On l'oublie trop souvent, mais Roberto Benigni, réalisateur de La Vie est belle, est, avant tout, un comique. Pendant de nombreuses années, il a ainsi écumé les scènes et les plateaux télé d'Italie. Compilation en forme de déclaration d'amour, Je vous aime (Editions du Rocher) rassemble le meilleur du bouffon italien, comme il aime à se définir. Sketches, extraits d'interviews, petites phrases et autres délires verbaux, cette anthologie décline les thèmes de prédilection de Benigni : politique italienne, religion et sexe. Mais quand il ne brocarde pas Silvio Berlusconi ou revisite la Bible, l'acteur et réalisateur porte un regard tout aussi drôle sur le cinéma.
Benigni évoque ainsi sa collaboration avec Federico Fellini dans La Voce della luna, le dernier film du réalisateur, sorti en 1990 : "tous les matins, avant de nous retrouver sur le plateau, Fellini me réveille pour me demander où il doit placer la caméra. Le pôv'petit, il a si peu d'assurance. Il a le complexe du réalisateur de série B. Moi je le console en lui disant : tu verras, un jour ou l'autre, ils t'inviteront toi aussi à Cannes, sois sans crainte". Rappelons que Fellini avait obtenu la Palme d'Or du Festival de Cannes pour La Dolce Vita. C'était en 1960...
"Jim Jarmusch m'embabine et me gloutonnise !"
Du cinéaste américain Jim Jarmusch, avec qui il a tourné Down by law et Night on earth, Benigni dit : je ne peux pas dire que Jarmusch me plaise, ce serait inexact. Je sens que je devrais trouver des expressions nouvelles pour lui, du style : il m'embabine et me gloutonnise !
Et Benigni de s'enthousiasmer à nouveau, lorsqu'on lui parle de Blake Edwards et du tournage de Son of the Pink Panther (1993), dernier épisode en date des aventures de la Panthère rose : "faire un film avec l'époux de Mary Poppins (référence à Julie Andrews, femme du cinéaste), c'est comme faire un film avec la belle-soeur de Zorro ou le neveu de Rintintin !"
Au cours d'une interview, Benigni se voit poser la question suivante : "certains critiques vous ont défini comme le Woody Allen italien. Qu'en pensez-vous ? Réponse : bah ! Je pense qu'il est plus difficile d'être le Mastroianni russe que le Woody Allen Italien [...] Ce qui me plairait, ce serait d'être l'Anna Magnani suisse, mais je ne parviens pas encore à égaler son style...".
"Very good, but now I'm busy"
De son succès aux Etats-Unis, Benigni s'amuse : "les Américains ne cessent de m'envoyer des manuscrits en anglais, parce qu'ils croient que je les comprends, mais il n'en est rien. Alors, je leur téléphone et j'invente des trucs : very good, but now I'm busy". "Quel effet ça fait de percer en Amérique ?." Réponse de Benigni : "le même effet que de faire un bide au Danemark. Top et flop assurent tous deux de violentes sensations."
Si Je vous aime ! fourmille de petites phrases comme celles-ci, l'ouvrage se destine plutôt à un public amoureux de l'Italie et bien au fait de la vie politique du pays. Un index renseigne néanmoins le lecteur sur les nombreuses personnalités citées dans ce livre. Pour mémoire, Roberto Benigni prépare actuellement le tournage des Aventures de Pinocchio. Comme souvent, il sera à la fois réalisateur et acteur. Il interprétera lui-même le rôle de la célèbre marionnette.
J.D.
Je vous aime ! (Malignités, Gags et Monologues), Roberto Benigni, Collection Anatolia, Editions du Rocher (98 FF).