. Je réalise les films dont j'ai envie. Depuis quelques années, j'ai choisi de faire des films un peu différents, certes, mais par volonté de ne pas voir ces longs métrages réservés aux seuls cinémas d'art et d'essai, aux seuls cinéphiles.Je ne voulais pas être prisonnier de cette étiquette. J'ai eu envie de trouver le bon équilibre en dirigeant de petits films et d'autres, plus commerciaux. Il me semble qu'en se cantonnant à l'une ou l'autre de ces catégories, on devient complaisant.

La coke et l'héroïne, connais pas.

Je n'ai jamais essayé la coke ou l'héroïne, j'ai testé toutes les autres drogues, en revanche. Pour ce qui est de l'équipe du film, je ne sais pas...

J.D.

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