Chronique d'un palmarès annoncé

Le 54e Festival de Cannes s'est achevé hier soir, sur un palmarès consensuel et attendu, mais très cohérent au regard de la sélection.

Au terme de ces douze jours de compétition, le Festival de Cannes s'est achevé hier soir sur un palmarès très consensuel. Les favoris sont au générique de fin, et l'on n'y dénombre aucun absent, à l'exception peut être de Moshen Makhmalkbaf dont le film Kandahar avait été salué, et Shrek, qui aurait peut-être mérité un prix du jury. En revanche, l'absence de l'Asie au palmarès n'est guère étonnante. Les films présentés ont reçu un accueil extrêmement mitigé voire même froid pour certains, et le seul à sortir du lot était De l'eau tiède sous un pont rouge, de Shohei Imamura, un réalisateur déjà deux fois "palmedoré". Les grands vainqueurs de ce 54e Festival de Cannes sont les européens Nanni Moretti pour La Chambre du fils, et Michael Haneke pour La Pianiste.

Nanni Moretti décroche une Palme d'Or annoncée depuis sa présentation jeudi : déjà primé en Italie, La Chambre du fils a séduit tant les critiques que les festivaliers, avec l'histoire émouvante d'une famille brisée par la mort d'un enfant. La caméra de Nanni Moretti capture avec pudeur et retenue le travail de deuil et la douleur des personnages, et parvient à dégager une grande émotion. Ce qui permet enfin au réalisateur de décrocher la Palme d'Or, pour sa huitième venue sur la Croisette, et à l'Italie de prendre sa revanche sur son absence de l'année passée. Viva Italia !

Liv Ulmann a marqué de son empreinte ce palmarès 2001. Depuis la projection de La Pianiste, le bruit courait que la présidente lui était très favorable... Et hier soir, le film de Michael Haneke remporte trois prix importants : le Grand Prix du jury, et les deux prix d'interprétation féminine et masculine, pour Isabelle Huppert et Benoît Magimel.

De l'avis de tous, Isabelle Huppert était absolument étonnante dans ce rôle d'une professeur de piano, qui n'a pas su grandir. 23 ans après avoir été récompensée à Cannes pour Violette Nozière, de Claude Chabrol, le jury a à nouveau choisi Isabelle Huppert. Pour Benoît Magimel, ce Prix d'interprétation est en revanche une surprise. Acteur de la jeune génération du cinéma français, vu récemment dans Le Roi danse de Gérard Corbiau et Selon Matthieu de Xavier Beauvois, Benoît Magimel entre enfin dans la cour des grands.

Parallèlement à ces prix très européens, le cinéma indépendant américain tire bien son épingle du jeu. Les éternels habitués de la Croisette que sont les frères Coen et David Lynch se partagent le Prix de la Mise en Scène, grâce à deux exercices de style très différents, mais très réussis. Après Fargo et Barton Fink (également Palme d'Or), le duo Coen, et plus précisément Joel, qui réalise, remporte son troisième Prix de la Mise en Scène. The Man who wasn't there, des frères Coen, est un hommage au film noir qui mérite largement ce prix. La cinématographie léchée, et les références au codes du genre, tant dans le jeu des acteurs que dans les choix techniques de cadrages et de lumières, font de ce film un joyau cinématographique et un véritable plaisir des yeux.

Quant à David Lynch, son absence au palmarès aurait été une véritable injustice. Mulholland Drive a dérouté plus d'un festivalier -peu nombreux sont ceux qui ont compris le film- mais tous ont salué le génie visuel et l'imaginaire du réalisateur. Sa manière de filmer une route – Mulholland Drive - un parcours, celui d'une amnésique, et de suivre ses délires, notamment en livrant une satyre désopilante de Hollywood, lui permettent d'empocher son premier prix de la mise en scène, 11 ans après avoir gagné la Palme d'Or pour Sailor et Lula.

Enfin, de nouvelles cinématographies ont été récompensées. La révélation de ce Cannes 2001 est sans conteste No man's land, de Danis Tanovic, qui a remporté le très mérité Prix du scénario. Premier film bosniaque présenté en compétition, très proche dans le sujet d'Underground d'Emir Kusturica mais dans un traitement totalement différent, No man's land avait fait sensation sur la Croisette. Le film raconte l'histoire d'un Serbe et d'un Bosniaque, tous deux piégés dans le no man's land, la zone qui se trouve entre les lignes ennemies. Pour terminer, le cinéma du monde s'est aussi fait remarquer par le jury de la caméra d'or : ce prix, décerné à un premier film, a été attribué à Atanarjuat the fast runner, le premier film inuit de l'histoire du cinéma.

F.M.L

Le palmarès

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